Monstre de Pierre: Nuit 1
« Car vous me permettez Nastenka,
de faire récit à la troisième personne
parce qu’à la première j’aurai terriblement honte. »
— Fiodor Dostoievski, Les Nuits Blanches
Je suis arrivée la nuit des voiles écarlates
alié passoura, ils disent
Ce soir ils ont fermé la perspective Nevsky
pour lui laisser avaler la nuit
pour laisser les passants voguer à contre courant
comme des bateaux de toile blanche et de verre
navigateurs stupéfaits de ce ballet involontaire
Tous les morceaux de nuit qui restaient dans le ciel pensif
se sont retrouvés illuminés par les flammes des artifices
et les lanternes titubantes des familles enflammées.
Puis les cendres scintillantes sont retombées dans la Neva
plantant les graines incandescentes des aquatiques pas
des festivités de juin.
Nastenka s’enguirlande de larmes sur le pont
Nastenka pleure et en guise de toile de fond
Les bacheliers, rois de cette nuit sans nuit s’ennuient
se jettent dans le ruisseau meurtrier
et s’ébattent dans les eaux froides et plissées
avec les sirènes
de la police navale
Neva veut dire ‘mer’ en finnois
mais les russes se sont appropriés son coeur et son lit
à coup de romans troublants, d’hivers glacés et de poésie
Cette semaine je veux apprendre le nom des ponts
Savoir à quelle heure ils se lèvent, de manière mécanique
Implorant l’île Vasilyevski de leur scintillante supplique
Le firnament est clair et la procession verticale
Apaisante et fière
Cette semaine n’a plus d’heure ni de montre
Le café Biblioteka est ouvert jusqu’à six heures du matin pour y voir du café
et y boire le monde, ajournant son coucher
J’ai dîné à trois heures en contemplant les colonnes et les balustrades
Calculant, exténuée, l’angle de vacillation
des femmes sur leurs hauts talons
Je marche jusqu’à ne plus savoir où je vais
