LA PHILOSOPHIE AU CANADA–FRANÇAIS

Stanley George French (1964)

La philosophie au Canada français a une histoire longue, et à bien des égards, intéressante.¹ Alors que l’enseignement de la philosophie a débuté au Canada anglais il y a un peu plus d’un siècle avec l’accession en 1850 de James Beaven (1801–1875) à la chaire de métaphysique et d’éthique à l’université de Toronto (qui venait d’être construite à ce moment–là), des cours de philosophie étaient offerts au Canada français dès 1650, soit l’année même de la mort de Descartes.

Le premier cours de philosophie a été donné au Collège des Jésuites, aussi appelé Collège de Québec. Pour ce qui est des cours de théologie, ils ne débutèrent qu’en 1665, à l’instigation de Monseigneur de Laval. Ces cours étaient dispensés par le même professeur (inconnu à nos jours) chargé des cours de philosophie. Il donnait son cours de philosophie une année, puis celui de théologie l’année suivante.

Le recrutement des professeurs n’était pas facile, et leur valeur était forcément inégale. De plus, aucun n’était permanent, la plupart étant recruté chez les jeunes religieux, dont certains effectuaient un stage d’étude à Québec, et d’autres rentraient dans la vieille capitale après avoir passé leur vie en mission chez les Hurons. En fait, un grand nombre des premiers professeurs de philosophie au Canada partageaient leur temps entre leur classe et des randonnées en canoë.

Même s’il y a de remarquables exceptions à cette régie générale, on peut dire que l’histoire de la philosophie canadienne–française n’a réellement débuté qu’en 1879, soit l’année où le pape Léon XIII, dans une encyclique, recommanda le retour aux enseignements de saint Thomas d’Aquin. Antérieurement à cette date, les philosophes canadiens–français s’étaient passablement éloignés du docteur angélique, se cantonnant les uns les autres dans plusieurs variétés de philosophies chrétiennes. Après 1879, ils se rallièrent tous aux directives du pape.

En plus des maîtres actuels, le Canada français a produit deux philosophes de renom. L’un d’eux, Jérôme Demers, vécut avant 1879, et est un représentant valable de la période nonthomiste, alors que l’autre, Louis–Adolphe Paquet, est le grand représentant de la période subséquente.

Jérôme Demers

Jérôme Demers, le premier philosophe authentiquement canadien à faire sa marque naquit à Saint–Nicolas le 1er octobre 1774. Même s’il [21] reçut d’un oncle, qui était également prêtre, quelques notions de philosophie, on peut dire de lui qu’il fut autodidacte. Ordonné prêtre en 1800, à l’âge de 24 ans, il accéda aussitôt à la chaire de philosophie au séminaire de Québec. Né deux ans avant la mort de Hume, Demers se trouvait à assumer son important poste quatre ans avant la mort de Kant. Il mourut en 1853, soit au milieu de la décennie où devaient paraître le Manifeste du parti communiste et De l’origine des espèces par voie de sélection naturelle, ouvrage controversé du naturaliste anglais Charles Darwin, paru en 1859.

Demers s’est acquis une réputation et une vaste influence auprès de ses contemporains. Il fait paraître en 1835 ce qu’on peut considérer comme le premier traité de philosophie canadienne–française. L’ouvrage s’intitulait Institutiones Philosophiae Ad Usum Studiosae Juventutis, et inaugurait une nouvelle ère dans l’histoire de la philosophie au Canada. Demers s’y révèle un philosophe initié aux courants philosophiques de France, d’Allemagne et d’Angleterre.

Demers n’avait rien d’un thomiste. Certes, il ne s’en est jamais pris à la scholastique, mais à l’égard des courants philosophiques du moyen âge, il observe rien moins qu’un silence prudent. Il citera bien au passage Epicure, Aristote, saint Thomas et Kant, mais sa préférence va nettement à Descartes et à d’autres philosophes européens maintenant oubliés. Son ouvrage comporte les trois divisions classiques, soit, la logique, la métaphysique et l’éthique.

Traitant de la difficile question des sources de la pensée, Demers fait preuve d’une évidente propension pour le nominalisme, se référant à la fois à Descartes et à Locke.

