AU CAFÉ

Inspiré de faits rêvés.

Personnages:

  • Guillaume.
  • Emmanuel.
  • Georges.

C’est le jour. Emmanuel et Georges sont assis à une table. Guillaume est à la table d’à côté. Guillaume regarde discrètement Emmanuel, qui est caché par Georges. Georges se lève et part aller chercher quelque chose. Guillaume vient prendre la place de Georges.

GUILLAUME
Bonsoir.

EMMANUEL
Vous ne pensez pas qu’il est trop tôt pour dire bonsoir?

GUILLAUME
Il n’est jamais trop tard pour un bonsoir.

Un temps.

GUILLAUME
Vous êtes qui, vous ?

EMMANUEL
Je ne sais pas exactement, et vous?

GUILLAUME
Moi non plus. Mais je cherche. D’où moi.

Un temps.

GUILLAUME
Vous faites quoi dans la vie?

EMMANUEL
J’aime bien les gens comme vous qui posent cette question. Vous la posez pourquoi, vous?

GUILLAUME
J’adore aller parler aux gens. Et les gens font tant d’études et de métiers différents qu’il est plutôt passionnant de m’en rendre compte au fur et à mesure de mon existence.

EMMANUEL
Je voudrais simplement ne pas être perdu.

GUILLAUME
Vous l’êtes? (Emmanuel ne répond pas) Bon. Mais alors pourquoi?

EMMANUEL
Regardez ma tête.

GUILLAUME (avec attention)
Je la regarde, je la regarde oui.

EMMANUEL
J’ai une tête de quelqu’un qui quoi ?

GUILLAUME
Vous avez une tête de quelqu’un qui ne sait pas, mais qui croit savoir. Qui croit savoir qu’il ne sait rien savoir. Mais qui sait sûrement quelque chose. Mais qui ne sait pas trop. Vous savez trop?

EMMANUEL
Je ne sais que trop. Que je ne sais rien.

GUILLAUME
Ah! Vous êtes un Socrate des temps modernes! (Emmanuel ne répond pas et fait mine de regarder autre part) Excusez-moi. Cet humour ne marche décidément jamais. Mais alors, maintenant que j’ai vu votre tête, vous voulez bien mieux m’expliquer?

EMMANUEL
Non, votre lecture était ma foi très pertinente.

GUILLAUME
On me le dit assez souvent.

EMMANUEL
C’est vrai?

GUILLAUME
Oui.

EMMANUEL
C’est qu’ils ont raison.

GUILLAUME
Je suis ainsi pris dans la modestie de répondre que non et la pseudo-fierté mal placée de dire que oui.

EMMANUEL
Pseudo-fierté?

GUILLAUME
Oui, car est-ce une réelle fierté, ou est-ce plutôt une convention mal faite et qu’on nomme “fierté” et qui nous oblige à entrer dans un questionnement d’opposition primaire, type “Oui” ou “Non”?

EMMANUEL
Hum. Quelqu’un de normé dirait que vous êtes anormal.

GUILLAUME
Heureusement que je ne le suis pas.

EMMANUEL
Heureusement que vous ne l’êtes pas.

Un temps.

GUILLAUME
Vous aimez l’intensité?

EMMANUEL
J’aime bien. Ça m’exalte. J’aime bien quand ça m’exalte.

GUILLAUME
Et qu’est-ce qui vous exalte?

EMMANUEL
Embrasser un inconnu, par exemple.

GUILLAUME
Ah, c’est vrai que c’est très exaltant. J’aime bien embrasser une femme au premier rendez-vous, ça donne une impression de rapidité et de galvanisation d’une idylle déjà prête à éclore. Tout va vite, et vous vous sentez exister. Fort.

EMMANUEL
J’aime bien me sentir exister.

GUILLAUME
Vous êtes existentialiste?

EMMANUEL
Si ça veut dire que j’aime bien quand j’existe, alors oui.

GUILLAUME
Ça veut sûrement dire ça.

EMMANUEL
Oui, sûrement.

GUILLAUME
Et qu’est-ce que vous aimez aussi?

EMMANUEL
Parler avec de nouvelles personnes.

