Las Vegas — I’m addicted to you

Day 6

About last night.

A 20 heures, Harold et moi nous mettons en route vers le plus beau jour de ma vie. Direction l’Axis, au Planet Hollywood, où Britney est en résidence depuis 4 ans (pour les plus sceptiques d’entre vous, sachez que son concert a quand même été désigné « Best show in Las Vegas » en 2015).

Je suis surexcitée mais j’essaie de ne pas faire trop de bonds afin de respecter Harold et tout ce qu’il a dû prendre sur lui pour m’emmener là ce soir. Je crois qu’il hésite entre un Sudoku niveau 3 ou se pendre tout de suite, mais il reste stoïque.

La foule est terriblement dense à l’entrée du théâtre. Des centaines de personnes se pressent et les files sont tellement longues que les vigiles doivent rediriger les gens vers le fond, à grands coups de : « Britney Spears, this way to the end, guys ! » Les Américains sont mieux organisés que la commune d’Ixelles ou d’Auderghem quand il s’agit de récupérer sa carte d’identité et on n’attend presque pas pour entrer dans le saint des saints.

Premier arrêt, le shop. Je sens Harold trembler à côté de moi, parce que tout est absolument magnifique. J’hésite vraiment pour la casquette noire estampillée « Work Bitch » à porter en classe mais je préfère investir les derniers dollars que je n’ai pas perdus au casino dans un ravissant t-shirt à l’effigie de la star, qui vient donc compléter ma petite collection. Vivement le World Tour, j’aurai bientôt toute une garde-robe.

Deuxième arrêt, le bar. Je regarde un peu, je me tâte pour une bière mais j’ai la hantise de devoir me lever pour aller faire pipi pendant le spectacle. Je repère des grands containers qui brassent un mélange glacé « pina colada » et surtout, surtout : les grands gobelets « Britney — Piece of me » qui seront si beaux sur le bord du lavabo une fois rentrés à la maison. Harold dit non pour le lavabo mais je vais le travailler au corps; entretemps, j’ai mes 600 ml d’alcool blanc goût crème solaire coco. C’est tout ce qu’il me faut à ce moment-là.

On va trouver nos places, et on est vraiment super bien installés, juste derrière la régie. Britney ne sera qu’à un jet de pierres de moi. Ou un jet d’amour, je ne sais pas ce que je dois dire. Devant nous, la scène, et de part et d’autres, des écrans géants avec un countdown : plus que 22 minutes et 11 secondes. Folie folie. Je pense à tous ces bons moments de ma vie où Britney m’a accompagnée : des TD de malade à l’unif. Des fêtes et des karaokés avec mes amis. Le premier téléchargement de musique pour ma fille — on a téléchargé Britney, et Jenifer. Je reconnais moi-même volontiers que c’est bien que son père compense un peu à ce niveau-là. Là, avant de partir, on a tellement entendu « Au soleil » à la maison que même moi j’aurais assassiné la nana (Jenifer, hein, pas ma fille).

On regarde un peu autour de nous parce qu’on s’interroge : mais qui vient à un concert de Britney ? Eh bien il y a de tout. Vraiment de tout.

Un couple de vieux. Genre 75 ans. A mon avis ils se sont perdus. La théorie d’Harold c’est qu’ils veulent se réconcilier avec leur fille.

Un couple de jeunes mecs tout mignons, petite mèche travaillée comme j’aime, un peu style banane, bien propres sur eux.

Deux jeunes gars hispanophones, qui sont séparés par une rangée et le couple. L’un porte un masque fluo sur le bas du visage et demande aux garçons si ils veulent bien bouger pour qu’il soit avec son frère. Je ne crois pas que c’était son frère, parce qu’à un moment il l’a embrassé sur la bouche.

Beaucoup de filles en mini-jupe. Et mini-robe. Et bottes hautes.

Un mec qui porte une veste en strass.

Une fille qui porte une robe verte à paillettes, avec une tirette noire dans le dos.

Un papa à Rolex, une maman en léopard, une ado bitch à crever à qui on mettrait des claques et sa copine faire-valoir qui doit certainement avoir de bonnes notes en classe. Les deux filles passeront le concert sur Facebook, je crois qu’ils étaient là pour la mère. Le père n’aura pas été déçu, Britney était canon.

Une fille qui a décidé, consciemment, de mettre une des anciennes tenues de scène de Britney : une combinaison couleur chair recouverte de strass aux endroits stratégiques. Tonya Harding ou Surya Bonaly n’auraient pas fait mieux. Et cela m’a valu ces paroles de reconnaissance de la part d’Harold : « On vient ici et je me rends compte que tu es plutôt raisonnable finalement ». Premier pas pour le gobelet Britney vers le bord du lavabo.

Le décompte est terminé, les gens commencent à hurler. Tout devient noir, la scène s’éclaire et les danseurs apparaissent. Ils seront une dizaine tout au long de la soirée. Tout à coup, la fumée envahit l’espace, une ombre divine se dessine sur un fond noir, les projecteurs sont braqués sur elle mais c’est d’elle que jaillit la lumière. C’est Britney.

