Les 10 choses qui ont changé dans mon quotidien en voyageant seule

En début d’année, j’ai pris mon sac à dos et je suis partie 3 mois en Asie du Sud Est.
Thaïlande, Laos, Myanmar, Philippines… au-delà des souvenirs et des photos, qu’en reste t-il ?

Ces dernières semaines on m’a beaucoup demandé si mon voyage en Asie avait changé quelque chose en moi ou dans ma façon de vivre. Maintenant que j’ai un peu de recul, je vais tenter une réponse à cette question.

Les premiers jours qui ont suivi mon retour, je me sentais profondément transformée. Cela faisait bien longtemps que je ne m’étais pas sentie aussi libre, sereine, épanouie que pendant mon voyage, et j’étais encore éblouie de ce que j’avais vu et vécu pendant 3 mois. On m’avait prévenue que le retour serait difficile, je m’y étais préparée, finalement ce n’était pas si terrible. J’étais heureuse de revoir ma famille, mes amis, mes collègues. Je leur avais manqué, ils me le montraient, et tout cet amour a adoucit la brutale transition. La tête encore pleine de souvenirs, je flottais un peu. J’avais l’impression d’être revenue changée, je me sentais pleine de ressources, de nouveaux projets et d’énergie positive.
Les semaines suivantes les choses se sont un peu compliquées. Le quotidien a repris, le boulot, les soirées, les journées qui filent sans que je m’en aperçoive. Pendant 3 mois j’avais vécu à mon rythme, celui de mon corps et celui du soleil, j’avais du temps, pour moi, pour les autres, pour ne rien faire, le temps de prendre le temps. Tout à coup j’ai eu l’impression de vivre à 1000 à l’heure, de passer mes journées à courir, sans jamais avoir de vrais moments pour moi. Le temps m’échappait. La plupart du temps tout allait plutôt bien, j’arrivais à gérer, et soudain une étrange sensation m’envahissait. J’ai eu les fameux moments où je me suis demandée ce que je faisais là, où je me sentais totalement inadaptée. Des moments où j’avais juste envie de repartir, de m’enfuir, de retrouver ces plages paradisiaques et ses sourires. Les gueules fermées du métro, l’odeur de pisse de la ville, l’invasion de hipsters de mon quartier… toutes ces petites choses me faisaient suffoquer. Je me mettais à pleurer sans même savoir pourquoi, c’était presque un rejet physique de la vie citadine. Paris m’oppressait. J’ai flippé parfois : et si je n’arrivais pas à me réadapter, qu’allais-je faire ?

Puis c’est passé, petit à petit.

Il y a certains jours, maintenant que ce sentiment a totalement disparu, où je me demande si ce voyage était bien réel. J’ai parfois la sensation que tout ceci n’est jamais arrivé. Comme si ces 3 mois n’avaient rien changé, finalement. Après tout ma vie n’a pas été bouleversée depuis que je suis rentrée, je n’ai eu aucune révélation sur moi même ni sur mon avenir, je me pose peut-être même encore plus de questions qu’avant, car je sais désormais que le champ des possibles est incroyablement vaste. Mais si je cherche au fond de moi, si je me remémore des visages, des lieux, des sensations, alors je sais, je sens, qu’il y a eu un avant et un après. Je sais que cette expérience m’a changée. Oh je ne suis pas tout à fait une autre, mais je ne suis plus tout à fait la même non plus. Les changements sont infimes, presqu’invisibles, mais ils sont profonds, et ils sont réels. Aujourd’hui je suis capable de les analyser, et de vous les raconter :

1. Je dépense (un peu) moins : sur la route j’ai dû vivre avec le minimum (très concrètement avec ce qui rentrait dans mon sac à dos) et finalement, ça me suffisait. Depuis que je suis rentrée j’ai arrêté d’acheter 15 gels douches différents, ou 3 t-shirts de la même couleur. J’ai surtout pris conscience de la futilité de nombreuses de mes dépenses, et du prix des choses. A mon retour j’ai trouvé tout extrêmement cher : à quel moment a t-on commencé à trouver normal de payer 5€ pour un café, 200€ pour une robe fabriquée en Chine pour le 100ième de ce prix, 20€ pour un plat ? Nous savons tous que la vie en France, et particulièrement à Paris, est chère, mais voyager en Asie me l’a rappelé. Même si la vue d’une jolie paire de chaussures peut encore avoir raison de moi, je suis désormais plus vigilante et réfléchie.

