Christelle Muller
Sep 5, 2018 · 9 min read

M. Théophile KOUAMOUO,

J’ai lu votre article sur Médium (cf. https://medium.com/@kouamouo/les-journalistes-racisés-ennemis-de-lintérieur-de-la-république-c603caf3f5fd ) et je dois vous avouer que mon premier sentiment a été un « ras le bol » de ces déclarations faites depuis deux mois et demi dans la presse.

Passé ce sentiment, j’ai repris une lecture concentrée de votre texte afin de voir et croire en votre impartialité et probité.

Malheureusement, vous manipulez l’information en modifiant clairement les déclarations et communiqués pour qu’elles aillent dans le sens de votre vision, qui ne date pas du 14 Août 2018 (et j’en apporterai les preuves plus après dans ce texte), concernant une volonté de politisation du conflit au Média par Sophia CHIKIROU et ses proches (cf. TK le 4/09/2018 Médium : « Sophia Chikirou, cofondatrice et ancienne dirigeante du Média, et ses proches, ont décidé de politiser un conflit qui, à la base, ne l’était nullement. »).

Vous accusez Romain SPYCHALA, « bras droit de ladite Sophia Chikirou durant la saison 1 », d’avoir lancé « la première salve publique (…) le 12 août dernier sur Twitter » en extrayant une phrase d’un tweet pour le mettre dans votre vision de volonté de politisation du conflit.

Cette phrase que vous extrayez est : « ce sont les moins républicains ». Ce qui vous sert à justifier votre postulat de départ qui est, d’une part qu’en France « l’on peut accuser des journalistes non-Blancs de “racisme anti-blanc” dans les journaux pendant des semaines sans jamais avoir besoin d’apporter la moindre preuve de ses allégations » et d’autre part la volonté de politisation du conflit par Sophia CHIKIROU et ses proches.

Je vous dis bravo pour cette manipulation de l’information !

Car il s’agit bien d’une manipulation et d’une interprétation personnelle d’un Tweet de Romain SPYCHALA (cf. https://twitter.com/RomainSpy/status/1028556624489795585 ) et du communiqué de 4 journalistes du Média (cf. https://twitter.com/Poulin2012/status/1029418766361354241 )1.

Que dit Romain SPYCHALA dans son tweet exactement ? Ceci : « Ce sont les moins républicains et les moins assidus qui sont dorénavant à la manœuvre. Certains ne sont pas en capacité de travailler plus de 4 heures par jour, d’autres réclament des caisses de solidarités pour les précaires au lieu de réclamer leur régularisation. ».

Pouvez-vous honnêtement, trouvez un lien avec une volonté de politiser le débat ? Alors voyant votre propension à l’interprétation, j’ai tout de même regardé l’ensemble de ses tweets (que vous pouvez voir dans le lien plus haut) eh bien il n’y a rien. Mais strictement rien qui puissent laisser penser à une politisation du débat et encore moins à une dénonciation « raciste, raciale » du débat.

Cependant, il me semble que vous, vous avez la volonté de politiser le débat et ce depuis le 11 août exactement dans votre publication sur la page FB du groupe fermé des socios (Cf : https://www.facebook.com/groups/LeMediaSocios/permalink/2167294046879734/ )2. Je vous rappelle à votre bon souvenir que les socios n’ont pas du tout apprécier cette tentative de politisation du débat et les accusations que vous portiez, entre autres, envers Sophia CHIKIROU concernant « ses dérives personnelles » que vous n’avez pu justifier malgré la demande qui vous en a été faite. Le lendemain, au vu de la colère des socios, vous avez fait une publication (cf. https://www.facebook.com/groups/LeMediaSocios/permalink/2167294046879734/ ) pour demander « pardon si j’ai pu blesser certains d’entre vous. L’avenir dira si j’ai menti ou dit la vérité. ».

