La suppression des affects et l’oubli de la liberté: Des signaux faibles d’une déchéance d’humanité?
(Une petite réflexion sur rien en particulier et tout en général — je ne me prends jamais au sérieux)
Une énorme dépendance technologique, des relations humaines de plus en plus fragiles et volatiles, une intense difficulté à se calmer, une augmentation des prescriptions de drogues qui suppriment les émotions — comme si nous devions toujours les cacher — et nous laissent en état d’alerte, de vigilance, voire d’urgence, pérenne. L’action est toujours automatique, non réfléchie, touchant toutes les sphères de notre vie. Des signaux faibles d’une déchéance d’humanité?
La suppression des affects semble être à l’ordre du jour. Et en les supprimant on oublie nos principes, nos valeurs fondamentales, tout ce qui nous fait humain. Il s’agit d’une amnésie existentielle, un état d’urgence personnel qui nous est imposé par nous mêmes. Toute ressemblance avec des enjeux politiques et le divorce entre le capitalisme et la démocratie n’est pas purement fortuite.
Nous avons été accablés par le (dés)espoir et l’illusion d’un monde de multiples possibilités, expressions, affects: l’amour, la haine, la compassion, la peur, la surprise. Par conséquent, aujourd’hui nous sommes juste indifférents, surtout par rapport à notre liberté. Nous sommes en train de tuer notre esprit de l’intérieur.
À l’époque de la modernité liquide, nous sommes en route vers la perte de notre humanité, sans (É)état et sans esprit. L’homme est dangereusement proche de devenir une machine. Et les machines sont tout sauf libres.
Peut-être on a quelque chose à apprendre avec le formidable monologue du réplicant Roy Batty, lors de ses derniers moments de vie, dans Blade Runner (Ridley Scott, 1982):
« J’ai vu tant de choses que vous, humains, ne pourriez pas croire. De grands navires en feu surgissant de l’épaule d’Orion. J’ai vu des rayons fabuleux, des rayons C briller dans l’ombre de la porte de Tannhäuser. Tous ces moments se perdront dans l’oubli, comme les larmes dans la pluie… Il est temps de mourir. »
— Roy Batty (Blade Runner, 1982)
Un androïde, dans un monde dystopique, touché par un moment d’humanité. Quelle ironie…