Obama, Feminisme et lectures d’été

Pour changer des lectures d’été qui nous obligent à revisiter nos tours de taille et nos fessiers avec des régimes insipides liquides, gluteno-phobiques ou crudités-sans lactose, de nous enduire de la tête aux orteils de crèmes bio miracles anti-âge, sébumo- et capitonno- répulsives, de nous teindre les ongles couleurs arc-en-ciel , de nous allonger au soleil dans l’espoir de devenir brésiliennes, ou encore de nous interroger si nous avons assez d’orgasmes à la journée selon les sondages..

Pourquoi ne pas lire un petit article « féministe » d’Obama ?

Glamour Exclusive: President Barack Obama Says, “This Is What a Feminist Looks Like”
Qu’attend-on d’une femme et qu’attend-on d’un homme aujourd’hui?

Obama, dans cet article, admet que l’on a beaucoup avancé en matière d’égalité entre les sexes. Il remarque cependant que les stéréotypes liés aux femmes et aux hommes dans les domaines émotionnel, sexuel et psychologique perdurent et se construisent en nous dès l’annonce attendue de notre gynéco: « C’est une fille ! » ou « C’est un garçon ! ».C’est en s’inquiétant de l’avenir de ses propres filles qu’il parle des progrès à faire en matière de stéréotypes de genres.

Voici donc, au risque de provoquer, une liste de quelques exemples de stéréotypes que je perçois à titre personnel en France aujourd’hui (très librement inspirés par ce discours) et qui sont très étroitement liés aux préoccupations que j’ai pour ma propre fille :

1) Qu’attend-on d’une femme ?

Etre femme, c’est…

  • Etre sage, disciplinée, c’est aimer les choses rangées, la déco. Une femme aime les arts manuels, elle aime faire les choses de détail avec précaution, être appliquée. Etre femme c’est aimer les disciplines solitaires sportives et artistiques comme la danse et la gym (et cela dès l’enfance).
  • Aimer être à l’intérieur (tous les intérieurs : maison, bars, boites de nuit, restaurants aussi). Une femme ne doit pas être dehors sans but précis (le jardinage, la randonnée, la course à pied, le gardiennage d’enfants, la plage, d’accord) : elle ne doit pas vagabonder, ne doit pas errer, et doit pas stationner seule: sinon- et c’est normal, c’est une femme après tout- elle sera vue comme une femme facile ou une professionnelle.
  • N’être pas trop sûre de soi : être trop sûre de ses opinions, trop assertive quand elle l’exprime, c’est perçu comme de l’agressivité, comme de la colère, voire de l’hystérie. Une femme ne doit pas prendre la parole si elle ne lui est pas donnée : sinon, elle doit s’en excuser. Une femme doit être douce et savoir écouter avant tout.
  • Ne pas avoir trop d’ambition, ne pas être trop compétitive : la vie de famille doit passer avant sa carrière. Une femme ne doit pas avoir trop de succès professionnel, ne doit pas gagner plus qu’un homme. A égalité, à la limite, dans certains cas (aujourd’hui toujours exceptionnels). 
    Le vrai succès d’une femme, c’est comment elle arrive à s’épanouir dans sa vie de famille tout en travaillant. Une femme peut avoir des rôles valorisant dans la communauté, du moment qu’ils sont en lien avec l’enfance, le social, ou l’éducation.
  • Ne pas assumer pleinement sa sexualité. Si une femme s’éclate au lit, c’est d’abord grâce à son homme.
  • S’habiller en femme, c’est se maquiller, c’est essayer par tous les moyens (régimes, crèmes, soins, épilations, manucures et pédicures) de paraître jeune, apprêtée et mince (une femme vieille, grosse ou qui se « laisse aller », c’est laid) : c’est le minimum : c’est, pour une femme, « se respecter ».
  • Séduire. Une femme doit être séduisante, c’est-à-dire passive.. Elle doit séduire passivement (regards, sourires, habits subtilement qui dévoilent un ou plusieurs détail-s- provocant-s-) et attendre une réponse de l’homme qui engage ou non la relation. L’homme est toujours acteur. La femme se doit d’être entièrement « disponible » aux regards ou à la parole de l’homme. Si elle ne répond pas à ces exigences de séduction, et de réciprocité au moins à minima (c’est-à-dire en répondant en boutade ou en souriant), elle est perçue comme frigide.
  • Etre toujours en compétition pour être remarquée et remarquable physiquement aux yeux des hommes, comme des femmes.
  • pouvoir assumer plusieurs tâches à la fois : ménage, carrière, enfants, mise en beauté, courses, administration, vie conjugale, et pourquoi pas ?
  • avoir envie d’être mère, et c’est avoir envie d’être « femme de ».
  • avoir besoin d’un homme : pour ouvrir une bouteille de vin, pour choisir le vin, pour ouvrir la plupart des bocaux et bouteilles de produits de consommation trop bien fermés, pour déplier la poussette trop lourde et compliquée, pour tourner la clef dans la serrure coincée, pour payer l’addition, pour la diriger dans une ville ou dans la campagne (une femme n’apprend pas à s’orienter seule- elle n’en a pas besoin car il y a des hommes), pour l’accompagner le soir ou en voyage ( être harcelée, c’est normal quand on est une femme).
  • Ne pas être logique : une femme est intuitive, sentimentale, émotive.