Vous dites dans cet article avoir demandé à Romain SPYCHALA de répondre à ce que voulait dire « les moins républicains ». Je n’ai pas trouvé trace de ces demandes mais j’ai trouvé celles-ci https://twitter.com/RomainSpy/status/1028556627010568194 qui n’ont strictement rien à voir avec le sujet de votre article, vous en conviendrez ? Encore une fois, cela pourrait apparaitre comme de la manipulation d’information.

Vous continuez votre article en citant Serge Faubert qui « le 15 août, (…) proche de Sophia Chikirou, va plus loin. Cité par Le Monde, il évoque une « chasse aux sorcières » qui fait « curieusement écho à des tentatives communautaires ou identitaires au sein de la rédaction ». »

Je vais d’abord me permettre de vous rappeler le communiqué des 4 journalistes publié le 14/08/2018 ( cf. https://twitter.com/Poulin2012/status/1029418766361354241 et https://twitter.com/leonard_vincent/status/1029420504917192705 et https://twitter.com/sergefaubert/status/1029423863170514944 et https://twitter.com/sergefaubert/status/1029424037343178752 et https://twitter.com/JulieMaury1/status/1029422965623021569 )1 car il serait trompeur de ne prendre que partiellement les propos rapportés de Serge Faubert dans l’article du MONDE qui sont exactement « Nous sommes cinq journalistes dans le collimateur de la nouvelle direction. Cette chasse aux sorcières fait curieusement écho à des tentatives communautaires ou identitaires au sein de la rédaction. Sur ces cinq, nous sommes quatre Blancs, quinquagénaires, et cela semble poser un problème à certains ». Bizarrement, la citations complète ne donne pas la même vision que vous voudriez donner des propos de Serge Faubert et ce, d’autant plus, si nous reprenons aussi ce qui est dans le communiqué des 4 journalistes ! Qui instrumentalise qui et quoi ? De plus, vous n’êtes pas sans savoir qu’il a reçu un avertissement pour avoir parlé au Monde et sur les propos qu’il y a tenu. Voudriez-vous le piéger ?

La question est de savoir si oui ou non certains journalistes au Média se disaient racisés et si cela avait généré un conflit ou une incompréhension mutuelle ?

La réponse est oui, je l’affirme car j’ai eu confirmation par un journaliste qui confirme que ce terme « racisé » n’était pas employé par eux en termes d’identité mais plutôt comme personnes qui subissent le racisme mais que c’était trop long à dire.

Donc dire que l’emploi de ce terme n’a jamais eu lieu et n’a pas donné de débat au sein de la rédaction est soit un oubli soit encore une volonté de stigmatiser avec pour conséquence de discréditer l’intégrité professionnelle d’un journaliste comme Serge Faubert. Cela pourrait s’apparenter à quoi ? A moins que cela ne soit fait que pour noyer les propos de ces 4 journalistes et de ce qu’ils relèvent comme illégitimité de la SDJ dont vous êtes le co-président avec Aude Lancelin ? Illégitimité confirmée par vous-même lors de la réponse à la FQ1 du Média (cf. https://www.youtube.com/watch?v=6wrvBvD2Cs8&feature=youtu.be ) , dans laquelle vous précisez : « Je voudrais noter que certaines personnes avaient eu comme arguments, quand on a voulu créer la SDJ avant le séminaire, d’attendre la fin du séminaire pour la créer sachant, quand même, que le type de gouvernance dans laquelle nous étions, a poussé beaucoup à partir. Donc vouloir faire place nette pour avoir une sorte de majorité politique et contrôler en fait l’organe d’expression collectif n’est pas quand même du meilleur effet d’un point de vue démocratique. ». La SDJ est donc bien illégitime et sa création a servi à prendre le pouvoir.

Comme vous le dites vous-même, ceci n’est pas du meilleur effet d’un point de vue démocratique.

