Lancer un produit en 100 heures et avec 150$

Bilan de la création du MVP de Projet Finch

Ça faisait plusieurs années que j’y pensais, mais ce n’est que le 2 novembre dernier que j’ai commencé à me mettre pour de vrai à travailler sur un side project dont je veux faire un véritable produit, pas simplement un hobby. Ça a donné Projet Finch, un centre d’apprentissage en ligne. J’ai expliqué mes motivations et l’approche que je veux prendre plus tard, en décembre, au moment d’annoncer le projet à mes connaissances.

Le hasard a fait que j’ai démarré le projet quelques mois après que Julien Brault et le journal Les Affaires, aient publié le guide «Lancer une start-up en 7 jours avec 700$». L’idée m’avait à la fois amusé et fasciné. D’un côté, je trouvais que c’était un peu naïf comme façon de présenter les choses; de l’autre, non seulement I want to believe, mais j’avais la conviction que si je ne m’inspirais pas de la démarche pour démarrer sur un rythme rapide… eh ben je ne démarrerais pas du tout.

Lancer de façon minimaliste… (crédit photo: Paper Plane, par Garry Knight, sous licence CC BY 2.0)

Et comme, sans être un freak des métriques personnelles, je suis un adepte de la mesure du temps que je consacre à mes projets, j’ai décidé de tout compiler. Je profite de l’occasion du lancement du premier cours de Projet Finch pour faire un bilan de la démarche, et partager les données que j’ai accumulées sur l’investissement que j’ai fait dans le projet jusqu’à maintenant. Pour mettre ces données en contexte, je décris d’abord le projet.

Le projet

J’ai choisi de démarrer un projet d’apprentissage en ligne pour plusieurs raisons… D’abord et surtout par intérêt: j’aime apprendre de façon auto-didacte, j’aime les contenus, j’aime rédiger, j’aime les thématiques que je vais aborder. Mais également par raison: mon contexte fait que ce serait irréaliste de démarrer un projet qui demanderait du développement intensif, ou une implication en continu.

Les hypothèses d’affaires

Ceci étant dit, l’hypothèse d’affaires fondamentale derrière Projet Finch, c’est que les transformations rapides qui affectent aujourd’hui toutes les industries, associées au numérique et aux nouvelles pratiques d’affaires, sont suffisamment profondes pour demander que la force de travail doive apprendre pour s’y adapter. Et que cet apprentissage ne peut pas seulement se faire par essais et erreurs, qu’une base théorique est nécessaire et utile.

Les hypothèses spécifiques qui dictent l’approche prise dans la première incarnation de Projet Finch portent plutôt sur la façon de livrer le contenu. Je pense que…

  • une formule de cours très courts (2–3 heures, maximum 5) et spécifiques conviendra mieux aux professionnels que des formations plus longues
  • la formule d’auto-apprentissage en ligne est appropriée pour ce public, et sera appréciée
  • il sera possible de réaliser ce genre de contenus avec un effort raisonnable, de façon à les offrir à un prix attrayant et d’enrichir le corpus à un rythme soutenu
  • le choix des contenus à réaliser pourra être influencé par des données accumulées sur le comportement du public ciblé .

Le MVP

Si vous ne savez pas ce qu’est un MVP, lisez ceci. Sinon, retenez qu’il s’agit d’un produit volontairement construit de façon simple, dont l’objectif est de tester des hypothèses d’affaires avant de consacrer, peut-être inutilement, trop de temps à bâtir un produit plus complet.

Pour tester les hypothèses, j’ai imaginé un MVP à deux volets:

  • un cours en ligne qui concrétise la formule imaginée: il permettra de tester l’intérêt général, mais surtout d’avoir de la rétroaction qualitative sur l’approche
  • un site web qui présente un cursus théorique à venir: j’espère qu’il permettra, en mesurant l’achalandage sur les différentes pages de cours, de cibler les prochains contenus d’intérêt.

Dans le premier cas, les données obtenues seront surtout qualitatives. Dans le second, elles seront quantitatives.

