Protéger toutes nos libertés

Le 7 janvier 2015 a été une journée spéciale pour nous tous. Nous avons vu l’horreur chez nous et nous avons eu du mal à y croire. Plus les informations se précisaient, plus l’hébètement prenait contrôle de nos esprits. Nous sommes tous passés par de nombreuses émotions : horreur, peur, tristesse, écœurement, révolte puis solidarité et réflexion sur l’avenir. Cet avenir semble sombre et semé d’embûches, qu’il faudra surmonter ensemble pour protéger les valeurs de la République.

Beaucoup appellent depuis au rassemblement et à l’unité nationale, comme le montrent les différentes rencontres du Président de la République à l’Elysée. La sphère politique se veut rassurante, ce n’est pas un sujet qui divise. Lorsque la France et ses valeurs sont attaquées, nous faisons front en bloc. Malheureusement, nombreux sont aussi ceux qui pensent que cette émulation républicaine sera éphémère et laissera rapidement place aux débats dangereux et teintés d’islamophobie et de xénophobie qui faisaient déjà légion en France avant les évènements.

Pour faire face aux attentes de l’opinion, la sécurité intérieure deviendra un sujet central des débats politiques dans les prochains mois. Les lois anti-terroristes, découlant de la nécessité d’une sécurité intérieure forte, se sont multipliées ces dernières années mais ont montré de nombreuses failles. Cette inefficacité des mesures en place a même mené, après l’affaire Merah, à la réorganisation de l’agence nationale garante de notre sécurité. En mai 2014, la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI) est devenue la Direction Générale de la Sécurité Intérieure (DGSI) et a fait le plein de ressources humaines et financières. Pourtant, les auteurs de l’assassinat des journalistes de Charlie Hebdo sont passés entre les mailles du filet. La France en est donc encore aux balbutiements de la création d’un dispositif de sécurité intérieure solide.


Et c’est dans les balbutiements que l’on doit dessiner les limites à ne pas franchir. Marchander nos libertés individuelles au nom de la protection nationale sera une des nombreuses tentations auxquelles il ne faudra pas céder. Dans un monde où les libertés sont attaquées de plus en plus ouvertement, comme l’a été en ce 7 janvier la liberté d’expression, il est du devoir d’une démocratie de les protéger toutes. Car on sait qu’il est facile de bafouer les libertés fondamentales des citoyens, sous couvert de lutte contre le terrorisme, comme cela a été fait outre-Atlantique. Il faudra plaider pour un gouvernement à la fois fort et respectueux des libertés d’expression, de communication et de mobilité. C’est là que réside le défi d’un gouvernement démocratique : répondre à une demande croissante et légitime de sécurité tout en protégeant les libertés individuelles.

Même dans les moments où nous nous sentirons las, désespérés et prêts à laisser ces libertés à ceux qui nous gouvernent, il faudra toujours se rappeler qu’elles sont le fondement de notre démocratie. Les confier à quelqu’un d’autre, qu’il soit bienveillant ou non, c’est mettre un pied dans l’engrenage dangereux de la surveillance et du régime autoritaire. Pour combattre ceux qui veulent nous imposer un monde sans libertés, il faut d’abord clamer haut et fort les siennes.

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