Chronique d’un Burn-Out : Le témoignage d’Anne-Françoise.

Perfectionniste, impliquée et ultra-motivée par son travail, Anne-Françoise a fait un Burn-Out. Au travers de son témoignage, découvrez comment on peut adorer son métier et pour autant succomber à l’épuisement.

Catherine B.: Bonjour Anne-Françoise !

Anne-Françoise : Bonjour ☺

C.B : Anne-Françoise, pouvez-vous vous raconter en quelques mots ?

A-F : J’ai 36 ans et pour le moment, je suis MOI, du moins, j’essaie de redevenir le moi qui s’est égarée depuis de nombreux mois, voire années. Je suis en arrêt maladie depuis 10 mois…

C.B : Pouvez-vous nous expliquer ce qui, selon vous, vous a poussé à faire un Burn-Out ?

A-F . : A vrai dire, ce cher Burn-Out fait toujours partie de ma vie actuellement, je suis toujours en phase de repos et remets petit à petit de l’ordre dans ma vie, ou reprends peu à peu vie, devrais-je dire.

Le contexte et la cause… hmmmm, du perfectionnisme, le souci de vouloir bien faire et l’envie de toujours en faire plus, l’envie de reconnaissance, et l’oubli de soi.

Le jour où tout a basculé… enfin, le jour fut plutôt une semaine fatidique fut la première semaine de mai 2016, j’étais en Inde pour le boulot.

Je pense que j’ai toujours flirté avec le Burn-Out sans jamais vraiment m’en rendre compte, de part ma nature perfectionniste et l’envie de plaire à tous et de vouloir tout bien faire de manière parfaite. Depuis toute petite, j’ai été poussée à être parmi les meilleures, je devais même fréquenter les meilleurs de la classe. Chaque fois que je faisais quelque chose de bien, c’était bien, certes… mais y’avait toujours un ‘mais’… il y avait toujours moyen de mieux faire.
 Les besoins de reconnaissance et d’être aimée par tous ont toujours été parmi mes besoins. J’ai aussi toujours détesté l’injustice, et j’aime aider les autres, et très souvent au détriment de moi.

Depuis Novembre 2009, je travaille dans une firme pharmaceutique. J’ai d’abord été consultante, et puis en mai 2011, je suis passée headcount. Je suis de nature à très vite apprendre les choses, à apprendre de mes erreurs et à vouloir toucher à tout, car je déteste la routine.
 Très vite, on m’a donné de nouvelles choses à faire, mais je ne me déchargeais pas des anciennes, j’avais bien trop peur que mes collègues m’en veulent de leur laisser les choses qu’on m’avait confiées avant… Novembre 2012, nous avons commencé à travailler avec une société indienne, du coup, mes supérieurs cherchaient des volontaires pour partir là-bas les former. Ah, l’enseignement (au sens large) et les voyages, 2 choses qui me bottaient vraiment ! Je suis donc partie pour la grande aventure, et ce fut un succès (en tout cas pour moi), j’ai A-D-O-R-E !

Le soucis, c’est que le training des indiens c’était encore une chose en plus à faire, mais moi, j’adorais, je me sentais vraiment à ma place et indispensable, et c’était chouette. Même si par moment, je me sentais dépassée, je n’osais rien dire. Pourquoi ? j’avais peur… peur qu’on se dise que j’étais nulle, peur qu’on dise de moi que je me plaignais pour si peu, peur que mes collègues disent que je leur refilais plein de boulot et peur de décevoir mes chefs qui croyaient en moi et me faisaient entièrement confiance…

