Bureau de vote à l’école primaire Orchard à South Burlington au Vermont. CATHERINE LEGAULT

GÉNÉRATION PARTICIPATION

Par Catherine Legault et Dominique Degré

Si les 18–34 ans dépassent maintenant en nombre les baby-boomers et leurs aînés, les électeurs plus âgés sont beaucoup plus nombreux à se rendre aux urnes. Une participation plus forte, mais qui, cette année, s’est faite à contrecœur.

Vince Bolduc, 70 ans, sort souriant de l’école primaire Orchard à South Burlington au Vermont où il vient de voter, comme il le fait depuis déjà plusieurs décennies. S’il vote comme à son habitude, la campagne qui s’achève, elle, n’avait rien d’habituel. «Cette élection n’était pas inspirante, déplore le septuagénaire. Ç’a été l’une des courses les plus déprimante, désorganisée et sale que je n’ai jamais vue. C’était honteux et ç’a divisé les gens », renchérit le Vermontois.

Vince Bolduc, 70 ans, vote à l’école primaire Orchard à South Burlington, Vermont, lors des élections présidentielles. CATHERINE LEGAULT

M. Bolduc n’est pas le seul à avoir un tel regard sur la présidentielle de cette année. Un peu plus loin, au Champlain seniors center, Rainbow Cornelia, qui arbore une tignasse rose et bleu malgré ses 80 ans, ne cache pas son inquiétude face à l’élection présidentielle de 2016. « Aujourd’hui, j’ai peur, peu importe ce qui se passe. Je suis si effrayée et tellement en colère que nous soyons rendus dans un tel bourbier. Je n’en reviens pas », lance la femme qui a immigré des Pays-Bas en 1959.

Les gens âgés de 65 ans et plus représentent 17,6% de la population du Vermont, selon les dernières données du gouvernement fédéral américain datant de 2015. La plupart des aînés et des boomers rencontrés par L’Atelier ont admis avoir voté pour Hillary Clinton, ce qui s’inscrit dans la tendance électorale de l’État. Lors des dix dernières courses à la Maison-Blanche, les électeurs de l’État ont choisi le candidat présidentiel démocrate à six reprises. Les Vermontois ont voté pour Barack Obama à 66,57% en 2012 et à 67,46% en 2008, notamment.

Cependant, l’ancienne secrétaire d’État est loin de plaire à tous, même auprès des électeurs qui ont choisi la candidate démocrate. « Ç’a n’a pas été un choix difficile à faire… », relate Robert De Larochellière, 72 ans. « … Parce que voter pour Clinton était le seul bon choix », renchérit sa femme Elynne, 71 ans, en reconnaissant, comme son mari, qu’Hillary Clinton n’aurait pas été leur premier choix dans un autre contexte.

Rainbow Cornelia, 80 ans au Champlain Senior Center à Burlington au Vermont, lors des élections présidentielles le 8 novembre 2016. CATHERINE LEGAULT

Les aînés enracinés

Malgré la réticence et le mécontentement envers les deux candidats présidentiels, les baby-boomers et les aînés vont davantage aux urnes que leurs enfants et leur petits-enfants. Selon les données compilées par l’autorité américaine du recensement concernant le taux de participation lors de l’élection présidentielle de 2012, ce sont les personnes âgées de 65 à 74 ans qui se sont le plus enregistrées pour aller voter, avec un taux de 78,1%. Elles sont suivies de près par les 55–64 ans et les 75 ans et plus, groupes chez lesquels le taux d’enregistrement s’élevait à 76,6%. De l’autre côté du spectre, ce ne sont que 58,1% des plus jeunes électeurs éligibles de 18 à 24 qui se sont enregistrés pour aller aux urnes.

Malgré leur participation moindre, les milléniaux sont désormais la génération la plus nombreuse aux États-Unis. Selon le Pew Research Center, en avril 2016, 75,4 millions des jeunes étaient âgés de 18 à 34 ans tandis que 74,9 millions d’Américains appartenaient à la génération des baby-boomers.

La tendance des jeunes à moins se prévaloir de leur droit de vote s’atténue au fil du temps. Pour le professeur invité à l’Université de la Californie à Los Angeles et spécialiste de la politique américaine, Bill Schneider, l’augmentation du taux de participation au fil du temps s’explique simplement par le cheminement des individus alors qu’ils vieillissent. « Avec le temps, les jeunes s’établissent et s’impliquent dans une communauté et c’est là la clé de la participation électorale, explique l’ex-analyste politique de CNN. Quand les gens prennent racine dans une communauté, c’est à ce moment qu’ils prennent la politique plus au sérieux, la politique commence à avoir des conséquences sur leur vie et donc, ils votent en plus grand nombre », poursuit-il.

Cette explication s’appuie sur le cycle de vie des électeurs ne serait toutefois qu’une partie de la réponse. Jonathan Knuckey, professeur associé de science politique à l’University of Central Florida, croit qu’il y a également une grande part d’effet générationnel derrière la propension des personnes plus âgées à se déplacer pour aller voter. « Les électeurs aînés et baby-boomers ont été élevés et socialisés à une époque où l’engagement civique était plus important et ont simplement maintenu ce comportement au fil temps », raconte le spécialiste des comportements électoraux.

Partie de carte au Champlain Senior Center à Burlington au Vermont, après que les membres du centre aient été voter. CATHERINE LEGAULT

Un héritage bien gardé

Selon Bill Schneider, la rhétorique de Donald Trump a un certain écho chez les électeurs plus âgés. « Trump dit explicitement qu’il va ramener l’Amérique d’autrefois, un retour vers les années 1950. Ce discours peut être très attrayant pour certains aînés », explique le professeur de la UCLA.

Si les références au passé du candidat républicain peuvent charmer les électeurs âgés, ce ne sont pas tous les baby-boomers qui vont être attirés par ces idées du passé. Les boomers ont connu et élu Richard Nixon et Ronald Reagan, mais ils ont également été à l’avant-plan des mouvements sociaux des années 1960.

Bureau de vote à l’école primaire Orchard à South Burlington au Vermont. CATHERINE LEGAULT

Rainbow Cornelia fait partie de cette génération politisée qui a vécu les mouvements des droits civiques. C’est d’ailleurs cet engagement social qui a motivé l’immigrante néerlandaise à devenir citoyenne pour obtenir le droit de vote. « J’étais vraiment impliquée en politique au début des années 60 et j’ai réalisé que si je n’étais pas une citoyenne de ce pays, je n’avais pas le droit de me plaindre ou de critiquer. Alors je suis devenue une citoyenne. »

Si les milléniaux ont un poids électoral plus important que celui des boomers aujourd’hui en raison de leur nombre, Yvette Masson, 57 ans, intervenante au Champlain seniors center, rappelle néanmoins que les aînés d’aujourd’hui peuvent encore faire la différence. « Les baby-boomers étaient les hippies dans les années 60 et ils savent toujours comment faire bouger les choses », croit-elle.

Yvette Masson, 57 ans, personne ressource au Champlain Senior Center à Burlington au Vermont. CATHERINE LEGAULT