Toujours dans votre article, vous concluez qu’il « s’agit d’une accusation très grave de racisme. Mais à aucun moment, le journaliste François Bougon qui relaie ses propos ne cite d’éventuels éléments factuels à l’appui desdits propos. À aucun moment, il ne contacte les journalistes — qu’on imagine « non Blancs » — coupables de cette supposée cabale raciste, pour leur demander de s’expliquer. ». Dites-moi, ce n’est pas DUNAND qui se moquerai de la SALPÊTRIERE ?

À ce stade, de lecture et de contre arguments à votre vision et vos propos, je me dis que vraiment, c’est terrible de pouvoir imaginer ou tenter de faire croire à du racisme alors que lesdites personnes (je parle des 4 journalistes) s’opposent au terme racisé du fait même de sa référence à un concept inexistant qu’est la race. Est-ce raciste ? Non. Est-ce une opposition de conception, de théorie ? OUI.

Dès lors, n’aurait-il ou ne serait-il pas plus intelligent de faire un débat avec des personnes qui défendent la vision universaliste républicaine et la vision dite indigénistes ou racialiste, afin d’une part rendre compréhensible à tous les citoyens un terme, utilisé par des intellectuels exclusivement, et d’autre part permettant d’accepter mutuellement qu’il puisse exister des visions différentes du combat contre le racisme ?

Là, il n’y aurait aucune manipulation, instrumentalisation ou politisation d’un conflit interne mais bien un éclaircissement d’un débat interne et plus généralement d’un débat sociétal.

Dans votre article vous continuez en écrivant « sur Twitter, je demande inlassablement à Serge Faubert de prouver ses graves allégations. Il ne répond pas. ». Je n’ai pas trouvé vos demandes à Serge Faubert mais celles à Bastien Parisot et Romain SPYCHALA oui.

Ensuite, il me semble normal que ces personnes ne vous répondent pas puisque vous demandez qu’ils nomment les journalistes qui ont employés ce terme sur la place publique ! Si en tant que rédacteur en chef, vous n’êtes pas au courant de cet emploi par certains de vos journalistes (cf. ma confirmation d’un des journalistes employant ce terme dont je ne vous donnerai pas le nom également et confirmant l’emploi de ce terme par plusieurs) il y a comme un problème, non ?

De plus, pourquoi ces personnes vous répondraient puisque vous les interpellez sur votre conviction d’une idée raciste ce qu’ils dénoncent par ailleurs ? Vous répondre serait avaliser votre conception.

Vous continuez votre postulat par : « La diffamation continue à cheminer, dans des termes toujours plus accusateurs et plus violents. Dans une interview accordée à Marianne le 23 août dernier, Sophia Chikirou évoque carrément « deux nouveaux journalistes qui défendaient ouvertement des thèses racialistes ». Elle ne donne pas plus de précisions. Et les journalistes gravement mis en cause ne sont pas contactés par Marianne. Le 1er septembre dans Le Monde, elle enfonce le clou : « Il y a bien un conflit entre ceux que j’appelle les « différentialistes » ou « racialistes », qui se disent « racisés », et les « républicains » comme moi ». Eléments de preuve ? Nada. ».

Mais quelles diffamations y-a-t-il ? Il y a une réponse à des question de journalistes (cf. document 3) cette réponse donne justement les deux visions dont il serait nécessaire de pouvoir débattre pour comprendre.

Puis vous continuez toujours dans votre volonté de politisation par : « Le lendemain, sur BFM, Nicolas Domenach se saisit de ce storytelling absolument mensonger et interroge Jean-Luc Mélenchon sur le prétendu « communautarisme » qui règne au Média. » (Cf. liens BFM https://l.facebook.com/l.php?u=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Ftime_continue%3D1561%26v%3D407rz29uIBM&h=AT2RPqc7aoezfg1FzYLUdB1HCpsNF3jRpdFyGT-loZb789fIFp1uoDupemlOCmQ4eTjzGqJkdQW4CQ3tNn6yKlx2E1YWcgq69Yf7HZrRt5AdG3wqMxIkikM56Yjk55wNSND1w_hGdvnmsZikgjtn ).

