Retour à la case de départ

Coffs Harbour - Catherine Matusiak

Ça n’a rien avoir avec ce que vous verrez sur Facebook.

Si vous scrutez mon profil, vous y trouverez ma dernière session de surf entre amis, et moi toute souriante aux côtés de ma planche. Ce que vous ne verrez pas, c’est les milles impressions de mon cv dans un magasin de location de vidéos miteux de Byron Bay. Ça ne ferait pas une très bonne photo Instagram, n’est-ce pas?

Parce qu’à côté des paysages saisissants d’une plage hippie, se trouve aussi un village rempli de jeunes voyageurs en recherche d’emploi. C’est sûr qui voudrait quitter cet endroit idyllique? C’est aussi l’endroit qui a chaviré mon cœur lors de mon premier voyage en Australie et où je désire trouver domicile pour les 6 prochains mois.

Lorsque nous partons à l’aventure, c’est toujours avec une pensée optimiste, presque magique, que tout se placera par le bon alignement des planètes, une bonne attitude et la chance du voyageur.

Et pourtant, tranquillement, « Not all those who wander are lost » (pas tous ceux qui errent sont perdus) ce proverbe que je chérissais tant, s’effrite. C’est ce qu’on appelle être perdue à l’autre bout du monde. La professionnelle dotée d’une carrière en communication s’envole pour l’Australie pour se retrouver à la case départ, cherchant un emploi sans aucun filon à l’horizon. Le tout devant une montagne de pression de positivisme. Il n’y a pas de place pour le découragement, ni l’angoisse. Pour les proches, tu es en train de vivre ton rêve, de quoi tu te plains?

Tes amis te disent de prendre ça relax, de ne pas t’en faire, que les choses vont se placer. Mais ça n’a rien de magique. Chaque jour commence par un pincement de cœur, parce que tu dois recommencer la recherche d’emploi à zéro et subir une série de rejets sous le doux soleil. Au début, tu tiens le coup, tu remets ton sourire en place et tu repars à la chasse. Puis, tranquillement l’enthousiasme s’effrite, s’installe sinueusement une boule d’anxiété au fond de tes tripes. Qu’arrivera-t-il si je ne trouve rien? Et ce n’est pas que pour le boulot, il faut aussi trouver une chambre où rester. Et ça aussi c’est la jungle, il y a tellement de preneurs. Aie le malheur d’arriver 5 minutes trop tard et tu viens de manquer ta chance.

À force de patauger dans un néant de bonnes nouvelles, tu en viens à ce poignant constat ; l’endroit que tu préfères au monde te rejette.

Soudainement tous les proverbes sur la persévérance te semblent une révélation. On ne peut pas réellement comprendre leurs vérités tant qu’on n’a pas soi-même frappé un mur. Faut apprendre à se relever. Souvent les histoires qui circulent sont celles de revenants, de ceux qui ont réussi à se relever, mais rarement de ceux qui sont le ventre à terre et qui subissent l’échec.

J’aimerais être plus optimiste, il parait que c’est plus populaire, mais je préfère être vraie. Parce que je sais qu’il y a en d’autres comme moi qui errent et là dernière chose que tu as besoin dans ces moments là c’est d’entendre une autre success story ou une citation à la carpe diem.


Au moment d’écrire ses lignes, j’ai finalement réussi à me trouver un emploi dans une agence de voyage avec des collègues enthousiastes et un manager qui croit en mes compétences. Les choses se placent tranquillement. La boule d’anxiété au fond de mon estomac diminue. Il me reste à trouver une chambre où rester ce qui est une seconde épopée en soi. J’espère néanmoins que cette courte confession permettra de nuancer l’idéalisation du voyage-travail et de l’aventure, car oui il y a des moments de doute et des moments où on se sent bien seuls, mais bien évidemment ça n’apparaîtra pas dans votre fil Facebook.