Notre mariage en 2014 ; détails de nos robes. © Laurent Carpentier

“Je tenais à vous le dire.”

#5ansMariagePourTous

Ce billet a été originellement publié sur Carriespeaking.com.

Ce jour-là, voilà 3 jours que nous sommes mariées. Ce jour-là, la secrétaire du lieu que nous avons loué m’a appelée pour savoir si tout s’était bien passé et pour faire le point sur la facture que nous allions bientôt recevoir. Je l’ai remerciée pour son efficacité au cours de l’année passée. Et voilà qu’elle me dit :

Je tenais à vous dire une chose. La première fois que vous m’avez appelée, ça m’a marquée. Voilà. Je tenais à vous le dire. Et aujourd’hui, voilà. Pour nous il n’y a pas de problème.

Penchée à la fenêtre, mon kit mains-libres aux oreilles, je souris.

Mon appel l’a marquée, il y a un an, parce que quand je l’ai appelée, j’ai pleuré. J’ai pleuré parce qu’elle a dit oui, la secrétaire. Elle a dit oui, après deux autres lieux qui nous ont refusé la location parce que nous sommes homosexuelles. Le deuxième lieu avait été particulièrement odieux. Je vous passe les propos insultants et le retour de notre chèque d’arrhes par la Poste avec un mot disant simplement : “Bonne réception, bien cordialement”. Nous n’avions pas porté plainte. Il y a un an, nous voulions juste trouver un lieu, et nous marier.

Je souris. La secrétaire continue de parler au téléphone, mais moi je repasse les mois qui ont précédé dans ma tête. Je repense au dépôt de notre dossier de mariage à la mairie, quelques jours après la ratification du Mariage Pour Tous. L’officier d’état civil m’avait dit qu’elle ne pouvait pas nous donner de confirmation de dépôt de dossier, que nous serions informées en cas de problème.

Devant mon regard interrogateur, elle avait répondu, un peu gênée : “Vous savez, avec les élections municipales, on ne sait jamais.” Et de se reprendre hâtivement : “Mais il n’y a pas de raison !”.

Je repense au rendez-vous préliminaire chez le notaire pour notre contrat de mariage. Cette fois-là, notre notaire n’était pas là et elle était remplacée par un clerc de notaire fraîchement diplômé. Ni agressif ni méchant pour un sou, il avait enchaîné questions et remarques qui nous ont fait réaliser à quel point un couple homo, pour un français en 2014, pouvait ressembler à un couple d’extra-terrestres. Il avait entamé la conversation avec un regard complice, une voix pleine de compassion, et un désarmant :

“Laissez-moi vous parler de vos droits et devoirs, de la procédure en cas de divorce, car oui, maintenant ça peut arriver, puisque ça va être un vrai mariage, comme pour un vrai couple !”.

Il s’était étonné quand on lui avait donné la date, encore lointaine, de notre mariage : “C’est dans un an ? Eh bien, maintenant que la loi est passée, pourquoi ne vous mariez-vous pas tout de suite ? Ah, vous allez faire une fête ? Avec beaucoup d’invités ?”. Et de nous toiser, l’air vaguement surpris.

Mais ce matin-là, quelques rendez-vous et un mariage plus tard, penchée à la fenêtre, mon kit main-libre aux oreilles, je souris. Elle a dit oui, la secrétaire. Elle nous a souri, la notaire. Elle était là, Madame la Maire. Et aujourd’hui, voilà. Pour elles, il n’y a pas de problème.

C.I.D
alias CARRIE SPEAKING,
Autrice de voyage, blogueuse.
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