EdTech : les startups sur le banc de l’école

Le rapport de l’OCDE est sorti: les nouvelles technologies dans les classes ne garantissent pas systématiquement une amélioration du niveau scolaire des étudiants. Plus étonnant encore : les pays aux investissements les plus importants, où l’usage du numérique dépasse la moyenne, se retrouvent parfois avec des résultats plus faibles.

Et pourtant. Le débat en France est souvent autre. On bouscule les éditeurs, on déplore une frilosité forte des enseignants face à la technologie, on juge la « disruption » de l’école trop lente.
Certains justifient : « On manque d’expérimentations sérieuses pour engager les politiques publiques » et d’autres s’insurgent « Il y a assez d’expérimentations, il faut désormais pérenniser les pratiques. »

Des chiffres très clairs

99% des élèves de 15 ans possèdent au moins un ordinateur à la maison, même les élèves défavorisés ont très majoritairement accès à internet.
Tout le monde semble accueillir la technologie à bras ouverts.
Plus de 80% des enseignants pensent que le numérique peut les aider à adapter le contenu de leurs cours en fonction des besoins des élèves.
Plus de 92% des élèves et des familles sont favorables à l’utilisation du numérique comme un outil de soutien et d’aide à la personnalisation des parcours.

NUMA s’interroge… Quelle place pour les start-ups ?

Les acteurs de l’écosystème se sont donc rassemblés mardi 15 septembre au NUMA, pour échanger et se re-poser les bonnes questions. Des associations de soutien scolaire, des éditeurs papiers, des grandes entreprises software et hardware, des start-ups, des étudiants, des enseignants, le Conseil National du Numérique, l’Education Nationale… Un beau monde, complexe et aux enjeux parfois divergents.

Quelques bonnes pratiques issues de ces enseignements à destination des start-ups:

1. Avant tout, la nécessité de resituer l’objectif

Pour une start-up de l’EdTech, il ne s’agit pas de se concentrer exclusivement sur une croissance volumique du nombre d’utilisateurs, mais de démontrer une nette diminution des échecs scolaires, une nouvelle méthodologie d’apprentissage efficace alliant interactions physiques et numériques.
Au delà d’un outil supplémentaire, le numérique correspond à l’émergence de nouvelles pédagogies.
Au Danemark, certains examens acceptent l’ordinateur et WIFI avec du support technique disponible. Les énoncés ont été repensés, l’évaluation également.

2. Une innovation de terrain

Pour cela, la construction de l’outil se fait sur le terrain. Le besoin d’expérimentation et de test, les échanges avec les utilisateurs et prescripteurs, professeurs, élèves, familles, sont indispensables. Peut-on dire que les problématiques sont parfois locales, et dépendent de la gestion du collège ? Il faut dans tous les cas co-construire les solutions avec les enseignants.
Le corps professoral est en demande d’un besoin de simplification et d’accompagnement de proximité pour sécuriser ces nouvelles pratiques.

3. « Un marché de la famille et/ou des institutions ? »

Les institutions représentent certes un accès massif aux étudiants mais les contraintes juridiques françaises exigeantes, imposent d’être acceptées par le CNIL, et de passer par un appel d’offre pour généraliser l’usage d’un service ou d’un outil à plus grande échelle. Les initiatives demeurent donc locales et peu rémunératrices.

S’adresser aux parents, qui sont souvent les plus inquiets pour leurs enfants représente une opportunité intéressante. Il s’agit néanmoins de se différencier des multiples applications éducatives qui bourgeonnent, soit en se concentrant sur une thématique particulière; par exemple, la gestion de son argent, le rapport à la technologie, les échanges et le travail en équipe, etc… Ou sur une matière qui supporte des innovations plus audacieuses. Les langues sont par exemple une verticale qui fonctionnent bien comme Gymglish, qui utilise une approche originale de la mémoire et leur format court.

Le soutien scolaire permet d’expérimenter différentes méthodes d’apprentissage en lien avec des pratiques digitales. Ces outils peuvent être utilisés en dehors de la classe, avec la possibilité à termes d’évoluer au sein d’un cadre scolaire ou à travers les techniques de classe inversée.
L’enjeu étant de garder à l’esprit qu’une des grandes forces du système éducatif français est sa gratuité, et son accès universel. La technologie dans l’idéal ne doit pas être catalyseur d’écarts entre élèves.

4. Quels business models ?

Les start-ups manifestent leur difficulté à s’adresser à l’Education Nationale. Les rythmes éloignés des deux organisations sont souvent incompatibles. La start-up survit, et sans soutien financier, finit par s’orienter rapidement vers des modèles plus rentables comme la formation professionnelle, le soutien scolaire, ou l’enseignement supérieur.
Les acteurs entrants dans le monde de l’éducation offrent aujourd’hui leur service gratuitement aux écoles, et se chargent de trouver des sources extérieures de financement.
Facebook s’assoit sur sa fortune, des start-ups comme EverFI, dans l’Etat du Mississippi est allée puiser des sponsorings de banques locales et de grandes fondations familiales. Elle offre son service gracieusement aux écoles sous forme de plateforme digitale autour de l’éducation financière, civique, etc… Aujourd’hui elle touche 12 millions d’élèves en classes primaires et élémentaires, et a levé plus de 21 millions de dollars.

Éviter la fuite des start-ups vers l’étranger

Il nous a semblé essentiel de réfléchir à des manières d’accompagner ces start-ups afin que les pépites innovantes dans ce secteur ne s’enfuient pas à l’étranger et que ces mutations inter-acteurs s’opèrent harmonieusement :

  • En offrant un accès au terrain. Des immersions au coeur des écoles, des rapports privilégiés et accélérés avec des enseignants, des relais dans l’écosystème éducatif, de l’expertise métier éducation, un lien avec l’Education Nationale.
  • Un mentorat business d’entrepreneurs avertis issus du monde de l’Education.
  • Un soutien technique sur les différentes plateformes et les variantes technologies développées (adaptive learning, IoT, smart data etc.) Une porte ouverte sur les financements: sponsors locaux, communautés, grandes entreprises, permettant de porter les expérimentations au stade du déploiement efficace.

Enfin, un cadre, pour que les acteurs concernés se rassemblent, dans un lieu physique, afin de se servir de l’existant et d’avancer concrètement pour que ces innovations ne restent pas dans des garages et puissent atterrir intelligemment, dans les mains des enfants.