En avoir ou pas (encore).

Célia Clavel
Feb 23, 2017 · 4 min read
©Gilles ROLLE / REA

Un programme.

Écrit noir sur blanc.

Une liste d’engagements successifs, un catalogue de promesses qui ne seront probablement jamais tenus.

Alors que la campagne électorale drague les bas-fond de la vie politique française d’où sortent affaires, attaques personnelles et petites phrases, avoir un programme précis serait la seule façon de se présenter dignement devant les français.

Et Emmanuel Macron n’en a pas.

Imposture !

Les éditorialistes et adversaires politiques sont unanimes : la candidature d’Emmanuel Macron est une blague puisqu’il n’a pas de programme. C’est une opération de com’, un « champignon hallucinogène » ou un « populiste mondain » qui reste sciemment flou pour plaire au plus grand nombre.

Soyons objectif un instant.

Êtes-vous capable de citer un élément du programme de Benoît Hamon, mis à part la légalisation du cannabis et son utopique revenu universel (qui ne l’est plus tant que ça, d’ailleurs)?

Pouvez-vous me parler d’une mesure concrète de M. Fillon, en laissant de côté la suppression des 500 000 fonctionnaires et la destruction programmée de la sécurité sociale ?

Avez-vous en tête le chiffrage du programme de Marine le Pen? Ou la politique d’éducation prévue par Mélenchon?

NON.

Tout simplement, parce que ça n’intéresse personne.

Pas les candidats eux-mêmes qui ont bien compris qu’à l’ère de Twitter et de la réflexion à l’emporte-pièce, il faut faire vite, quitte à faire souvent mal.

Pas les médias qui savent bien qu’une explication un tant soit peu poussée ne peut pas faire les gros titres des journaux, ni être présentée en 15 secondes, le temps de parole réglementaire pour une question lors d’une matinale.

Et finalement, pas même les citoyens, qui n’ont plus le temps ni l’envie de se plonger dans une comparaison des mesures proposées ni dans l’étude de faisabilité des promesses électorales.

Avoir un programme politique aujourd’hui, ça n’intéresse personne, parce que ce qu’il faut pour gagner, ce n’est pas être concret, c’est être efficace.

Et être efficace en politique, c’est comme être efficace en publicité. Il faut jouer sur les réflexes. Il faut imprimer sa marque en gros caractère lumineux dans le cerveau des citoyens, il faut leur coller une petite musique répétitive qui restera dans la tête jusqu’au moment du choix final.

Emmanuel Macron ne part pas avec le même bagage que les autres candidats, ces vieux loups de la politique qui portent une idéologie en bandoulière ou jouent un personnage qui leur sert de programme.

Il y a quelques années de cela, Macron était un parfait inconnu.

Et si, contrairement à d’autres, la simple évocation de son nom ne suffit pas, il n’a pour autant pas souhaité entrer immédiatement dans les détails techniques de mesures précises.

Il a compris que pour parler aux Français, il fallait d’abord qu’il se dévoile et que les gens sachent ce qu’il est et ce qu’il pense.

Il a voulu agir différemment et établir un diagnostic de la situation en France, en allant écouter les français lors de la Grande Marche, en consultant des experts et ses adhérents activement mobilisés dans les comités locaux.

Il a voulu avancer thématique par thématique, en fonction d’un calendrier précis, pour définir les premières orientations de son projet de transformation pour la France.

Depuis décembre dernier, il a délivré des propositions sur une dizaine de sujets prioritaires et l’ensemble de ses interventions sont reprises sur le site internet Vision-Macron, créé par le mouvement des jeunes avec Macron.

Dire aujourd’hui qu’Emmanuel Macron ne propose rien relève de la pure hypocrisie. Il a des idées, il a des positions, il a une vision pour la France.

Dans une société en constante mutation, il prend le parti de ne pas rester figé sur des solutions toutes prêtes, intangibles et indiscutables. Sa nouvelle alliance avec François Bayrou va d’ailleurs probablement influer sur son projet.

Alors certes, il a peut-être manqué de pédagogie.

Il aurait dû mieux expliquer sa stratégie et sa différence, pour couper court à toutes les critiques.

Il aurait dû insister sur le fait que le renouvellement de la vie politique qu’il propose commençait justement par la manière dont il allait faire campagne.

Il aurait dû assumer haut et fort se placer à contre-temps du battage médiatique.

Mais à l’heure où une échéance électorale ne se gagne plus sur les propositions, l’obsession médiatique sur l’absence de programme d’Emmanuel Macron révèle peut-être autre chose.

Peut-être qu’Emmanuel Macron est un « mauvais client » comme on dit dans les médias. Qu’il ne pas fait pas assez d’effets de manche ou de propositions chocs. Qu’il est trop optimiste. Peut-être qu’il n’est pas assez dans la contestation systématique et l’attaque de ses adversaires. Peut-être qu’il ne laisse aux journalistes et aux contradicteurs aucune prise, aucune formule tout prête pouvant être extraite de son contexte et déformée pour faire le buzz.

Peut-être, tout simplement, que pour pouvoir parler de ce que propose Emmanuel Macron, il faut un minimum s’y intéresser et réfléchir.

Et que c’est là, malheureusement, que le bât blesse.


Mais rassurons-nous.

Avec les récents tollés suscités par des extraits de ses interventions sur la colonisation ou la Manif pour tous, il semblerait que les journalistes, ses adversaires et les réseaux sociaux aient enfin réussi à faire d’Emmanuel Macron un candidat normal.

Qu’ils aient réussi à lui rappeler qu’aujourd’hui, rien ne sert d’avoir de grandes idées puisque que c’est dans la fange que la magistrature suprême va se gagner.

Célia Clavel

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Brillante dehors, mordante dedans (enfin, j’essaie). #Politique #Culture #Paris

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