Que faire si vous voulez apprendre à écrire ?

Catherine Perrin
Photo by Daniel McCullough on Unsplash

Parce qu’écrire, ça s’apprend ?

Oui et non. Et ce n’est pas moi qui le dis.

“Je crois que nombre de gens possèdent au moins un petit talent d’écrivain et de conteur et que l’on peut améliorer et affiner ce talent.”
Stephen King — Ecritures — Mémoire d’un métier

Je vais être honnête. Vous n’apprendrez pas à devenir Victor Hugo, JK Rowling ou même Joël Dickert. D’ailleurs, si vous l’étiez, vous ne seriez pas en train de lire cet article.

Mais si vous voulez améliorer votre talent…

Vous pouvez commencer par les ateliers d’écriture

C’est le seul endroit où vous pouvez avoir des retours sur vos textes, sans avoir à infliger à vos amis la lecture obligatoire de textes mal ficelés.
Les ateliers d’écriture sont nombreux mais ils ne sont pas tous égaux.
- Les retours doivent être objectifs. Pourquoi tout le monde aimerait la même chose ?
- Les retours doivent être argumentés. Pas ce que j’ai entendu un jour “Comment dire ? Euh…”. Si tu ne sais pas dire, il faut faire autre chose qu’animer un atelier d’écriture, cocotte.
- Les retours doivent être bienveillants. Vous n’allez pas, à la fois, faire face aux difficultés de l’écriture et à un animateur acariâtre, si ?

Si vous vivez à Lyon ou à Rouen, vous avez la chance de pouvoir accéder à L’heure d’écrire. Quel que soit votre niveau, un petit moment hors du temps, pour écrire et seulement pour écrire.

Et continuer à lire, beaucoup

Et parmi les nombreux livres qui vous passent entre les mains, les livres sur l’écriture.

Que vous débutiez ou non :

#1 Laura Pécher — Premier roman, mode d’emploi

Une petite définition de la fiction ?

“La fiction est une création ou une recréation. Ce n’est pas une adaptation, encore moins une transposition”.

Vous n’échapperez pas à la question : pourquoi écrivez-vous ? L’auteur démystifie l’écriture, peu de chances d’y faire fortune et peu de chance de trouver le succès en imitant un auteur à la mode. Bref, si le plaisir n’est pas le moteur de l’écriture, reprenez plutôt votre série télévision préférée.

Si malgré tout vous persistez, vous aurez, en lisant ce livre, une vision générale des outils que vous devrez maîtriser pour écrire un roman.

Ce que j’ai particulièrement aimé :
— Les personnages doivent avoir une identité, un physique, une histoire, une personnalité, un statut dans le groupe. Ça vous paraît évident ? Pourtant, nombre personnages de roman sont caricaturaux.
— Le tableau proposé par Laura Pécher pour vérifier la cohérence d’un personnage.
— La clarté des explications sur le narrateur et le point de vue.

#2 Inside story — Dara Marks

Le cinéma a influencé l’écriture. Vos lecteurs sont habitués aux démarrages rapides des intrigues. Trois pages de description et vous les avez perdus. Si on ajoute à ça que le cinéma montre mais ne dit jamais, ce sont deux bonnes raisons d’aller voir du côté des scénarios pour booster vos intrigues.

Dara Marks analyse des œuvres cinématographiques connus en mettant en évidence les différentes intrigues qui coexistent : l’intrigue externe, l’intrigue interne ainsi que les obstacles que doivent vaincre les protagonistes, le contexte, les défauts fatals des personnages et les traits de caractère.
C’est l’occasion de comprendre comment remplacer des descriptions longues et ennuyeuses par des actions. Mais n’en faites pas trop non plus, sous peine de produire une liste fastidieuse d’explosions ou de poursuites de voitures inutiles.

Ce que j’ai particulièrement aimé :
- le travail nécessaire sur les personnages
- le défaut fatal
- les traits de caractère
- le conflit interne
- l’arc transformationnel

A présent que vous connaissez les outils de base, pourquoi ne pas aller voir du côté d’écrivains à l’écriture exigeante et au succès mondial.

Que vous improvisiez ou non

#3 Ecritures mémoires d’un métier — Stephen King

Stephen King fait partie des écrivains qui improvisent.

“Je place un groupe de personnages (ou peut-être seulement deux, voire un) dans une situation plus ou moins désagréable et j’observe comment ils font pour s’en sortir.”

Au point de considérer la construction préalable d’une intrigue comme une absurdité :

“ Je crois que l’intrigue est le recours ultime de l’écrivain, alors que le crétin se jette dessus. L’histoire qui en résulte a toutes les chances d’être artificielle et laborieuse”.

Outre l’opinion de Stephen King sur l’écriture, c’est sa boîte à outil qui rend ce livre incontournable.

