Roman noir (1)

Un pub anglais avec tout ce que ça comporte comme folklore. Au delà du classique. Un décor en bois, une odeur de fish & chips, beaucoup de bières, du football, des hooligans et Dr. Feelgood tous les quarts d’heures. Ou Elvis Costello. Ou Nick Lowe. Ou n’importe quel rockeur imbibé par l’atmosphère des pubs britanniques du milieu des années 70.

Si le pub rock doit nous enseigner quelque chose, c’est bien à passer du bon temps. Sex & drugs & rock & roll is all my brain and body need. It’s very good indeed, comme aurait dit Ian Dury. L’histoire tapageuse de tous les passages à l’âge adulte.

A l’époque, ce genre de musique contrastait fortement avec tout ce qui dominent les charts britanniques. On imagine mal Lee Brilleaux aller boire une bière avec Tina Charles. Vous savez, I love to love, but my baby just loves to dance. Mais, comme Norman Mailer : though guys don’t dance.

Parce qu’ils devaient partager ce principe, les groupes de pub rock ont eu du mal à trouver des lieux pour jouer. Ils ont créé leur propre circuit en jouant les rades les plus minables dans toute l’Angleterre. En un rien de temps, leurs rock & roll back to basics est devenu le cri de ralliement de tous les buveurs d’Outre-Manche.

Bref, c’était un bar de vrais durs. Vous voulez une preuve ? On entendait Mick Farren et ses déviants chanter « Let’s Loot the Supermarket Again (Like We Did Last Summer) » et personne ne dansait :

« Come on everybody, come gather ‘round friends,

This is the day civilisation ends. »

Ça fait peur.


Alors qu’on entendait Nick Lowe nous expliquer à quel point il aimait son label pour la troisième fois de la matinée, je me suis dit qu’il fallait quand même penser à changer de disque.

If it ain’t STIFF it ain’t worth a fuck, je suppose ? Mmmh… Pourquoi pas « Suffice To Say » des Yachts ?

La barman a farfouillé dans le bar un moment, puis en a sorti un 45 tours qu’il a glissé dans le mange-disque. La voix de J. J. Campbell émergea doucement des enceintes. On aurait dit que c’était un client qui parlait :

This is an SOS, from Yachts. Straight to your heart !

Puis, les claviers de Henry Priestman.

Je finis ma pinte, remis ma casquette et me dirigeais vers la porte. Avant de partir, j’entendais encore la voix plaintive de Campbell :

You know, four weeks is much too long. Four weeks alone, what can I do ? On the streets, bereft of you. What’s a lonely man supposed to do ?

Bande son possible pour roman noir complaisant.