En 2014, notre département a changé de bases de données, un énorme changement, sachant que notre job consistait principalement à entrer des données dans cette fameuse base de données. J’ai été pressentie pour être formatrice, et je suis donc partie pour 3 semaines de formations intensives à Londres. De retour au pays, il a fallu adapter la formation à notre thématique de produits, préparer l’évaluation, et donner cette formation à mes collègues directes. Nous étions sensé être 5 pour préparer le tout, mais personne n’avait vraiment le temps de consacrer de son temps à ça. Etant donné que j’adorais « les formations », je me suis donnée à fond pour que notre matériel et évaluation soient au top, et surtout que tous nos collègues soient capables de nous suivre. A ce moment, nous nous sommes aussi rendu compte que nos collègues indiennes venues dans le but de former les autres collègues là-bas étaient incapables de donner cette formation. Il a donc fallu partir en urgence et en long séjour là-bas… j’étais fière et heureuse, mais en même temps complètement crevée suite aux mois intenses que je venais de passer. J’ai pas osé dire : je prends d’abord mes 2 semaines de congés et j’y vais, non, j’ai foncé, ne faisant pas trop attention aux signaux que mon corps m’envoyaient…

Les conditions pour donner la formation étaient totalement différentes là-bas, j’étais la seule formatrice (en Belgique, nous étions 5), 3 semaines intensives (3 jours de cours, évaluation, et puis correction) avec 12 trainees chaque semaine (vs 7–8 en Belgique)… Après 5 semaines sur place, une collègue est arrivée en renfort. Une 10aine de jours plus tard, j’étais rapatriée en Belgique. J’étais épuisée… mon corps était las et mon cerveau fusait à 100 à l’heure… je pleurais quasi tous les jours en cachette, j’en pouvais plus…

J’ai pris 2 semaines de congés et puis je suis revenue. Après ça (2015), nous avons eu droit à une fusion avec une autre firme pharmaceutique… de nouveau produits, de nouvelles choses à expliquer ! j’étais plus que motivée et je faisais des heures à n’en plus finir… Mes WE me servaient à dormir, il m’était impossible de faire autre chose. Dès que je sentais que je repartais dans des crises de larmes (liées à l’épuisement), je prenais quelques jours de congé, et je dormais, et puis je me relançais corps et âme dans mon boulot.

Fin 2015 : arrivée d’une nouvelle chef avec des méthodes de travail totalement différentes, une montagne de chose à faire, des tonnes de trucs à expliquer, à ré-expliquer, à ré-ré-expliquer… et une restructuration : verdict, la moitié de notre équipe allait être redéployée autre part sur une période d’1 à 2 ans. Travaillant avec les indiens et ayant de bonnes relations avec, j’étais dans ceux qui restaient ! Super, mais à quel prix ?! Ce département rempli de femmes était maintenant remplis de jalousie, de coups bas, de gens qui n’en avaient plus rien à faire ou étaient démotivé, de gens qui rabaissaient les autres… mais il fallait continuer et aller de l’avant surtout qu’on devait se dépêcher de transférer la quasi-totalité de notre travail en Inde. Bref, des heures à n’en plus finir…

Mon ancienne chef directe a craqué (burn-out), j’étais un contact privilégié pour toutes les personnes qui traitaient avec elle. Je voulais faire mon max pour elle… à vrai dire, je m’en voulais un peu aussi de sa chute, car on se surveillait mutuellement, et j’avais « failli » à mon rôle de lui dire qu’il fallait qu’elle lâche du zeste… avec le recul, je me dis maintenant, que j’étais passée en mode survie… je n’avais plus assez d’énergie pour veiller sur les autres…

Par 2 fois, j’ai dit à ma nouvelle chef que j’en pouvais plus… une fois, elle a pris le temps de classifier mes tâches par ordre de priorité, c’était génial… le lendemain, elle changeait déjà tout. 
 Les 3 premiers mois 2016 furent affreux, je pense que je n’ai rien fait à part travailler et m’affaler dans mon canapé ou lit dès que je rentrais chez moi.
 En avril, je suis partie en Inde. Avec un planning et des moments de repos inscrits dans ce même planning, le tout à la demande de ma nouvelle chef, et ce fut la première à le foutre en l’air ! les managers indiens m’ont fait tourner en bourrique, ma chef trouvait que je pourrais être plus flexible (alors que je n’en pouvais plus… 8–22h était mon horaire). Plus on approchait de la fin de mon séjour, plus on me rajoutait des trucs… Trop investie dans mon travail, et par respect pour mes 3 collègues indiens avec qui je devais collaborer, j’ai été jusqu’au bout de tout ce que je pouvais, travaillant jusqu’à 4h du matin la veille de mon départ. J’ai craqué plusieurs fois devant eux, j’étais à bout. Je pense que j’ai tenu jusque la fin de mon séjour par fierté, par peur que ma nouvelle chef pense que je n’étais pas à la hauteur… j’étais passée en mode « pilote automatique ».