GUILLAUME
J’aime bien ça aussi. Vous aimez parler avec moi?

EMMANUEL
Nous ne faisons que commencer. Laissons le tant au temps.

GUILLAUME
Le tant au temps? Ou le temps au temps?

EMMANUEL
Le tant (il épelle) t-a-n-t. Au temps. Car tant t-a-n-t exprime la possibilité que le temps t-e-m-p-s engloutit.

GUILLAUME
Vous semblez érudit. Vous croyez l’être?

EMMANUEL
Je ne crois pas. Mais je le pense.

GUILLAUME
C’est très vantard ça! Vous pensez?

EMMANUEL
Oui je pense. Qui ne pense pas?

GUILLAUME
Moi, je ne pense pas.

EMMANUEL (moqueur)
Ah bon! Et que faites-vous alors?

GUILLAUME
Pour l’instant, je ne fais que croire.

EMMANUEL
Hm hm?

GUILLAUME
Je n’ai pas assez de vérité en moi pour pouvoir penser. Je ne fais que croire plusieurs choses qui me semblent plus logiques, plus évidentes. Mais je ne les pense pas, c’est trop pour le moi d’aujourd’hui.

EMMANUEL
Vous racontez n’importe quoi. Vous pensez tous les jours, vous ne croyez rien au contraire. Si vous croyiez vous seriez un fanatique, un perdu, un bras cassé, un lambeau d’espoir, une âme désespérée en quête de doctrine en laquelle croire. Et vous ne ressemblez pas à tout cela.

GUILLAUME
C’est une manière de voir la notion. Mais je ne suis pas d’accord.

EMMANUEL
Nous ne pouvons pas être d’accord sur tout.

GUILLAUME
En effet. C’est regrettable, selon vous?

EMMANUEL
Aucune idée.

Un temps.

GUILLAUME
Vous êtes pudique?

EMMANUEL
J’aime bien l’être pour les gens comme vous.

GUILLAUME
Ah bon! Et pourquoi ça?

EMMANUEL
Parce-que ça leur donne l’impression qu’ils me gênent.

GUILLAUME
Et quelle est la conséquence recherchée?

EMMANUEL
Qu’ils continuent, car ils aiment gêner les gens qui donnent l’impression de l’être.

Guillaume acquiesce avec un sourire nerveux. Un temps.

GUILLAUME
Vous fumez?

EMMANUEL
Plus ou moins.

GUILLAUME
Plus ou moins? Qu’est-ce que vous voulez dire?

EMMANUEL
Je dis que je fume plus ou moins quand je ne veux pas répondre à cette question parce-que je crois qu’il y aurait beaucoup mieux à faire.

GUILLAUME
Je vois.

Un temps.

GUILLAUME
Sinon vous aimez faire quoi, vous?

EMMANUEL
Je dirais que j’aime bien parler, et réfléchir.

GUILLAUME
C’est drôle ça.

EMMANUEL
Hm hm?

GUILLAUME
Nous avons tous les deux les mêmes activités préférées.

EMMANUEL
Ça veut sûrement dire quelque chose.

GUILLAUME
Sûrement, oui.

Un temps.

GUILLAUME
Votre ami est parti faire quoi?

EMMANUEL
Je ne sais pas.

GUILLAUME
Il est peut-être (enthousiaste) MORT.

Emmanuel sourit discrètement, mais Guillaume ne comprend pas s’il s’agit d’un vrai rire ou d’un rire nerveux.

GUILLAUME
Excusez-moi, je ne suis pas très bon pour ne pas ressembler à un sociopathe.

EMMANUEL
Ce n’est pas grave. Je dois avouer que ça donne un côté maladroit.

GUILLAUME
Ne le suis-je pas?

EMMANUEL
En tout cas, vous avez la tête pour.

Un temps.

GUILLAUME
Vous savez ce que vous m’obligez à faire, tout de même?

EMMANUEL
Toujours chercher des questions à poser? Oui.

GUILLAUME
Zut. Je tombe sur un perspicace.

EMMANUEL
Je croyais que vous aimiez parler?

GUILLAUME
C’est le cas, mais j’aime bien répondre aussi.

EMMANUEL
Vous avez du répondant en tout cas.

