Arrêtons d’opposer données et archives !

A l’occasion de ma participation aux rencontres HumaNum, organisées à Valpré, en juin 2018, je me suis rendue compte que les chercheurs distinguent, de manière très naturelle, tant dans leur discours que dans leurs pratiques, les données de la recherche des archives de la recherche.

Les secondes pouvant être définies comme les données de la recherche qu’on a décidé de pérenniser, c’est-à-dire de conserver à long terme ET de verser dans un service public d’archives. L’identification des données à pérenniser (donc des archives de la recherche) devant être pensée dès l’amont des projets de recherche et la pratique de sélection décrite dans un Plan de gestion des données de la recherche. L’organisation mise en œuvre pour la conservation des données de la recherche s’appuie sur cette distinction : les données de la recherche sont conservées, via les services fournis par HumaNum, au Cines et les archives de la recherche sont versées, par le Cines, aux Archives nationales.

Il faut donc la réunion de deux conditions pour qualifier les données d’archives : la matérialisation d’un acte volontaire, raisonné et documenté de sélection des données ET le versement desdites données dans un Service d’archives où elles seront conservées pour être mises à disposition des générations futures.

Le versement dans un Service d’archives n’est cependant pas le seul acte créateur de l’archive même s’il est largement partagé par la communauté scientifique :

  • Dans une approche fonctionnelle, l’acte créateur de l’archive est lié à la fin d’un cycle d’usage de la donnée
  • Dans une approche archivistique s’appuyant sur la définition officielle des archives dont on fêtera les 40 ans l’année prochaine, l’acte créateur de l’archive est l’enregistrement de la donnée : sa production dans un contexte donné.
Le concept d’archives n’est donc pas un concept stable : il change selon les utilisateurs. Sa signification est davantage liée à un contexte plutôt qu’universelle et objective

Pour dépasser la différence d’appréciation de l’acte créateur de l’archive, il faut penser la question des données au prisme de leurs usages.

La notion d’usages permet en effet le trait d’union entre les multiples pratiques autour de la donnée, que l’on peut répartir en deux ensembles :

  • Les usages opérationnels ou fonctionnels (ce pourquoi la donnée est traitée initialement)
  • Les usages dérivés (toutes les formes de réutilisation, depuis l’Open data jusqu’à la création artistique, en passant par la recherche historique, généalogique ou de loisir).
Dans cette approche de la donnée par les usages, le processus de d’archivage n’intervient plus en fin de cycle de vie de la donnée, comme la dernière étape du « circuit classique de création-production-diffusion ». Il devient un moment à part entière de l’existence de la donnée qui se définit comme un geste de documentation et de conservation de la donnée, indépendamment de ses usages passés ou à venir : l’archive comme moment critique de l’existence des données !