Le nerf de la guerre.

Photo Philippe Wojazer. Reuters

Huit millions d’euros.

C’est ce qu’Emmanuel Macron va devoir personnellement emprunter pour pouvoir prétendre à devenir Président de la République. Une coquette somme qui n’est pas à la portée du premier candidat venu, aussi bon soit-il.

Depuis l’annonce de sa candidature en novembre dernier, la question du financement d’En marche et de sa future campagne électorale revient régulièrement. Et si ces adversaires lui reprochent ses accointances avec les milieux d’affaires, laissant planer le soupçon de financements qui pourraient être douteux, l’intéressé fait de sa relative liberté financière une qualité, clamant haut et fort que lui, il ne coûte rien au contribuable.

« La démocratie n’a pas de prix, mais elle a un coût… »

En France, jusqu’en 1988, aucune loi n’encadrait le financement des partis et des campagnes politiques et, mis à part l’impression des bulletins de vote et des affiches officielles, l’Etat n’apportait aucune aide publique.

Seules les contributions des militants et des élus étaient censés faire vivre les partis. Mais à la suite de multiples scandales révélant systèmes occultes, fausses facturations et enrichissements personnels, diverses lois sont venues encadrer le financement de la vie politique française.

Aujourd’hui, les partis sont pour partie financés par des ressources privées: les cotisations de leurs adhérents et de leurs élus et les dons de personnes privées limités à 7 500 euros par an, par personne et par parti.

Pour la campagne électorale, les dons des personnes privées ne peuvent excéder 4 600 € par élection et les dépenses sont plafonnées et récapitulées dans un compte de campagne établi par un mandataire financier et certifié par un expert comptable.

Dans tous les cas, les dons des entreprises sont prohibés afin d’éviter tout conflit d’intérêts ou trafic d’influence qui pourrait permettre de renflouer les caisses en échange d’une autorisation administrative ou d’un contrat public…

A côté de ce financement privé, une aide est accordée par l’Etat en fonction des résultats du parti au premier tour des dernières élections législatives (plus d’ 1 % des suffrages exprimés dans au moins cinquante circonscriptions) et en proportion du nombre de députés.

Pour l’année 2016 par exemple, l’aide publique aux partis et groupements politiques s’est élevée à plus de 63 millions d’euros avec 25 millions reversés au PS; 18,5 millions pour les LR; 5 millions pour le FN et 2,8 millions pour Europe Ecologie les Verts.

En Marche part avec un sacré handicap.

Le système actuel dont l’objectif est de limiter les dérives et assurer une certaine stabilité, a donc tendance à conforter l’offre politique existante, laissant peu de place à l’émergence de nouveaux mouvements.

Le cas d’En marche est édifiant. Nouvellement créé, il ne compte encore aucun élu et ne bénéficie donc d’aucun financement public. Les élections législatives de 2017 sont à ce propos un véritable enjeu. Mais pour le moment, rien. Et Emmanuel Macron le répète d’ailleurs sans cesse à ses adhérents : ils sont sa seule et unique source de financement.

Seulement, les cotisations n’ont jamais fait vivre les partis et la défiance croissante des citoyens pour la politique n’arrange en rien les choses.

Face à l’importance de la démonstration de force dans le jeu politique, Emmanuel Macron a vite compris qu’il valait mieux afficher un nombre insolent d’adhérents, probablement “gonflé” par la gratuité de l’engagement, plutôt que suivre les règles traditionnelles et faire payer des cotisations qui ne viendraient de toute façon que maigrement contribuer à l’évolution d’En Marche.

De la nécessité d’avoir un patrimoine à la hauteur de ses ambitions.

Si les règles sont strictes pour les “nouveaux venus” sur la scène politique, la loi française leur permet toutefois de financer leur campagne en allant puiser sans limite dans leurs économies ou en contractant un prêt.

Pour Macron donc, ce sera huit millions d’euros et un gage sur sa propriété du Touquet. Pour Marine Le Pen, ce sera un prêt de six millions gentiment accordé par son papa.

Quand on n’a pas la “chance” d’être investi par un parti, il semble qu’il vaille mieux avoir les reins solides pour se lancer dans la bataille.

La loi permet certes aux candidats ayant récolté plus de 5% des voix d’être remboursé à hauteur de 50% des dépenses engagées dans les limites légales, il n’est toutefois pas aisé d’apprécier la pertinence de ces gardes-fous législatifs qui n’empêcheraient pas de légitimer un candidat qui a et met les moyens.

De là à en tirer des conclusions hâtives sur l’origine sociale de nos représentants politiques


Dommage qu’il soit si difficile de trouver des informations fiables sur les financements qui ont permis l’émergence de Syriza en Grèce ou de Podemos en Espagne bousculant l’ordre établi dans leur pays. Sans qu’aucune comparaison ne soit possible, il serait passionnant de pouvoir étudier ces phénomènes dit «démocratiques» à l’aune de l’argent qu’ils ont reçu.

Et pouvoir espérer qu’en politique, les idées n’ont pas définitivement laissé place au règne de la communication et de l’argent.