Jour 4 dans le Grand Nord : -4° à -5°C

On est quasiment en polo ici.

Aujourd’hui, c’est cani-rando — tu pars toute la journée avec tes raquettes et un chien attaché à la taille.

La. Bonne. Idée.

Quand on annonce le contenu de l’activité, on se dit quand même que c’est un peu l’arnaque. Franchement, on a bien compris que gérer les chiens de traineau c’est du boulot pour les guides mais les faire promener par des touristes en quête de sensations fortes, c’est un peu facile.

Histoire de nous achever, Thomas nous explique que ce sont des chiens retraités, lisez : « plus utilisés pour tracter les traineaux ». En plus de la rando, ce n’est pas comme si on n’en avait pas déjà fait.

Nous sommes dix et nous emmenons 4 chiens. Je râle presque parce que je me dis qu’on va se battre pour les avoir. Et en fait non.

Premier chien : Vladi, mâle reproducteur de la meute, un grand costaud qui ressemble vachement fort à un loup.

Deuxième chien : Oslo, le même que Vladi, mais couleur crème.

Troisième chien : Cake, un petit patachon bien sympathique, au regard un peu vide.

Quatrième chien : Bouboule. (Je pense que son nom se passe d’explications).

Et c’est parti pour la traversée des lacs gelés, dans ces paysages toujours somptueux. Il ne fait pas trop froid, le rythme de la marche est assez soutenu, nous profitons de la vue et de la promenade.

Après une demi-heure, nous faisons une pause et nous changeons les chiens : c’est mon tour de mettre le harnais et de me faire « aider » par mon fidèle compagnon à quatre pattes.

Alors comme dans les films, moi je voudrais être avec le grand beau chien qui s’ébroue joyeusement et qui a la taille d’un petit veau, parce que quand même c’est la classe. Cependant, lucide sur mes capacités et grâce à ma première observation sur le lac, je me rends compte qu’il vaut mieux que je commence doucement.

Je ne m’abaisse pas à me précipiter sur Bouboule (j’ai mon honneur) mais je manœuvre habilement pour me retrouver harnachée à Cake.

Nous voilà partis pour escalader une crête et c’est assez sportif : il faut suivre le rythme du chien et gérer ces maudites raquettes qui, certes, te permettent d’agripper la neige et la glace, mais te donnent quand même une démarche de pachyderme un peu saoul et freinent solidement ta marge de manœuvre.

Haletante mais fière de moi, je suis maintenant au sommet.

Facile la cani-rando.

Nous continuons sur la crête et il faut à présent la descendre.

Devant nous, une pente bien raide, pleine de poudreuse et de pins épars.

Thomas nous donne les instructions : « Vous avancez bien doucement, vous essayez de zigzaguer dans la pente pour ne pas descendre trop vite, vous mettez bien le poids du corps sur l’arrière des raquettes pour ne pas basculer vers l’avant ».

Alors tout ce que j’écris là, je le comprends parfaitement : aller doucement, zigzaguer dans la pente, le poids du corps en arrière. Il faut croire que la mise en application n’est, dans mon cas, juste pas intégrée à mon logiciel de fonctionnement.

J’observe Harold qui démarre avec Vladi et qui lutte, vraiment, dans cette pente, avec ce chien fou de joie de dévaler la colline. Suit Romane, avec Oslo, qui tient bon et qui s’arc-boute sur la laisse pour ne pas se laisser entraîner.

Et puis moi, naïve et confiante, un animal sauvage attaché à la taille (mais quelle idée, franchement !) — le début s’annonce bien pourtant : je vais doucement, petit virage à droite, poids du corps sur les talons, tranquille. Je gère.

Puis tout à coup c’est le drame : virage à gauche, emmêlage de raquettes, chien qui continue à avancer, basculement du poids du corps vers l’avant, passage par-dessus les raquettes et tête la première dans la neige, les pieds vers le haut.

Tu crois que le sommet de l’humiliation est atteint à ce moment-là mais tu te trompes : ce maudit chien continue à te tracter vers le bas. Tu essaies de crier : « Cake ! Hooooo ! » mais tout ce qui sort de ta bouche c’est un glouglou immonde parce que tu es en train d’avaler de la neige.

Quand enfin ça s’arrête, Thomas est près de moi, hilare, et pour toute aide m’enjoint à faire encore une petite roulade histoire d’être face vers le ciel. Cahin-caha, me voilà debout et le chien repart. Cette fois, je ne me laisse pas faire et, comme Romane, je me jette en arrière pour peser de tout mon poids sur ce pauvre Cake afin de ralentir la course.

Je me jette si bien que j’atterris sur les fesses, et là, que se passe-t-il ? Ce maudit chien continue à me tracter vers le bas.

Là, j’ai compris qu’il fallait que je lâche prise : si il me prenait pour un traineau, il n’avait qu’à me tirer jusqu’à l’arrivée.

Le reste de la journée, j’ai soigneusement évité de me retrouver attachée à un chien. J’ai quand même bêtement fait une tentative avec Vladi (aaah, l’appel de la forêt !) — résultat : en dix secondes, projetée sur mes deux genoux sur la glace du lac.

Après le déjeuner, on m’a dit : « Non mais vas-y, Caro, prends Bouboule, tu risques rien avec Bouboule ! » — et c’est vrai que Bouboule, c’est un placide. A la moindre pause, il se couche dans la neige. Faut parfois le traîner, limite, Bouboule il fait du humain-rando. Alors je me suis bêtement laissée tenter. Sauf qu’après le déjeuner, le Bouboule, il avait pris des forces (et apparemment bien caché son jeu tout au long de la journée) — résultat : projetée à terre après 30 secondes, à la première bute à descendre, puis traînée sur mes raquettes sur des dizaines de mètres, parce que « Bouboule a senti une chienne en chaleur qui est passée sur l’autre lac, Caroline, tu comprends, il veut la rejoindre » — alors, oui, je comprends bien, y a pas de soucis, mais la prochaine fois, on ne m’attache pas Bouboule à la taille alors !

J’ai donc profité de la balade en raquettes, sans chien, admirant le paysage et mon Harold, qui, lui, courait avec ses raquettes aux pieds, entraîné dans la folle farandole de Vladi — et c’était un peu comme regarder le patinage artistique à la télévision, quand tu te dis que ces nanas-là, elles sont nées avec des patins aux pieds. Harold, c’était avec des raquettes et un chien de 80 kg.

Aujourd’hui, après une journée riche en émotions, j’ai particulièrement bien mérité ma petite bière de 15h17 et je me suis consolée dans le bain norvégien sur la terrasse du chalet principal : on te met à mollir dans une eau à 43°C avec un bon verre de vin blanc, dans un bassin au milieu de la neige, comment mieux terminer l’année ?

Et à présent, comme tous les jours, il est l’heure de prendre à nouveau l’apéro et de vous dire à demain pour de nouvelles aventures ! Et bonne année à tous !