D’abord le vocabulaire
- utiliser le premier mot qui vient à l’esprit, “s’il est approprié et expressif”, ne jamais “écrire émolument à la place de paie”
- chasser tout adverbe de votre texte : “Avec l’adverbe, l’écrivain trahit le fait qu’il craint de ne pas s’être exprimé avec clarté, d’être passé à côté de ce qu’il voulait souligner ou du tableau qu’il voulait esquisser”.
- Etre simple et direct

Ensuite la grammaire

“Et ne venez pas me casser le pieds avec vos plaintes exagérées comme quoi vous ne comprenez rien à la grammaire…”

Stephen King, ne s’étend pas sur les détails de la grammaire anglaise, ce qui nous serait de peu d’utilité, et nous renvoie à nos précis de grammaire préférés. Il mentionne un livre que je ne saurais trop vous conseiller, si vous lisez l’anglais, et malgré les détails sur la grammaire anglaise, The Elements of Style de William Strunk pour ses conseils pratiques.

Enfin les paragraphes

“La deuxième forme d’organisation du texte, après la phrase”

Prenez un livre, écrit King et voyez ce que vous pouvez en apprendre. Utile pour affiner un texte.

Et bien sûr, il conseille de lire, et va même jusqu’à vous donner la liste des livres qui l’ont influencé.

A propos de l’auteur : Si vous êtes déjà fan de l’auteur, je n’ai pas besoin de vous convaincre qu’il est un grand écrivain. Mais si, comme moi, vous passez à côté de ses romans horrifiques, vous vous demandez d’où vient son succès.

J’ai révisé mon jugement sans nuances près avoir lu Dolores Claiborne. J’ai refermé le livre en pensant : comment a-t-il fait ça ? Comment a-t-il fait en sorte que je tourne les pages de ce livre, avide de connaître la suite, alors que c’est le monologue — sur 320 pages quand même — d’une vieille femme de ménage grincheuse ? Pas d’explosions, pas de poursuites en voitures, pas d’hectolitres de sang, juste Dolorès Claiborne qui raconte sa vie et celle de sa patronne.

Un grand écrivain, qu’on apprécie ses œuvres ou pas.

#4 Mes secrets d’écrivain — Elizabeth Georges

Elizabeth George fait partie des écrivains qui préparent leurs romans.

“Je prépare un canevas. Puis je le développe en un séquencier”.

La préparation commence par les personnages, cruciaux jusqu’à faire l’histoire, construits jusqu’à recevoir un nom qui ne doit rien au hasard, façonnés jusqu’à s’exprimer différemment les uns des autres.

Parce que le décor peut jouer un rôle clé dans l’intrigue, Elizabeth George se rend sur place avant d’écrire.

Sur l’intrigue Elizabeth Georges partage le point de vue de Stephen King :

“…l’intrigue est ce que les personnages font pour gérer la situation dans laquelle ils se retrouvent.”

A propos de l’auteur : Elizabeth George est un auteur de polars complexes. Plusieurs intrigues se croisent dans la majorité de ses livres. Et la raison majeure pour laquelle j’attends de lire ses romans, c’est aussi parce que je veux savoir ce qu’il va advenir de ses nombreux personnages récurrents. Ils doivent résoudre un meurtre en se trouvant eux-mêmes dans des circonstances qui leur imposent d’agir.

Stephen King et Elizabeth George. Deux écrivains aux méthodes opposées. Qui suivre ? Aucun des deux, sauf à réduire l’art d’écrire à une mécanique reproductible. Mais vous êtes plus ambitieux que ça.

#5 La nuit, j’écrirais des soleils — Boris Cyrulnik

Le réel est fou, alors écrire, c’est mettre de l’ordre dans le bazar. Pour survivre, nous sommes obligés de simplifier, de faire le ménage, de trouver une cohérence, une vision du monde, qui est un aveu autobiographique.
Cyrulnik analyse de grands écrivains à l’aune de leurs histoires, de leurs failles, de leurs souffrances. Chaque écrivain a affronté une situation à laquelle il a réagi, à sa façon. Chaque écrivain a raconté ce qu’il était le seul à pouvoir écrire.
Vous ne pourrez écrire que ce à quoi vous êtes sensible.

En résumé de ces cinq livres :
- il n’y a pas de recette universelle
- il y a ce que vous pouvez écrire
- il y a des outils à maîtriser

Et pour finir, vous pouvez glaner des outils sur internet

# 1 Pour trouver des techniques et des idées

A propos d’écriture est l’un des rares sites généralistes sur l’écriture, peut-être même le seul qui parle de techniques de l’écriture et qui soit mis à jour régulièrement. Un must. Pour ne rien rater, abonnez-vous à la newsletter.

#2 Pour écrire en quantité

Le National Novel Writing Month : relevez le défi d’écrire 50 000 mots en un mois soit 1667 par jour. Il n’y a rien à gagner, sinon la satisfaction d’avoir réussi. Et d’avoir une matière à retravailler pour faire aboutir votre roman.

#3 Pour trouver des synonymes

Le dictionnaire des synonymes de l’Université de Caen est simple à utiliser. Comme vous pouvez l’imaginer, un de mes outils favoris.

#4 Pour se réconcilier avec la conjugaison

J’utilise le conjugueur quand j’ai un doute concernant les conjugaisons.

#5 Pour constituer un champ lexical

Saisissez un mot et le site rimessolides vous indique une liste de mots

Et vous, quels outils utilisez-vous ?

Catherine Perrin

Written by

Passionnée de lecture, je suis passée de l’autre côté de la barrière en commençant à écrire, il y a sept ans. Mon site sur la lecture : https://dequoilire.com

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