Quelques jours avant mon retour, j’ai demandé pour prendre 2 semaines de congé à mon retour plutôt que 1, c’était ok à condition que je passe 2 h au boulot le lundi de mon retour pour faire un compte rendu et envoyer tous les documents concernant les formations que j’avais données.
 Je suis allée au bureau le lundi en mode zombie. En rentrant, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps sans raison apparente. Les jours suivant je n’ai dormi que 2 ou 3h par jour, je me suis enfin décidée à aller voir le médecin et le verdict est tombé, il y a 10 mois maintenant.

C.B : Quelle a été la chose la plus difficile à vivre durant cette période ?

A-F : Lâcher prise… malgré 10 mois de déconnexion, je n’arrive toujours pas à lâcher prise totalement.

C.B : Comment à réagi votre entourage ?

A-F : Ma mère est partie en Afrique. Elle me parlait de ses problèmes à elle. En Aout, 4 mois après mon arrêt, elle m’a une fois posé la question de comment j’allais et je lui ai expliqué.

Certaines personnes ne comprennent pas et il faut dire que ce n’est pas facile à expliquer. On a l’air tout à fait normal après 10 mois, et pourtant, tout se bouscule toujours dans ma tête. Je suis un peu plus reposée, mais c’est tout.

C.B : Après une telle épreuve physique et psychique, comment faites-vous pour vous remettre sur pied ?

A-F : J’ai encore du chemin à faire… mais j’avance, c’est le principal. J’ai fait une « rechute » en janvier, due à des soucis familiaux venus s’ajouter. Heureusement, j’étais toujours en arrêt !
 On m’a dit que ce serait long, mais je n’imaginais pas que 10 mois après, je serai toujours perdue… Certaines choses avancent certes, mais le point de vue professionnel n’a pas encore vraiment abordé.
 Je suis suivie par ma médecin traitant, par une médecin du stress (spécialisée en burn-out), une psychologue (il a fallu que je change car la première ne me convenait pas), je fais aussi de la sophorologie et du yoga.

C.B : Comment envisagez-vous votre retour au travail ?

A-F : Je ne suis pas encore de retour au boulot. Pour le moment, tout ce que je sais, c’est que je ne retournerai pas dans la fonction que j’occupais précédemment.

C.B : Quelle leçon tirez-vous de votre Burn-Out ?

A-F : Que la vie est précieuse. Que je suis importante et que je dois être ma priorité. Je change aussi ma façon de voir le « temps ». J’apprécie les moments où je ne fais rien. J’apprends à me respecter et à m’aimer. Je m’installe enfin dans ma maison, car c’était juste un lieu pour faire dodo avant.

C.B : Quel serait LE conseil que vous pourriez donner à une personne souffrant de Burn-Out aujourd’hui ?

A-F : De ne pas culpabiliser, ce n’est vraiment pas évident mais c’est la première étape. Les supermen/women, ça n’existe que dans les films, nous sommes des humains, et la personne la plus importante dans notre vie, c’est nous, nous devons prendre soin de notre propre personne.

C.B : Est-ce que certaines lectures vous ont aidée ?

A-F : J’avoue que je n’ai pas énormément lu… moi qui adore lire, je n’y arrivais plus, plus à me concentrer sur la lecture. Ça fait 4 semaines que je relis un peu, principalement des romans.
 J’ai lu sur le sujet : « Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une »
 De Raphaëlle Giordano. J’essaie de mettre en pratique quelques exercices que l’héroïne a dû expérimenter.

C.B : Merci beaucoup Anne-Françoise !

A-F : Avec plaisir, j’espère que mon téloignage pourra être utile.

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