GUILLAUME
Mais vous ne m’avez encore posé aucune question!

EMMANUEL
C’est ce que je dis.

Guillaume n’a pas l’air de comprendre. Il regarde autre part. Un temps.

EMMANUEL
Vous pensez à quoi?

GUILLAUME
Au noir et aux couleurs qui essaient de le malmener.

EMMANUEL
Je vois.

GUILLAUME
J’espère sincèrement que ce n’est pas le cas.

Un temps.

EMMANUEL
Vous êtes complexe?

GUILLAUME
Je crois oui. Peut-être. Ils le croient souvent, mais s’ils ne font que le croire c’est que ça ne doit pas être bien vrai.

EMMANUEL
Qui ça “Ils” ?

GUILLAUME
Les autres.

EMMANUEL
Oh… les autres…

Un temps.

GUILLAUME
Vous êtes barbant depuis quelques minutes.

EMMANUEL
Hm… Vous avez sûrement raison. Je le suis depuis combien de temps selon vous?

GUILLAUME
Je n’en sais rien, mais à cet instant T vous l’êtes.

EMMANUEL
Il est vrai que je préférerais me sentir exalté.

GUILLAUME
Je crois que c’est l’excitation de l’inconnu qui s’étiole.

EMMANUEL
Je crois aussi.

GUILLAUME
Si nous lisions?

EMMANUEL
Faisons ça.

Guillaume sort “Le mythe de Sisyphe”, et Emmanuel sort un livre politique dont l’auteur ne connaît pas le titre. Ils lisent pendant quelque trentaine de secondes. Un serveur arrive et les coupe dans leur lecture.

LE SERVEUR
Bonjour messieurs, que désirez-vous?

GUILLAUME (enthousiaste, souriant)
Un café et un grand verre d’eau s’il vous plaît!

EMMANUEL
Je vais prendre un café aussi, et un verre d’eau.

Ils se remettent à lire. Guillaume regarde Emmanuel, puis se remet rapidement à lire. Emmanuel lui jette un regard discret que Guillaume ne perçoit pas. Guillaume semble chercher une question à poser.

GUILLAUME
Et…

EMMANUEL (Il le coupe)
Vous êtes incroyable.

GUILLAUME
(Il rit) Vous dites?

EMMANUEL
Je dis que vous êtes pas croyable.

GUILLAUME
C’est sûrement un des meilleurs compliments qu’on m’ait fait.

EMMANUEL
Vraiment?

GUILLAUME
Ou alors dis-je cela simplement pour vous faire croire à quelque chose en quoi je ne crois pas et que j’aimerais croire?

EMMANUEL
J’ai bien peur que l’on se situe plutôt là-dedans. Mais pourquoi vous forcez-vous tant que cela?

GUILLAUME
Un jour l’on m’a dit qu’il ne fallait pas se servir des gens comme des moyens mais comme des fins. Alors j’essaie de faire croire aux gens qu’ils sont une fin, malgré que j’en perde mes moyens.

Un temps.

GUILLAUME
Vous croyez en l’amour?

EMMANUEL
Pourquoi, vous non?

GUILLAUME
Si, mais je rencontre souvent des gens qui disent ne pas y croire.

EMMANUEL
Ces gens n’ont simplement pas connu l’amour, ou l’ont mal vécu.

GUILLAUME
Je suis du même avis.

EMMANUEL
Alors nous sommes du même avis.

Guillaume, déboussolé, ne comprend pas pourquoi il a dit la même chose que lui. Un temps.

GUILLAUME
Mais vous aimez ça alors?

EMMANUEL
Qui n’aime pas l’amour?

GUILLAUME
Oui mais vous me comprenez… Vous voyez ce que je veux dire. Non?

EMMANUEL
Plus ou moins. Mais je fais en sorte que vous vous perdiez dans vos pensées.

GUILLAUME
Ah! Et pourquoi cela?

EMMANUEL
Parce que quelqu’un aussi à l’aise avec les gens doit être drôle une fois perdu.

GUILLAUME
Mais… j’ai déjà la tête d’un garçon perdu.

EMMANUEL
Alors rendons vos propos conformes à votre tête.

