Le 20 mars dernier, notre plateforme vidéo a diffusé un échange en direct entre Thomas Pesquet, depuis l’ISS, et plus de 220.000 élèves du CP à la 3ème.

Un ami m’a fait remarquer qu’il s’agit peut-être de la diffusion qui a réuni le plus de personnes autour d’un événement dans l’Espace depuis le 20 juillet 1969, date à laquelle Neil Armstrong posa le pied sur la Lune.

Le défi était de taille compte tenu de la complexité technologique de l’opération :

  • Thomas Pesquet se filme depuis l’ISS, qui tourne autour de la Terre à 400km de hauteur et à 28.000 km/h
  • son flux vidéo est adressé à la base de Houston au Texas qui le relayait par satellite à un camion en région parisienne
  • le camion l’adressait alors à notre plateforme qui se chargeait de l’encoder en une multitude de qualités (pour fonctionner sur les connexions haut débit comme bas débit) et formats (pour passer sur tous les écrans, du PC au mobile en passant par la tablette)…
  • …et de le répliquer tout autour du globe, sur plus de 10.000 écrans regardés par plusieurs centaines de milliers de personnes (certains établissements scolaires projetaient l’image par vidéoprojecteur dans leur gymnase à quelques dizaines ou centaines d’élèves).

Difficulté supplémentaire : l’échange était interactif ! Notre partenaire et organisateur de l’événement, Equalx, se chargeait de collecter en temps réel les questions par écrit des étudiants tout autour du monde et quatre jeunes les reportaient à Thomas Pesquet par téléphone.

Et pourtant l’AFP rapporte :

Sur l’écran géant du vidéoprojecteur disposé dans chaque école participante, l’image est parfaitement nette, le son clair et les questions parviennent au scientifique en moins de cinq secondes. Pourtant, il se trouve à 400 kilomètres de la Terre et navigue à une vitesse de croisière de 28.000 km/h.

Oui. La latence était particulièrement faible et la conversation entre les élèves et l’astronaute français était presque aussi rapide qu’une conversation sur Skype !

Une telle réussite n’est pas le fruit du hasard, revenons quelques semaines en arrière !


01 février 2017, H-6 semaines

Equalx nous contacte pour nous parler d’une conférence “spéciale” qu’ils souhaitent initier (je comprendrais en raccrochant qu’ils voulaient dire “spatiale” !) et nous demande nos capacités de montée en charge pour, à l’époque, quelques centaines de connectés. A ce stade pas de problème !

A titre personnel l’opération m’attire particulièrement : je me souviens de mes années au collège, notamment en 1996 lorsque nous suivions les explorateurs de l’époque : les navigateurs du Vendée Globe. Chaque midi nous recevions leurs nouvelles coordonnées grâce au Minitel (!) et les reportions sur une carte papier.

Impossible donc de ne pas faire le rapprochement avec l’opération dans l’Espace, de se rappeler de nos rêves de l’époque, à imaginer ces aventuriers au bout du monde et de vouloir aider à transmettre, à notre tour, ces émotions aux collégiens d’aujourd’hui.

20 février 2017, H-4 semaines

Les chiffres ne sont plus les mêmes. La communication auprès des établissements scolaires est un succès et on parle désormais d’un millier de connectés. Une bonne expérience pour tester les capacités de notre plateforme conçue alors pour ce type de volume.

Début mars 2017 — J-21

L’adhésion au projet dépasse toutes les prévisions ! Le chiffre de 10.000 établissements est pour la première fois évoquée.

A nous de jouer alors pour rehausser tous nos dispositifs. Et de progresser techniquement pour avoir à disposition le jour J des systèmes de relais, de reprise de direct en cas d’interruption, optimiser les délais d’encodage pour réduire les latences… Nous prenons conscience de la diffusion mondiale en voyant parmi les inscrits les établissements d’outre-mer, les lycées à l’étranger, dans les îles...

Jeudi 09 mars — J-11

Tandis que le nombre d’inscrits continue de croître à grande vitesse, nous ajustons les derniers détails de l’opération avec Equalx au Ministère de l’Education Nationale et révisons le dispositif dans son ensemble. Il est décidé que la Ministre Mme. Najat Vallaud Belkacem assistera à la conférence depuis un établissement parisien et prendra la parole pour échanger avec Thomas Pesquet.

La pression monte. Clairement.

Semaine du 13 mars — J-7

Il est temps de lancer les tests de montée en charge “théoriques”. Organiser une répétition générale en avance était très compliqué pour la NASA, nous nous orientons alors vers des services de montée en charge en ligne permettant de provoquer subitement (en quelques secondes) des pics d’audiences de plusieurs milliers de connectés. Nous avons bien travaillé, tout se passera bien… dans la théorie toujours !


