Les opportunités d’une ouverture des frontières au Gabon

Par une circulaire datant du 19 Octobre 2017 (Circulaire N0001MISDL/MDN), le Gabon rendait possible la libre circulation des personnes pour les ressortissants de la zone CEMAC. Accueillie diversement par les Gabonais, cette mesure qui prend ses racines en 1959, c’est à dire à la veille de nos indépendances, puis en 1994 avec la mutation de l’UDEAC en CEMAC, avait pour objectifs de créer un espace permettant cette libre circulation à l’horizon 2009. En Juin 2013, les chefs d’états de la CEMAC avaient promis de rendre cette libre circulation effective (Acte additionnel N01/13-CEMAC-070-U-CCE-SE). Annoncée en Juin 2014, c’est à dire un an après la décision des chefs d’états, cette libre circulation à rencontrée la résistance de plusieurs pays dont le Gabon. Avec l’acceptation par le Gouvernement de cette libre circulation, ce sont plusieurs bouleversements auxquels nous devons nous attendre dans la société Gabonaise.

Les raisons d’une réticence

Comme l’a soutenu Serge Loundou, du département de Geographie à l’université Omar Bongo Ondimba, dans une publication parue en 2010 dans la revue Belge Belgeo, les raisons de la réticence à cette ouverture des frontières sont basées sur des fondements quelque peu subjectifs.

Entre autres justificatifs nous trouvons la peur d’une invasion démographique, la peur d’une spoliation économique ou encore la peur d’une recrudescence de la violence. Entretenus par des préjugés, ces craintes paraissent exagérées et semblent plutôt apparaître comme des mythes, tellement l’image que se font les Gabonais des étrangers est erronée. À cela s’ajoute, des raisons plus objectives liées à un besoin de construction et de préservation des identités nationales, entraînant une rigidité des frontières. Il faut aussi souligner que, la rente migratoire, qui n’est pas à négliger, constitue aussi une bonne raison pour l’administration de bouder cette libre circulation. Avec des recettes migratoires en baisse, les régies financières s’occupant de la rente migratoire, pourraient voir une bonne partie des recettes baisser. Les multiples tensions politico diplomatiques ont aussi participé, depuis de nombreuses années à empêcher la libre circulation des personnes.

La libre circulation comme principal moteur de l’intégration communautaire

Malgré tout, il aura fallut se Faire violence pour que cette mesure puisse enfin être acceptée par la majorité des États membre de la CEMAC. Seul point d’ombre, la Guinée équatoriale qui refuse toujours à l’heure actuelle de rendre possible la libre circulation des membres de la zone. Certaines indiscrétions ne donnent pas longtemps à la Guinée équatoriale, d’emboîter le pas des autres membres dans la mesure ou, elle passerait pour le mouton noir et pourrait subir des sanctions. D’ailleurs, c’est la peur de ces sanctions qui a fait reculer le Gabon. En période de crise comme celle que traverse le pays actuellement, une sanction aurait été mal vue par l’opinion et le Gouvernement a été prudent de ne pas empirer les choses; même si la libre circulation n’est pas très bien reçue.

Aujourd’hui, Le Gabon est à nouveau entré en odeur de sainteté auprès des populations des pays voisins dans lesquels la libre circulation était deja effective. Ce n’est plus le Gabon cruel, sans Coeur, qui expulse des Africains, dont il est question. Il s’agit ici d’un Gabon nouveau, qui permet à ses voisins de le visiter, et pourquoi pas venir y faire des affaires sans se soucier des formalités consulaires.

Quid des avantages socio économique de la communauté

La première chose qui me vient à l’esprit est bien entendu la possibilité de recruter dans un pays voisins de la main d’oeurvre abordable. Ce n’est pas un secret de polichinelle que la main d’eouvre dans notre pays est élevée. À compétence égale, le travailleur Camerounais coûte moins cher que son compatriote Gabonais.

La libre circulation étant limitée à 3 mois (auxquels cas le ressortissant est tenu de prendre une carte de séjour), cela pourrait aussi être une opportunité de développer le tourisme regional. Le Gabon avec ses 11 parcs nationaux, ses magnifiques plages, sa faune et sa flore unique pourrait devenir la destination de choix de nos voisins voulant changer d’air.

Notre pays est aussi reconnu pour son savoir faire dans l’organisation d’événements internationaux. Grâce à cette ouverture des frontières, beaucoup plus d’événements sous régionaux pourrait être organisés au bénéfice des ressortissants de la CEMAC. La prochaine CAN de HandBall pourrait être un test dans la mesure ou nos voisins, en bénéficiant de la libre circulation pourront venir assister aux matchs sans subir de tracasseries consulaire. Nous aurions même presqu’envie de regretter la mise en application de cette mesure si tardivement, quant on sait que notre pays à accueilli 3 CAN (une junior, une senior avec la Guinée équatoriale et une senior toute seule).

Les limites de cette ouverture

Bien qu’exagérées , les craintes des populations ne sont pas totalement infondées. Bien que subjectives, les reticences des populations ne semblent pas trop tirées par les cheveux, dans la mesures ou elles traduisent leur craintes. Nous serions donc tentés de nous poser certaines questions. Quelles mesures accompagneront cette libre circulation? Que fera le Gouvernement si les craintes des populations, exposées plus haut, s’avèrent être réelles? En cas d’afflux de migrants économique, quels sont les secteurs qui bénéficieront d’une préférence nationale et permettra au Gouvernement de protéger l’emploi des nationaux? Quelles mesures de contrôle, le Gouvernement mettra-y-il en place, pour vérifier que les ressortissants CEMAC ne dépassent pas la limite de 3 mois fixée; ou encore comment feront il pour éviter les fraudes? Autant de questions qui méritent un éclaircissement avant l’application effective de cette mesure.

Il ne nous reste plus qu’à croiser les doigts que cette mesure nous apporte bien plus que nous ne l’espérons. Car pour un «petit» pays comme le notre, Le risque de tout perdre est immense et les populations ne rateront pas les gouvernants si cette mesure empire leur situation de vie.

Capp Andy AKENDENGUE

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