Elle est spectaculaire et mon cœur est gonflé de joie.

Pendant une heure trente, elle va enchaîner ses plus grands hits dans un play-back parfaitement exécuté. Elle changera 5 fois de sous-vêtements (je ne peux pas vraiment qualifier autrement ses tenues de scène ; je l’ai connue plus habillée mais finalement le string lui va très bien). Elle va tourner sa tête et faire aller ses beaux cheveux dans tous les sens à s’en démettre les cervicales sans une fausse note, jamais. A un moment, elle va même parler, pour de vrai, et on va entendre sa petite voix aiguë et essoufflée par la chorégraphie : « Hello Vegas ! » — je dois être au paradis.

Pour dire toute la vérité, je pense qu’elle est un peu fatiguée. Je la trouvais déjà pâlotte sur ses derniers post Facebook. Ce soir, le 31, c’est son dernier show, et j’espère qu’elle pourra se reposer avant de partir en tournée. Comme dit Harold, ça doit être harassant de faire la même chose tous les soirs. A un moment, elle a fait monter un mec sur scène, qui a dû suivre les instructions des danseurs. Il a vraiment bien joué le jeu, au point que Britney lui a dit ceci : « En tout cas, on aurait dit que tu t’amusais plus que nous ». Mais oui, cette créature céleste est en réalité humaine, et elle en a probablement marre de donner des morceaux d’elle depuis qu’elle a 11 ans et qu’elle animait le Club Mickey avec Justin Timberlake (qui ne peut pas se vanter d’avoir un spectacle à Vegas depuis 4 ans, si je peux me permettre).

Quoi qu’il en soit, Britney a fait le show, même si on sentait un peu qu’elle avait envie de rentrer pour terminer sa partie de Fifa avec Jayden James et Sean Preston, bien tranquillement à la maison. Les mauvais diront qu’elle est finie, qu’elle n’est plus, que sa gloire est passée. Pas du tout. C’est comme les joueurs de foot qui perdent tout le temps, là, Anderlecht ou Standard, je ne sais jamais. Parfois ils ont un coup de mou, ils sont fatigués, ça arrive à tout le monde. Est-ce que c’est pour ça qu’on range son écharpe mauve ou rouge au placard ? Non. On tient bon. On les soutient. On continue à aller voir les matchs. Parce qu’on sait qu’au bout de la route, à un moment, le Phénix rejaillira de ses cendres.

Pour moi, en tout cas, la soirée était fabuleuse et Britney continuera à scintiller de mille feux pour l’éternité.

Ce matin, après toutes ces émotions, on petit déjeune dans le pub d’un mini-mall d’autoroute et on regarde le football américain. On ne comprend rien mais les œufs sont délicieux. La serveuse nous prévient : elle peut nous apporter de l’eau et du café mais si on veut de l’alcool, ce sera quelqu’un d’autre, parce qu’elle n’a pas l’âge. C’est vrai qu’elle a l’air d’avoir 15 ans.

Nous rapportons la voiture de Marjori et en route pour Downtown et le Freemont Street Experience.

C’est le « vieux » Las Vegas, qui a vu naître les premiers casinos comme le mythique Golden Nugget. On peut descendre la rue en tyrolienne, ce qui semble assez marrant. Harold a maintenant de grands projets pour la jonction Porte de Namur — Flagey.

Tout le long de notre parcours, ce sont des casinos. Des filles presque à poil, qui proposent de se faire photographier avec elle. Un mec à poil, qui propose la même chose, et qui a moins de succès. Un Bad Santa qui tient une pancarte « Fuck you » (on peut aussi payer pour la photo).

Il y a toutes sortes d’échoppes de souvenirs, depuis les objets d’art indien (je ne sais pas bien où placer les guillemets ici) aux chapeaux de cowboy à paillettes. Dans Freemont, on peut acheter des faux cheveux ou se faire un shot d’oxygène aux couleurs fluo tout en profitant d’un massage.

On terminera notre tour de cette partie de la ville par une visite au Mob Museum. On n’aura pas appris grand chose parce que la ligne n’est pas très claire : il y a beaucoup d’objets, beaucoup trop, beaucoup de couleurs, beaucoup de films, beaucoup d’écrans — on ne sait pas très bien où regarder ni quoi retenir. J’ai envie de revoir Le Parrain ou Goodfellas, c’est tout.

Sinon, il y a cette pièce, à un moment dans le musée. C’est une réplique de la chaise électrique de Sing Sing. On peut s’asseoir dessus, glisser ses poignets sous les lanières de cuir et se faire photographier. A gauche, il y a un levier sur le mur. Si on l’abaisse, la lumière s’éteint et on entend un grésillement. Croyez-le ou non, il y a vraiment des gens qui vont s’asseoir sur la chaise.

Je vous laisse sur cette riante vision car il est temps pour moi d’aller mettre ma robe à paillettes pour profiter d’une dernière soirée de crazy Las Vegas. Bonne année et peut-être à demain pour vous raconter les fireworks. Happy 2018 everyone!