Jour 6 dans le Grand Nord : -21° à -22°C
Et juste en-dessous de la température du jour, on peut lire : « Feels like -27°C » — le genre de petite information dont on se serait bien passé. J’ai à nouveau le nez qui crépite et les cheveux qui gèlent. Elsa peut rentrer à Arendelle : la Reine des Neiges, c’est moi.


Reine de la glisse aussi, pour cette magnifique journée ski de fond dans des forêts de conte de fées et sous un ciel qu’un Turner nordique ne renierait pas.

Nous partons en groupe restreint ce matin, avec un nouveau guide, Judith, et sans Catherine, qui a étonnamment renoncé à cette activité riche en planter du bâton.

Nous chaussons les skis et c’est parti pour un petit tour de chauffe le long de la route.
Certains tombent dès le début.
Parfois même à l’arrêt.
Je ne dénoncerai pas.
Je ne m’en tire honnêtement pas trop mal jusqu’à ce qu’on arrive à la première montée importante pour atteindre la piste des crêtes qui va nous permettre de skier dans la forêt tout en surplombant les lacs.
Première montée, donc, que l’on doit prendre « en canard » : skis écartés face à la pente, vas-y, tu t’aides de tes bâtons, tu décolles bien le talon, et tu grimpes.
Dans mon cas : tu écartes les skis face à la pente, tu t’aides de tes bâtons, tu décolles bien le talon et tu t’écrases la face par terre.
N’écoutant que mon courage, je me suis remise debout (manœuvre peu aisée) et j’ai tenté la montée « en escalier », soit skis perpendiculaires à la pente, et tu montes — droite, gauche, droite, gauche, droite, gauche — pour enfin me décider pour la montée dite « à pied » (tu déchausses, tu portes tes skis en croix comme tu peux et tu te traines jusqu’au plat suivant).

On avance bien, sur le plat et dans les rails (ici, une motoneige d’un employé du parc trace avec un outil spécifique des rails pour les skieurs), c’est vraiment super chouette le ski de fond. Il n’y a pas un bruit, la nature est magnifique, aucune bête à l’horizon, c’est le bonheur total.
Arrive la première descente.
Forte de mes années de ski alpin, je suis vraiment très enthousiaste à l’idée de me jeter tout schuss dans cette petite pente de rien du tout. Judith nous le déconseille et nous recommande plutôt d’y aller en chasse-neige. Ou de déchausser.
Judith se lance pour nous montrer — et elle tombe.
C’est mon tour d’y aller — et je tombe. Oui, avant de descendre. Ca commence bien.
Je me décide pour le chasse-neige, je me lance, et — ben oui, je tombe.
Vas-y aussi pour tenir sur ces grandes lattes dont, je le rappelle, tes talons se décollent, et faire un beau chasse-neige sur des rails givrés au milieu de la taïga lapone avec tes chevilles qui se dérobent au moindre mouvement.
La journée s’est finalement vraiment bien passée et on a beaucoup profité de la neige. Surtout un des Harold, qui est pas mal tombé, il faut le dire. C’est bien simple, à un moment, j’ai cru qu’il se prenait pour un chien de traineau, à se rouler comme ça dans la neige. Mais non, il tombait beaucoup, c’est tout.
Surtout à l’arrêt.
Cet après-midi, nous avons profité du sauna finlandais et nous nous sommes réjouis de cette magnifique semaine en Laponie, destination que nous ne pouvons que vous recommander.
La nature est incroyablement belle et préservée: il n’y a que de la neige, des pins et des lacs gelés. De temps en temps un renne.

Les gens sont — … ah, ben non, ça on ne sait pas, on n’a vu personne, ici, au milieu de nulle part. Hossa, c’est 23 habitants, le premier supermarché est à Kuusamo, soit 80 km de route. Notre camp de base, avec son billard et sa licence pour vendre de l’alcool, fait figure de haut lieu culturel pour les éleveurs et les pêcheurs du coin (c’est le seul bar à 30 km à la ronde).
Nous reviendrons en Laponie, et qui sait, nous tenterons peut-être les raids de deux jours en traineau, où l’on dort dans une cabane au milieu des bois, sans eau courante ni électricité ; où il faut couper du bois pour chauffer le sauna au bord du lac gelé et survivre à la nuit lapone où hurlent les loups et guettent les gloutons.
Lapland, we’ll be back.