Guillaume semble un peu vexé. Un temps.

GUILLAUME (enfantin)
Je veux parler d’amour!

EMMANUEL
Eh bien! Parlez.

GUILLAUME
Mais j’y arrive pas avec vous. Vous me distrayez.

EMMANUEL
Pourtant je n’ai rien fait pour.

GUILLAUME
Ah bah si!

EMMANUEL (le défie du regard)
Ah bon? Quoi?

GUILLAUME (surpris)
Euh! Rien, rien…

Un temps.

GUILLAUME
Cela commence à faire long depuis que votre ami est parti.

EMMANUEL
Pourquoi est-ce que vous faites une fixette sur lui? Vous devriez être content, vous avez plus de temps pour me parler.

GUILLAUME
Pourquoi est-ce que je devrais être content que votre ami ne soit pas l- (Emmanuel lui lance un regard tranchant, Guillaume se coupe lui-même la parole) Hum. Oui.

EMMANUEL
Puisque vous le voulez tant. Parlez d’amour, non?

GUILLAUME
Oui mais je ne sais plus où j’en suis, moi.

EMMANUEL
Vous l’avez déjà su?

GUILLAUME
Pas vraiment, non.

Un temps.

EMMANUEL
Et sinon, vous avez quelqu’un alors?

GUILLAUME (d’abord surpris, puis agréable)
Eh bien. Je traîne avec plusieurs personnes. J’en embrasse certaines.

EMMANUEL
Joli train de vie.

GUILLAUME
Barbant, comme expression. En parlant de barbe…

EMMANUEL (qui n’a pas de barbe, le coupe)
Ne faites pas la blague.

GUILLAUME (tout déçu)
Oh…

Un temps.

EMMANUEL
Nous devrions nous remettre à lire.

GUILLAUME
Oui!

Ils se remettent à lire. Guillaume essaie maladroitement de regarder Emmanuel sans se faire voir, mais Emmanuel le voit et en sourit. Ils lisent pendant quelque trentaine de secondes, puis Le Serveur arrive avec les deux cafés et verres d’eau sur son plateau. Il les sert.

LE SERVEUR
Et voilà!

GUILLAUME (enthousiaste, souriant)
Merci beaucoup!

EMMANUEL
Merci bien.

Un temps.

GUILLAUME
Et sinon, vous voulez faire quoi?

EMMANUEL
Comment ça? Plus tard?

GUILLAUME
Oui.

EMMANUEL
Je ne sais pas. Je cherche un peu.

GUILLAUME
Vous n’avez pas trouvé votre vérité?

EMMANUEL
Non. Vous oui?

GUILLAUME
Non, je regrette.

EMMANUEL
C’est dommage. Vous auriez pu m’en parler.

GUILLAUME
J’aurais pu, oui.

EMMANUEL
Vous allez donc être obligé d’aborder un autre sujet.

GUILLAUME
En effet.

EMMANUEL
J’attend.

Un temps. Guillaume cherche activement.

GUILLAUME
J’aime pas être bien.

EMMANUEL
Hmm?

GUILLAUME
Ouais.

EMMANUEL
Expliquez?

GUILLAUME
Eh bien, tout à l’heure nous parlions du sentiment d’exaltation…

EMMANUEL
Oui…?

GUILLAUME
Eh bien je trouve que le meilleur sentiment d’exaltation, le plus controversé, le plus fascinant, le plus puissant, le plus étrange, le plus malmenant, c’est la mélancolie.

EMMANUEL
Ne serait-ce pas plutôt l’amour?

GUILLAUME
Vous n’êtes pas mélancolique lorsque vous aimez?

EMMANUEL
C’est bien ce que je disais, vous avez du répondant.

GUILLAUME
La mélancolie est le bonheur de l’homme triste, disait Hugo.

EMMANUEL
Il a vraiment dit ça?

GUILLAUME
Je n’en sais rien, mais ça fait du bien de croire qu’un grand écrivain comprend ce que vous avez vécu, de près ou de loin.

EMMANUEL
Je vois.

GUILLAUME
J’espère que c’est le cas.

Un temps.

