Vies et morts des littératures de l’ombre

par Céline Galaska

Les forces vives de la littérature alternative se réorganisent au sein des revues et sur internet.

Squeeze, Métèque, Les Corrosifs, Les Voix mortes… Les revues d’expression littéraires sont nombreuses. Certaines perdurent, d’autres végètent. Dernier événement en date : le remaniement du Cafard Hérétique, créé par Mike Kasprzak, contraint de s’associer aux Editions Lunatique pour que survive la revue. Aux dires de son fondateur, la bestiole avait les ailes chargées de plomb et n’arrivait pas à décoller. Amer constat au regard de l’investissement personnel engagé par Kasprzak pour gérer une revue d’aussi bonne qualité. Internet ne tient en effet pas toujours ses promesses, et les alléchantes possibilités de diffusion massive qu’on envisage, grâce notamment aux réseaux sociaux, sont souvent des mirages. Sale Temps Pour Les Ours n’échappe pas à la règle. Il en faut de l’énergie pour susciter de l’intérêt, et même dans les cercles soi-disant férus de littérature… Difficile aussi de fédérer des communautés aux membres souvent nombrilistes qui ne jouent pas le jeu du clic pour partager ce que produisent les autres.

LA LITTERATURE TUE ENCORE

Parallèlement sur le web, les littératures de l’ombre s’organisent et mutent. Elles s’adaptent très bien au support. Facebook est devenu le terrain privilégié de ces groupes publics ou fermés qui distribuent en veux-tu en voilà des torrents de littérature underground. En coulisses, on assiste à un étrange ballet depuis quelques semaines : des groupes s’auto-dissolvent en grande pompe, d’autres meurent dans l’anonymat le plus total, d’autres encore se pointent, la hargne chevillée à l’Azerty. Ca coïte, ca s’agite, ça part en sucette aussi. Le microcosme des littératures alternatives connait aussi des vicissitudes et des coups d’éclat. Exemple : la page Facebook La littérature tue encore, emmenée par le tyrannique Léonel Houssam (Andy Vérol), qui a récemment baissé le rideau car trop infestée de « mièvreries et de merdes de midinette ». Considérant que son bébé, victime de son succès, s’était laissé corrompre par une arrivée en masse d’auteurs tièdes, l’apôtre du trash a préféré saborder le navire. Que les amateurs de subversion se rassurent, une nouvelle page (La littérature pue encore) a déjà pris la relève.

La toute dernière effervescence littéraire qui remue Facebook aujourd’hui provient d’un projet spontané : Acide Critique. Née d’un coup de gueule (marre des têtes de gondole, on existe aussi !), ce groupe privé entend faire bouger les lignes. Jon Ho, auteur et administrateur de la page, résume ainsi l’essence d’Acide Critique.

« Des gens, aux quatre coins de la France, parfois même plus loin, (…) ont des choses à dire. Le projet est simple : la diffusion massive, sous l’manteau comme à l’ancienne. Une diffusion venimeuse, insidieuse, vicieuse. Partout. Pas d’argent, pas de chefaillon, pas de promotion, pas de thèmes, pas de contraintes. Une revue-container à vomi exigeant, une baignoire à images sans fond qu’on peut déverser où l’on veut. Des averses de mots percutants, des petites saignées à se faire partout. La promo des auteurs, elle se fera ailleurs. Ici, on propose, ça sélectionne, ça met en place et tout le monde diffuse. »

Qu’on se le dise, les littératures de l’ombre grondent, elles sont bel et bien vivantes, vivaces, et elles veulent plus de lumière. Certains diront que le combat est vain et joué d’avance, mais comme le dit Jon Ho : “Fonctionnera, fonctionnera pas, on s’en fiche. On sait juste qu’on ne fera pas partie de ceux qui n’ont pas essayé.”

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