Les efforts consacrés

À quelques heures du lancement du premier cours en version beta, j’ai compilé le temps consacré au projet depuis le début. Le total est de 100 heures, à quelques minutes près. Joli chiffre rond, et ça facilite le calcul des pourcentages…

En démarrant le projet, j’avais choisi les catégories pour lesquelles je souhaitais mesurer mes efforts:

  • contenu: non seulement la rédaction du premier cours, mais également la réflexion sur le cursus plus large. En plus du premier cours, j’ai rédigé des descriptions et objectifs de cours pour une quinzaine de thématiques, et j’ai un brouillon grossier d’un deuxième cours
  • marketing: la recherche produit, le branding, l’image, le site web et quelques efforts minimalistes pour alimenter sporadiquement la page Facebook et le compte Twitter du projet. Plus d’efforts de promotions suivront dans la prochaine phase
  • plateforme: la «mécanique» nécessaire pour le projet. Ça s’est surtout limité à configurer une école sur Didacte.com (la plateforme que j’utilise pour diffuser le contenu), créer les comptes sur les réseaux sociaux, acheter le nom de domaine, configurer un Google Apps pour les emails, configurer le gestionnaire de liste Mailchimp
  • méta: pour ce qui relevait du reste. La réflexion stratégique, la planification, la fixation d’objectifs, la gestion de projet (minimaliste avec un seul projet et un seul contributeur, mais quand même!), et mes efforts pour bien travailler en solo.

Le bilan donne la répartition suivante:

  • 45% contenu
  • 25% marketing
  • 10% plateforme
  • 20% méta

Je ne m’étais pas fixé de balises au départ, mais ça me semble être une répartition logique et cohérente avec ce que je voulais accomplir.

En ce qui concerne les coûts, de l’ordre de 150$, ils sont somme toute assez bas et se répartissent comme ceci:

  • environ 35$ (USD) pour différentes itérations sur un logo, à travers des travailleurs autonomes recrutés sur Fiverr
  • 39$ pour Instapage, qui a servi pour pour la première version de la landing page, avant que je passe ailleurs
  • 50$ pour le compte Google Apps
  • 14$ pour le nom de domaine sur Hover

Évidemment, j’ai la «chance» d’avoir les compétences nécessaires pour réaliser le site web moi-même (avec Jekyll, Bootstrap et un thème gratuit) et de bénéficier d’un hébergement gratuit grâce à Github Pages, ce qui a évité les frais récurrents d’Instapage ou d’éventuels autres frais d’hébergement.

Apprentissages

Est-ce que j’ai appris des choses à travers ces 100 premières heures? Bien sûr… Projet Finch n’est pas un projet d’apprentissage à sens unique :-). Je retiens en particulier les trois leçons suivantes…

  • Le plus difficile dans la réalisation du MVP, c’est la discipline. J’ai eu des dizaines d’idées en préparant le premier cours, autant sur son contenu, que sur la façon de le présenter, que sur ce qu’il faudra faire pour optimiser le processus de préparation des contenus qui suivront. Difficile de ne pas se laisser tenter d’y consacrer tout de suite du temps.
  • Ça prend rapidement un nom pour travailler sur un projet avec une approche lean. Un nom de code ou un projet anonyme, ça n’aide pas à concrétiser les choses et à fabriquer le MVP. J’aurais aimé que Projet Finch reste le nom de code (ce qu’il était au début), mais j’ai dû choisir de le confirmer, à un moment, pour avancer.
  • La rédaction d’un contenu d’apprentissage est un art, et le processus éditorial pour rendre le tout minimalement cohérent (en tout cas, j’espère) demande beaucoup, beaucoup de temps.

Prochaines étapes

Maintenant que j’ai un cours lancé en mode prototype/bêta, la prochaine étape est de recueillir les commentaires. Ça impliquera probablement, pour en avoir suffisamment, de faire un peu parler du projet et de recruter des intéressés. Je vais travailler là-dessus.

J’ai aussi l’intention de continuer à travailler les contenus, avec un ou deux nouveaux cours. Je suis toutefois sur un dilemme: est-ce que j’attends d’avoir plus de rétroaction sur le premier cours avant de m’attaquer aux suivants, ou au contraire il me faut continuer de prototyper, idéalement avec des contenus un peu différents, pour raffiner l’approche? Je poursuis la réflexion.

… Et c’est quoi le produit, finalement?

Ah oui! Le premier cours est une introduction aux systèmes d’information à l’intention de gestionnaires non techniques. En quelques heures, au format «crash course», il permet d’apprendre c’est que un API, à quoi sert XML, les caractéristiques des services «dans le nuage», comment on mesure la performance des systèmes informatiques, l’importance d’un plan de réversibilité, et plus encore. J’estime qu’il est possible de passer à travers les modules et les exercices en 2 à 5 heures. La formule retenue est du texte (parce que je trouve que les vidéos, c’est trop long), des exercices et des projets.

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