Théophile KOUAMOUO, vous êtes journaliste donc vous savez forcément que vu la suspicion permanente du Le Média d’être « la télé Mélenchon », ils allaient tenter de politiser ce conflit ! Pourquoi ne pas mettre dans son entièreté tant la question de Domenach que la réponse de JLM ? Est-elle justement contre la tentative de politisation du conflit et débat interne du Média ? Oui, elle l’est.

Vous continuez encore par « je me suis porté volontaire pour une confrontation sur le plateau de Arrêt sur Images, mais aucun de ces accusateurs n’a accepté d’y participer, invoquant une peur des représailles. Alors que bon nombre de ceux-ci ne sont plus liés par contrat au Média, et ne risquent que le ridicule. ». Voulez-vous dire que vous avez proposé à Arrêt sur image ce type de débat ? Ou vous ont-ils proposé ce débat ?

Quel est ce cirque auquel vous jouez sur la place publique ? Si comme vous le dites il y a diffamation, portez donc plainte, non ? pourquoi ne pas le faire ? Pourquoi chercher encore le conflit sur la place publique, tel un jugement médiatique, plutôt que d’utiliser les voies offertes par un état de droit ?

Vous continuez : « Et pourtant, les enjeux sont grands. Si des journalistes parvenaient à démontrer que ce clivage « républicains » / « racialistes » a été fabriqué pour des besoins de com, cela signifierait que Sophia Chikirou et ses hommes ont joué de la prédisposition d’une partie de l’opinion (et peut-être des journalistes) à se méfier d’emblée d’une partie de la population, et à créditer sans réfléchir un certain type d’accusations. ».

Là enfin, vous arrivez à ce que vous vouliez démontrer mais cela par le jeu de la manipulation des informations et des propos pour valider cette thèse. Dépitant.

Enfin vous concluez par une tentative d’ouverture qui cache mal, selon moi, votre instrumentalisation.

« Nous sommes en France, en 2018. En juillet dernier, Libé se demandait dans un article si sa rédaction était « blanche », faisant écho à des débats vieux de vingt ans sur la faible représentation des « minorités visibles » dans les médias de notre pays. Ce qui se joue est donc capital : de quoi s’agit-il dans le cas qui nous concerne ? Cela ressemble fortement à une construction idéologique qui conduira certains à considérer, en dehors d’éléments factuels, des journalistes « non-Blancs » comme potentiellement communautaristes, racialistes, antirépublicains. Comme des ennemis intérieurs, pour tout dire.

C’est pour cela qu’il est urgent d’enquêter sur cette séquence dont l’intérêt dépasse de loin Le Média. Cela permettrait de déconstruire un système de pensée qui opère de discrets mouvements de bascule entre l’extrême-droite et une partie de la gauche, notamment via des passerelles telles que le fameux Printemps républicain ».

Oui je pense qu’il faut un débat afin de permettre une compréhension mutuelle comme je l’ai déjà formulé. Je crains malheureusement que votre texte n’y participe pas, au contraire.

Si vous-même, journaliste, modifiez l’information afin qu’elle puisse coller à votre conception et théorie, alors ce ne sera pas possible. C’est humain mais pas bon.

En revanche, si l’on accepte l’idée d’une confrontation de conception sans chercher à instrumentaliser l’une contre l’autre, alors le dialogue et l’avancée contre les thèses raciales, et l’ignominie qu’elles génèrent, pourra se faire dans l’intérêt général, sans exclusion, sans hiérarchie des discriminations… Cela vaut pour le racisme mais aussi pour le libéralisme, l’écologie, le féminisme ….

Alors Théophile Kouamouo, commençons par raisonner en mettant de côté autant que faire ce peut nos émotions, nos passions et nous pourrons alors nous entendre, nous écouter et peut-être nous comprendre et participer à changer les mentalités et le monde.

Christelle Muller

Socios du Le Média.