Cinq raisons de ne pas cliquer sur www.sale-temps-pour-les-ours.com
Il n’est pas une journée sans qu’on lise sur le web un article intitulé « 5 choses que vous ignorez à propos du point G », « 5 signes qui prouvent que votre mec vous trompe » ou « les 5 choses à savoir sur Daech ». C’est devenu — outre une technique d’hameçonnage très efficace — une véritable plaie. Un fléau de racolage qui pullule sur le net. C’est donc en toute logique que j’ai décidé de vous pondre un article de ce genre, mais à la sauce galaskienne. Voici l’article. (Applaudissez)

A trois mois de son premier anniversaire, le blog d’expression littéraire Sale Temps Pour Les Ours se lance dans une campagne d’anti-publicité qui nous explique pourquoi il ne faut absolument pas cliquer sur ce site. Une occasion aussi de s’interroger sur ses propres limites.
1 J’aime pas lire.
C’est la première raison qu’un internaute invoquera pour justifier sa non-visite des lieux. Un argument imparable certes, mais surtout le symptôme générationnel d’une vacuité intellectuelle galopante. Que fait la police ?
2 J’aime bien lire mais j’ai pas l’temps.
L’argument en béton que les grosses feignasses avancent pour s’affranchir d’une nourriture spirituelle pourtant essentielle… Paradoxalement, ces mêmes grosses feignasses trouvent le temps de jouer des heures à Candy Crush Saga ou d’écumer YouPorn. Un sens des priorités en quelque sorte.
3 La littérature ? J’en ai rien à foutre et ça sert à rien.
Deux fois rien dans la même phrase, c’est pas rien… Sans doute l’argument le plus difficile à contrer. Il émane d’une catégorie d’internautes dont on ne peut vraisemblablement plus rien attendre. Tenter de les conquérir serait plus vain que de présenter une assiette de cochonnailles à un végétarien ou que de déradicaliser des jihadistes (très tendance). Une étude srilankaise des plus sérieuses affirme que 98% des Français n’en auraient effectivement rien à battre de la littérature.
4 Pourquoi j’lirais ces trucs que personne connaît ? Moi j’lis la littérature qu’on trouve à la FNAC et dans les librairies, pas sur ton site de merde.
La raison qu’on aimerait entendre plus souvent ; elle laisse entrevoir des échanges passionnés, des débats houleux, des duels manu militari. Ces internautes lisent ! Hallelujah ! Le hic, c’est qu’ils ne lisent que ce qu’on leur dit de lire… Ils sont téléguidés par les têtes de gondole et les rubriques culture de la presse écrite et audiovisuelle. Ainsi les médias et les grandes maisons d’édition, main dans la main, acoquinés comme larrons en foire, suggèrent la seule matière livresque possible et point barre. Alors que la littérature, au sens de création littéraire, celle qui végète dans l’ombre, celle qui ne sera jamais élue au royaume germanopratin, celle qui reste confidentielle, elle est mouvante, turbulente, déroutante, protéiforme ! On peut d’ailleurs établir un parallèle avec la peinture pour illustrer notre propos : rien n’est-il potable dans la production des 99 % d’artistes-peintres qui ne seront jamais exposés dans une galerie ? Et concernant les autres, les artistes-peintres médiatisés, ceux qu’on starifie et qu’on expose à grands frais, n’avez-vous jamais pensé que leur art était parfois une pure merde, un vaste foutage de gueule ? Idem pour les Prix littéraires.
5 J’peux pas, j’ai don du sang.
Ceux qui ne cliquent pas sur Sale-temps-pour-les-ours.com parce qu’ils ont don du sang sont excusés (surtout s’ils sont gays).
Au final, et après une analyse poussée des arguments avancés par les uns et les autres, il reste prudent de ne pas cliquer sur ce blog d’expression littéraire, très mal léché, et peuplé d’auteurs étranges. D’ailleurs, comment susciter l’envie de lire avec un titre aussi naze ?