(suite)

La journée passa allégrement, dans la liesse, l’ivresse et la musique folklorique.

J’étais pourchassé par des dames, jeunes et moins jeunes qui me trouvant trop timide, prenaient la décision de m’inviter à danser. Mais voilà, l’expérience et la sagesse ancestrale m’ont appris qu’il y a deux choses dont il faut se garder quand on est invité chez des tiers : le mépris et les femmes.

Il est vrai aussi qu’on pardonne plus facilement à l’étranger son ignorance des coutumes d’usage, mais certaines coutumes sont universelles. Et prendre trop de plaisir avec les femmes des autres est peut-être la pire forme de mépris.

Alors je me laissai inviter par moments. Mais fréquemment je promis des danses que je n’honorai pas, feignant d’être pris par telle ou telle occupation.

Rendu loquace et affectueux par l’ivresse, un certain monsieur prit un long moment à me raconter tout le bien que je lui inspirais: Jamais il n’avait imaginé se sentir une affinité de conscience, de culture même peut-être avec un étranger venu de si loin.

J’ai alors réalisé toute l’étrangeté que ça avait été pour ces gens de m’accueillir sur leurs terres et dans leur quotidien. Pour effectuer ce voyage, je m’étais mentalement préparé à vaincre les obstacles physiques et émotionnels que je rencontrerais sur mon chemin. Je m’étais préparé à ce que tout se passe bien.

Eux en revanche n’avaient rien demandé. Et voilà que leur arrivait du bout du monde, un jeune homme noir comme le diable, qui faisait hurler les enfants et danser les femmes.

Ce doit être étrange d’aimer par accident, de trébucher sur une rencontre et comme par mégarde de se ramasser la tronche sur la gueule de l’amour.
Mon nouvel ami était tellement ému qu’il pleura longtemps sur mon épaule, portant de temps à autre mes mains à ses lèvres.

Il arriva aussi que je discute avec un jeune homme qui semblait tout droit issu des banlieues de France. En basket, jogging, survet, il contrastait avec la masse vêtue de panchos et de chapeaux…même moi j’avais endossé le costume local!

couleur café et costume local: Pancho et chapeau

C’était un ancien policier reconverti dans la sécurité personnelle. En me montrant son arme, il me dit être le garde du corps du chef.

- Et pourquoi a-t-il besoin de garde du corps le chef?

- Parce qu’il est menacé pardi!

Menacé, je pensais en moi même…Il arriva à de nombreuses reprises, des moments comme celui-ci où il semblait que je m’éveillais à des sub-réalités à l’intérieur de ce que je croyais percevoir…

Il me revint à l’esprit la requête que m’avait faite le père du chef le matin même, et le nuage soucieux qui planait au dessus du comité de protection, mais le tout restait flou pour moi, le sens en était décousu.

Certainement à cause de la connotation de danger que m’avait suggéré la menace qui pendait sur le chef, je me sentis menacé par l’ivresse qui commençait à me griser pour de bon et je résolus de rentrer à l’auberge. Il était 22h passé…



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