2) Qu’attend-on d’un homme?

Etre homme, c’est …

  • être indiscipliné, plus sauvage (il est proie à des pulsions primaires), plus bon vivant. Etre homme c’est être mieux à l’extérieur, dans le monde, c’est être plus aventurier, c’est aimer les jeux de ballons (de balles ou de boules), c’est aimer les jeux d’équipe (et cela dès l’enfance).
  • devoir choisir entre être un dur à cuir et être un mec cool. Un homme doit être téméraire, avoir confiance en lui, être assertif (il doit avoir « le courage de ses opinions »), voir agressif: c’est être « un homme, un vrai » aux yeux des autres. C’est un combat.
  • être toujours récompensé pour sa sexualité, et puni pour sa sensibilité
  • être séducteur, c’est-à-dire actif dans la séduction. Il doit regarder les femmes, leur sourire. Il doit les complimenter. Il doit faire des conquêtes. Il ne doit pas faire de sentiments, ne pas s’attacher.
  • être homme de famille qui fait carrière, c’est faire l’objet du regard bienveillant de toute la communauté : la vie de famille, bien qu’essentielle pour qu’un homme soit bien vu, passe après le travail et le succès professionnel.

Dans le cas d’un partage des tâches ménagères, c’est l’emploi du temps et la carrière de l’homme qui doit déterminer les modalités de ce partage.

Etre homme au foyer ce n’est pas « normal »: demander des congés maladies (ou parentaux) pour ces enfants, ce n’est pas bien vu (pousser une poussette quand sa femme à côté pourrait le faire non plus.)

Etre homme, c’est aussi…

  • ne pouvoir faire qu’une seule tâche à la fois. On ne peut pas demander à un homme plusieurs choses en même temps.
  • physiquement, c’est moins contraignant que d’être femme. Par exemple, un homme a le droit de vieillir : un homme jeune est vaillant, un homme vieux est beau. L’homme ne périme pas ; il s’améliore avec l’âge.
  • c’est savoir s’orienter, savoir diriger, savoir gérer un budget, savoir ouvrir une bouteille de vin, avoir la force nécessaire pouvoir ouvrir des bocaux en verre, pouvoir couper la viande à table, savoir tout réparer, savoir bricoler, avoir la capacité d’apprendre toute sa vie pour savoir tout faire seul (car on ne peut pas compter sur les femmes pour les trucs « pratiques » de la maison), et aussi ouvrir la porte aux femmes.
  • Un homme doit toujours être « en charge », « aux manettes », quel que soit la situation (à part avec les enfants ou l’entretien de la maison où il peut- c’est autorisé- déléguer). Un homme se doit d’être au pouvoir, de prendre le pouvoir.

Et pourquoi pas aller plus loin?

Et si, en dépassant ces identités que nous imposent tous nos préjugés culturels, on était nous-mêmes pour changer? (et peut-être pas si différents que ça, non ?)

Comment on s’y prendrait pour construire de nouvelles croyances qui permettraient à nos garçons et à nos filles de se construire en dehors de ces rôles qu’on leur attribue sans s’en rendre compte, et qui les assignent à des rôles où ils dépendent du regard des autres dans leurs choix de carrière et de vie?

Comment les affranchir de ce déterminisme de genre qui fait que les femmes gagnent toujours beaucoup moins que les hommes, et que les hommes peinent à avoir des droits sur leurs enfants à égalité des femmes, même en France ?

Question ouverte.

Comme celle de savoir si oui ou non il faut bronzer au soleil, avec un auto-bronzant ou dans une cabine, si le bonheur se mesure à la fréquence des ébats sexuels, si la beauté se pèse sur une balance ou se voit à la densité de la peau d’orange, si la crème solaire est nocive ou indispensable, si il faut se faire une injection de Botox dès les premiers signes de rides, si Mme Trump s’est fait refaire les seins et le nez, ou si il faut faire une épilation laser, chez l’esthéticienne ou chez soi au rasoir.

Mais certaines questions méritent, je crois, d’être posées. Non?

http://www.glamour.com/story/glamour-exclusive-president-barack-obama-says-this-is-what-a-feminist-looks-like