D’amour et d’eau

Publié aux éditions Alto, le premier roman de Charles Quimper est une longue lettre d’amour fragmentée d’un père à sa fille partie trop tôt. Marée montante raconte la quête d’un père, parti sur les traces de son enfant disparue. La jeune Béatrice est morte noyée. On ne sait pas trop si c’est dans une rivière pendant que ses parents préparaient le campement ou dans la mer alors qu’ils s’étendaient sur la plage. Tout le roman donne l’impression qu’elle n’arrête jamais de se noyer, tous les jours, dans chaque plan d’eau, dès que quelqu’un détourne les yeux. Béatrice ne cesse de disparaître, provoquant l’angoisse et la culpabilité constante de ses parents. La seule chose que le lecteur sait, est qu’on n’a jamais retrouvé le corps. Alors que la famille et leurs proches entament un deuil douloureux, le père de Béatrice, lui, refuse d’abandonner. Il s’embarque alors dans une quête démesurée pour retrouver sa fille, sillonnant les océans du globe où il la cherche dans les moindres recoins, les moindres particules.

L’eau, qu’elle soit marée, rivière, ruisseau ou tout droit sortie du robinet, représente le dernier lien d’attache entre le père et sa fille. Même si un cours d’eau a emporté Béatrice, le narrateur demeure profondément attiré par ce liquide dans l’espoir d’y retrouver une infime partie de son enfant. L’eau les unit tous les deux de façon tangible puisqu’après tout, Béatrice est encore sous l’eau, quelque part. Ainsi, bien que le texte se développe à partir d’un événement tragique, il n’en demeure pas moins une très belle ode à la vie, un éloge sensible à la beauté et à la fragilité de l’existence. Le narrateur regrette effectivement sa fille, mais il s’attarde davantage sur le temps qu’ils ont passé ensemble et qu’ils auraient pu avoir, plutôt que sur les remords : « Si j’avais su que ton passage parmi nous serait aussi bref, je crois que j’aurais refusé que tu dormes, j’aurais repoussé le sommeil de toutes mes forces, ou alors nous nous serions endormis ensemble dans ton petit lit. (p. 57) »

Petite plaquette d’une soixantaine de pages à la très belle et sobre couverture, Marée montante se dévore. L’écriture fine de Charles Quimper prend parfois une tournure poétique très douce, rappelant une lettre d’amour ou encore une lettre d’adieu. L’auteur conserve un ton juste, simple et touchant, sans verser dans les clichés ou les torrents de larmes que peut parfois susciter le sujet délicat de la perte d’un enfant. De fil en aiguille Marée montante en vient même à défaire, ou du moins à détourner, quelques lieux communs souvent utilisés pour parler de deuil. Effectivement, le temps n’arrange pas toujours les choses et il n’est pas toujours possible d’aller mieux. Avec son projet qui semble irréaliste, le narrateur s’exclut volontairement d’un passage obligé à travers un deuil douloureux. Il est l’exemple que les modèles peuvent être ignorés et que toute fin n’en est pas nécessairement une.

Marée montante
 Charles Quimper
 Alto, Québec
 66 p.

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