EMMANUEL
Mais vous ressentez quoi alors, quand vous n’êtes pas mélancolique?

GUILLAUME
Rien, ou presque. Une sorte de prostitution d’absurde de Camus.

EMMANUEL
Que dit-il, ce bon vieux Albert?

GUILLAUME
Il explique que l’absurde est la confrontation entre le désir de l’homme de trouver un sens à sa vie et l’absence de réponse du monde.

EMMANUEL
Il était intelligent, ce Camus. Et en quoi votre sentiment est une prostitution de celui-ci?

GUILLAUME
Parce-que le mien, comme je le vois, ne semble pas venir d’un désir, mais plutôt d’une absence du goût de la vie. Alors je ne fais rien.

EMMANUEL
C’est la tristesse ça, non?

GUILLAUME
Vous croyez?

EMMANUEL
Un jour quelqu’un m’a dit que la tristesse, c’était perdre le goût du vrai et du faux.

GUILLAUME
Qu’entendait-il par là?

EMMANUEL
Je crois qu’il voulait dire qu’une fois que l’on perd le goût de croire aux choses qui nous sont vraies, et le goût de lutter contre les choses qui nous sont fausses, l’on devient triste.

GUILLAUME
Cela me semble être une conception pertinente de la tristesse. Alors je suis triste?

EMMANUEL
Il me semble, oui.

GUILLAUME
Donc quand je suis triste, je perds le goût du vrai et du faux, et quand je suis mélancolique, je le retrouve?

EMMANUEL
Cela me semble être le cas.

GUILLAUME
C’est un système assez imparfait en soi.

EMMANUEL
Les choses sont pour vous ainsi faites.

GUILLAUME
Comment le sont-elles, pour vous?

EMMANUEL
Je n’ai pas grand goût pour la vie. Je ne pense même pas vivre, mais plutôt subir.

GUILLAUME
Oh! C’est plutôt triste.

EMMANUEL
Ah oui, pour cela je suis triste.

GUILLAUME
Vous êtes donc un garçon qui ne sait pas et qui n’a pas de goût pour la vie. Vous avez déjà pensé au suicide?

EMMANUEL
Vous en parlez comme d’un médicament…

GUILLAUME
Je crois, vu votre cas, qu’on a dû avoir la bêtise de vous le prescrire.

EMMANUEL
Que voulez-vous dire?

GUILLAUME (prend une voix étrangère)
“Oh et puis merde hein! Si t’aimes pas la vie, t’as qu’à t’suicider!”

EMMANUEL
(Il rit, Guillaume semble tout content) On m’a déjà présenté cette phrase, bien vu.

Un temps.

EMMANUEL
Et vous êtes comment, en ce moment? Triste ou mélancolique?

GUILLAUME
Triste, je dirais. Mais à l’aube d’une possible mélancolie.

EMMANUEL
Comment se manifestent-elles?

GUILLAUME
Lorsque de nouvelles expériences naissent.

EMMANUEL
Et l’accouchement est pour quand?

GUILLAUME
Bientôt, bientôt…

Un temps.

EMMANUEL
On vous a déjà dit que vous étiez fort intriguant?

GUILLAUME
Oui, et j’avoue faire semblant de ne pas savoir pourquoi.

EMMANUEL
Comment ça?

GUILLAUME
Je supporte mal la norme. Et je sais que l’anormal intrigue.

EMMANUEL
Lecture pertinente de notre société.

GUILLAUME
N’est-ce pas?

Un temps.

EMMANUEL
Je crois que mon collègue va bientôt revenir.

GUILLAUME
Ah bon? Il n’était pas mort alors?

EMMANUEL
Oui, vous devriez vous hâter.

GUILLAUME
Cela veut dire que je devrais vous dire tout de suite que j’ai très envie de vous embrasser?

EMMANUEL
Vous devriez surtout arrêter de me vouvoyer.

GUILLAUME
Si je vous tutoie vous m’embrassez?

EMMANUEL
Il faudrait que tu me tutoies pour voir.

GUILLAUME
Que je te tutoie?

EMMANUEL
Que tu me tues, moi.

Ils se passent l’un l’autre la main dans la nuque, et s’embrassent.

FIN