2. Je vis sans télévision : je n’ai jamais vraiment compris les commentaires sur Trip Advisor qui jugeaient un hôtel selon le modèle de TV disponible dans la chambre (il y en a un paquet dans le genre…). Le fait est que je n’ai pas allumé une télévision pendant mes 3 mois de voyage. J’ai regardé quelques séries sur mon mini-ordi pendant quelques longs trajets de train/bus, mais passé le drame Charlie Hebdo, j’ai même arrêté de regarder les news, qui me déprimaient trop. Sans y penser, je n’ai pas allumé non plus ma TV les semaines suivant mon retour. Et aujourd’hui je suis dans une pièce où une TV est allumée, j’ai du mal à la supporter pendant plus de quelques minutes. Je consomme désormais séries et films à la demande uniquement, sans excès, et j’écoute la radio ou checke le web pour suivre l’actualité. De toute façon s’il y a une révolution, elle sera tweetée ou périscopée, mais elle ne sera pas télévisée…
Et vous savez quoi ? Tant pis si ça fait de moi une bobo intello pire que celle que j’étais déjà, mais je trouve que la vie est bien plus belle sans la TV ;)

3. Je vais davantage vers les autres : les 1ères semaines de voyage j’ai pu parfois réagir avec mes réflexes de parisienne timorée. Puis j’ai appris à me mêler aux gens, à engager la conversation, à dîner avec des inconnus assis à côté de moi au restaurant, à passer la journée avec des gens rencontrés au petit déjeuner. Je suis quelqu’un de nature assez sociable mais en voyageant j’ai appris l’être beaucoup plus et surtout à apprécier les rencontres éphémères.
Évidemment le contact n’est pas aussi facile à Paris, je ne me suis pas mise à parler à tous les gens dans la rue. Mais j’essaie désormais d’être plus attentive aux personnes que je rencontre au quotidien, j’engage la conversation plus facilement. Nous sommes tous pressés et stressés, mais lorsqu’on est plus ouvert, alors les autres le sont aussi, et quelques mots échangés peuvent ensoleiller votre journée ;)

4. J’ai conscience du moment présent : oui, c’est cliché, le bon vieux « carpe diem », et pourtant. En ayant le temps de ne rien faire j’ai pu apprécier des dizaines de levers et couchers de soleil, des moments volés à discuter avec des inconnus, à profiter des journées et des soirées sans me préoccuper de ce qui se passera ensuite. J’ai appris à prendre conscience de l’instant présent, à ne penser ni à la veille ni au lendemain, mais au moment précis que je suis en train de vivre.

5. J’ai besoin de moments de solitude : j’avais très envie de voyager seule, de voir si j’en étais capable, au point que j’ai demandé à mes amis de ne pas me rejoindre sur place (true story). Malgré tout j’appréhendais, je n’étais pas très sûre de savoir gérer cette solitude. Je l’ai finalement adorée. Cela ne veut pas dire que je suis prête à vivre en ermite, juste que j’ai découvert que j’apprécie avoir des moments pour moi, coupée du monde. J’en ai même maintenant besoin, pour me ressourcer, me reposer, me recentrer.