D-DAY — H-5

Il est 10h. La presse commence à faire l’écho de l’opération. Nous sommes attendus dans une école primaire du XIXème à 14h, en présence de la Ministre, du personnel académique, de toute l’équipe technique derrière le projet, de la presse nationale… Vertige, je réalise l’enjeu et les risques !

D-DAY 90 minutes avant le début du live

J’arrive à l’école Simon Bolivar avec Anne-Sophie, la salle de classe retenue est déjà remplie de journalistes, ici l’AFP, là BFM TV, RTL, …

Depuis Bordeaux l’équipe technique procède aux dernières vérifications, alors que l’opération était abordée jusqu’alors dans une certaine sérénité les langues se délient “peut-être que nous aurions pu faire mieux ici” “est-ce que ce point a été suffisamment testé ?” “en fait je n’ai pas dormi cette nuit” !

D-DAY, 30 minutes avant le début du live

Les enfants surexcités arrivent enfin, prennent place au même endroit que lors de la répétition de la veille. La conférence n’a pas encore commencé qu’ils répondent déjà aux questions des journalistes comme de vrais pro.

Je regarde sur mon mobile les statistiques de connexion en temps réel. Quelques dizaines de connectés à 13h30 sur la page du direct. Une centaine à 13h40. Deux cent cinquante à 13h45. Et en l’espace de quinze minute l’envol de la courbe : plusieurs milliers de nouvelles connexions, chaque fois que je rafraîchissais le compteur il s’agissait de 200, 500, 1.000 nouveaux connectés sur la page du direct.

La Ministre arrive. Plus de marche arrière possible.

Najat Vallaud Belkacem arrivant à l’école Simon Bolivar

LE DIRECT

Le direct commence. Une vidéo d’abord, préparée à l’avance, sur l’importance de l’eau, de son accès dans le Monde.

H + 10 minutes.

Sur le plateau du studio, où se trouvent les élèves prêts à converser avec Thomas PESQUET, le responsable de l’ESA se lance. Il explique que la connexion audio avec l’ISS démarre.

Quelques instructions et noms de code en anglais. “Houston do you copy ?” Je repense amusé à tous ces films américains ..!

Thomas Pesquet apparaît enfin à l’écran. L’image envoyée depuis l’ISS est là. Deux mois de travail apparaissent à l’écran de l’école Simon Bolivar. Et sur plus de 10.000 écrans dans le Monde.

Mais l’affaire n’est pas bouclée pour autant, il n’entend pas les enfants sur Terre !

Le responsable de l’ESA reprend alors la routine de vérification en anglais et, finalement, après deux secondes interminables dans les grésillements, Thomas Pesquet confirme qu’il nous entend !

Ces quelques secondes de silence ont duré une éternité et enfin la libération après une minute :

“Je vous entends”.

La connexion est établie. Des centaines d’heures de préparation, développement, optimisation permettent d’entendre ces trois mots.

Et c’est parti pour 25 minutes de questions/réponses posées par des petits journalistes en herbe.

“Dis, Thomas, comment se comporte l’eau dans l’espace?
“Tu fais comment pour te laver en apesanteur?
“Est-ce qu’il pleut dans l’espace?
“Comment fais-tu pour dormir?

Thomas Pesquet répond aux questions avec une aisance étonnante. Très pédagogue il répond par une démonstration concrète: il sort un grand globe terrestre, déploie les lingettes qu’il utilise pour se laver, joue avec une bulle d’eau en apesanteur…

H + 60 minutes.

Ouf.

C’est terminé. Et je réalise l’ampleur de l’opération en ouvrant Twitter :

Au bureau, l’équipe sur place commence à collecter les statistiques et constate notamment la provenance des connectés :

Avec au moins un établissement connecté, ce sont les élèves de plus de 40 pays qui ont pu participer à l’événement.

Et petit à petit, à suivre les réactions de ceux dans la salle, à entendre les mots “magique”, “on croyait y être”… je commence à réaliser l’impact que cet échange a pu avoir et les vocations qui ont pu naître alors.

C’est une certitude : parmi tous les élèves connectés il y a forcément la prochaine génération d’astronautes, peut-être ceux qui mettront le pied sur Mars ou plus loin encore.

Pour nous le sens de cette opération dépasse la technique, la technicité, la technologie : elle favorise la transmission d’un message (d’une mission ?), et est le trait d’union entre deux générations qui font avancer l’humanité.

Et la suite alors ?

La question revient souvent… et c’est vrai, quel challenge peut-on se fixer désormais ?

Allez, peut-être le retour sur terre de Thomas début juin ou …le prochain Vendée Globe pour boucler la boucle !

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