
( suite et fin )
Je savais cependant qu’en faisant mes adieux, on insisterait pour que je reste encore un peu, alors je n’en fis qu’aux deux principaux intéressés.
Je trouvai le monsieur qui m’avait confié son bien et lui signifiai mon départ en lui rendant la besace à l’intérieur de laquelle il ne m’était même pas venu à l’esprit de jeter un coup d’oeil. Il m’amena auprès du chef à qui je fis également mes adieux.
Mais ce dernier me demanda d’attendre. Lui aussi rentrait à l’auberge, nous ferions chemin ensemble. On apprêta une camionnette, et hop tout le comité de protection et le garde du corps nous en fûmes jusqu’à l’auberge. Une fois arrivés, ils se dispersèrent bien vite nous laissant seuls, ma compagnonne, le chef et moi.
- On ne va pas se coucher tout de suite, allez je vous invite à boire le verre de l’amitié, que vous me contiez un peu comment vous avez vécu nos coutumes.
Au bout d’un moment, la conversation revint sur lui et en nous montrant un gillet pare-balles qu’il portait sous son pancho, il nous dit qu’il avait eu peur toute la journée. Il avait reçu des menaces de mort quelques temps auparavant et un chef local avait été assassiné deux semaines plus tôt. Aussi, les Shamans lui avaient recommandé qu’il restât en ma compagnie afin que sa sécurité soit assurée.
C’est seulement alors que je compris ce qui s’était joué depuis le matin: Les recommandations du père, la besace et l’interdiction de m’éloigner du comité de protection.
Ravi que les Shamans aient eu raison — nous étions tous sains et saufs — je trinquai avec lui en lui souhaitant longue vie.
Entre temps, d’autres nous avaient rejoints, c’étaient les apprentis que les Shamans avaient laissé derrière eux pour assurer la protection du chef. Avec eux, il y avait le jeune homme hostile du matin, qui à présent me vantait avec orgueil le sens de l’identité indigène.
Sans pour autant l’incriminer, ni d’ailleurs faire allusion aux lunettes, je lui dis qu’à mon avis il n’avait aucune idée de ce que voulait dire fierté, dignité, et encore moins du sens de l’identité indigène.
Enfin las d’une belle et longue journée, je leur fis mes adieux et montai dans ma chambre. La nuit me fut douce.
Au petit matin, en sortant de la chambre, la première personne que je rencontrai était mon énigmatique jeune homme, qui tout en tirant ma paire de lunettes de soleil de sa poche, me demanda si c’étaitent celles que j’avais égarées la veille.
Il n’aurait pas pu trouver meilleure manière de me souhaiter le bonjour. J’étais content que nous nous fûmes parlés et surtout, que nous nous fûmes compris.
Quelques heures plus tard, j’étais en route vers d’autres contrées. Alors que les paysages défilaient à travers la vitre du bus, je prenais petit à petit la mesure des couches de réalités que j’avais vécues, et du temps qu’il me faudrait — certainement le reste de ma vie — pour en comprendre le sens et la portée.
*Si vous aimez me lire, cliquez sur ❤ pour en partager le plaisir*