6. Je laisse plus de place au hasard : avant ce voyage j’étais plutôt du genre à me balader dans les villes le nez dans mon guide, et à planifier mes journées de façon à ne rien rater. Pendant 3 mois j’ai voyagé différemment. Cette fois pas de guide, juste mes envies profondes, les conseils des gens que je rencontrais sur la route, et Trip Advisor. Je n’ai rien planifié, j’ai quasiment tout improvisé, j’ai décidé jour après jour quelle serait la prochaine étape. J’ai changé de plans 50 fois, j’ai eu quelques mauvaises surprises parfois, mais de très belles aussi. J’ai fait de la sérendipité ma nouvelle amie. Essayez, vous verrez, c’est assez cool ;)

7. Je prends les choses avec plus de recul : je ne suis pas exactement allée dans les pays les plus pauvres du monde, ni dans des pays en guerre… et je n’ai pas non plus « découvert » du jour au lendemain que nous ne sommes pas à plaindre. Mais j’ai passé du temps pendant ces 3 mois avec des gens qui n’avaient rien et qui pourtant souriaient chaque jour, reconnaissants d’être en vie, d’aller à l’école ou de travailler. Alors je me laisse encore aller à me plaindre parfois, comme tout le monde, mais je relativise beaucoup plus, et je ne laisse plus les petits tracas du quotidien me gâcher mes journées. Ok, c’est galère les grèves du RER B le matin, mais finalement, ce n’est pas très grave.

8. J’ai davantage confiance en moi : voyager seule à l’autre bout du monde, cela me paraît aujourd’hui tellement facile. Je me sens presque ridicule de continuer à en parler autour de moi des mois après, ce n’était pas vraiment un exploit. Mais j’ai conscience d’avoir dépassé ma peur, d’avoir réalisé seule ce que je pensais insurmontable il y a encore quelques années. J’ai dû décider, improviser, trouver des ressources et des réponses au fond de moi-même. J’ai dû gérer des élèves du jour au lendemain, surmonter des nuits où, malade, je me suis sentie plus seule que jamais. Tout cela me fait me sentir plus forte aujourd’hui. Je sais maintenant que je serai toujours capable de rebondir.

9. Et j’ai davantage confiance en l’avenir : rencontrer autant de personnes qui ont fait d’autres choix de vie que le mien m’a rappelé que nous avons TOUJOURS le choix. Quoiqu’on en pense, quoiqu’on en dise, si notre mode de vie ne nous convient pas il est toujours possible de faire autrement et d’en changer.
Pendant mon voyage j’ai à de nombreuses occasions ressenti un immense sentiment de liberté, comme lorsque j’ai visité seule les temples de Bagan en moto. J’étais seule et tellement libre !
Je suis rentrée en ayant conscience que ma vie à Paris est celle que JE me suis choisie. Mon job, mon appart, mes amis, tout cela ne dépend que de moi. Et si un jour cette vie là ne m’épanouit plus, il ne tient qu’à moi d’en changer. Le monde est immense et il offre des tas de façons d’être heureux, des millions de possibilités. C’est à nous, et nous seuls, de décider.

10. J’ai rencontré quelqu’un que j’aime bien, quelqu’un avec qui j’ai apprécié passer du temps. Une personne que je ne connaissais peut être pas si bien que cela finalement. Cette personne, c’est moi.
Voyager seul(e) offre de nombreux moments d’introspection, d’euphorie ou de désarroi. Des moments de bonheur pur et absolu et d’autres où il faut faire face à de vieux démons qui ressurgissent. Tous ces moments là m’ont aidé à mieux me connaître. Non seulement j’ai vécu l’une des plus belles expériences de ma vie, mais j’ai aussi appris davantage sur moi qu’en des années de vie.

Une amie m’a récemment envoyé une citation que je trouve très juste :

“Le Voyageur n’est pas celui qui a fait 10 fois le tour du monde, mais celui qui a fait 1 fois le tour de lui-même” Gandhi

En voyageant je ne suis pas devenue une autre, je suis juste devenue un peu plus moi-même.
Certes, il m’aura fallu aller à l’autre bout du monde pour cela… mais je vous recommande le déplacement, il en vaut la peine ;)

Like what you read? Give Cécile a round of applause.

From a quick cheer to a standing ovation, clap to show how much you enjoyed this story.