Il consacre plusieurs pages aux discussions visant à prouver l’existence de Dieu, et à réfuter les thèses de l’athéisme. Invoquant les preuves traditionnelles de l’existence de Dieu, il s’abandonne à de longues digressions sur l’ancienneté du monde et la chronologie biblique. Sa psychologie étant cartésienne, il conclut à l’impossibilité de résoudre l’énigme corps–âme. L’un des principaux mérites de sa philosophie morale a été de condamner la révolution civile et la pensée de Jean–Jacques Rousseau.

On s’est servi de la philosophie de Demers au Canada français pour combattre l’influence croissante de Voltaire et des Encyclopédistes. Son manuel a été en usage jusque vers la moitié du 19ème siècle.

Pour comprendre l’esprit de la philosophie canadienne–française actuelle, il est donc nécessaire de remonter à l’année 1879, attendu que la renaissance de la philosophie scholastique date de la deuxième moitié du 19ème siècle.

Le thomisme

La philosophie du Moyen âge était restée virtuellement dans l’oubli durant des générations. Incidemment, on la jugeait incompatible à l’essor qu’avaient pris les sciences naturelles. La plupart des philosophes et des hommes de sciences considéraient le thomisme comme doctrine du passé.

Quand Léon XIII accéda au Souverain pontificat en 1878, la plupart des professeurs de philosophie à Rome étaient cartésiens. Dans la lettre annonçant son élection, le pape a insisté fortement pour dire que la philosophie de saint Thomas d’Aquin était la vraie philosophie et pour la recommander à tous. Cette première initiative pontificale semble n’avoir eu que peu d’effet. Les philosophes romains continuèrent à critiquer la Scholastique …

Léon XIII revint à la charge, cette fois dans une lettre encyclique où il traite spécifiquement de la philosophie scolastique.

“C’est donc par une heureuse inspiration, écrit le Pontife, que des amis en certain nombre, des sciences philosophiques, désirant, dans ces dernières années, en entreprendre la restauration d’une manière efficace, se sont appliqués et s’appliquent encore à remettre en vigueur l’admirable doctrine de saint Thomas d’Aquin, et à rendre à cet enseignement son ancien lustre … Plusieurs motifs provoquent en Nous cet ardent désir: En premier lieu, comme à notre époque la foi chrétienne est journellement en butte aux manoeuvres et aux ruses d’une certaine fausse sagesse, il faut que tous les jeunes gens, ceux particulièrement dont l’éducation est l’espoir de l’Église, soient nourris d’une doctrine substantielle et forte, afin que, pleins de vigueur et revêtus d’une armure complète, ils s’habituent de bonne heure à défendre la religion avec vaillance et sagesse … un grand nombre de ceux qui, éloignés de la foi, baissent les principes catholiques, prétendent ne connaître d’autre maître et d’autre guide que la raison … Pour les guérir et les ramener à la grâce en même temps qu’à la foi catholique, après le secours surnaturel de Dieu, Nous ne voyons rien de plus opportun que la forte doctrine des Pères et des scolastiqties, lesquels, ainsi que Nous l’avons dit, mettent sous les yeux les fondements inébranlables de la foi, sa divine origine, sa vérité certaine, ses motifs de persuasion, les bienfaits qu’elle procure au genre humain, son parfait accord avec la raison, et tout cela, avec plus de force et d’évidence qu’il n’en faut pour fléchir les esprits les plus rebelles et les plus obstinés … Nous donc, tout en proclamant qu’il faut recevoir de bonne grâce et avec reconnaissance toute pensée sage, toute invention heureuse, toute [22] découverte utile, de quelque part qu’elles viennent, Nous vous exhortons, Vénérables Frères, de la manière la plus pressante, et cela pour la défense et l’honneur de la foi catholique, pour le bien de la société, pour l’avancement de toutes les sciences, à remettre en vigueur et à propager le plus possible la précieuse doctrine de saint Thomas … que des maîtres, désignés par Votre choix éclairé, s’appliquent à faire pénétrer dans l’esprit de leurs disciples la doctrine de saint Thomas d’Aquin, et qu’ils aient soin de faire ressortir combien celle–ci l’emporte sur toutes les autres en solidité et en excellence. Que les académies, que Vous avez instituées et que Vous instituerez par la suite, expliquent cette doctrine, la défendent et l’emploient pour la réfutation des erreurs dominantes.”²

À la suite de cette exhortation de Léon XIII, la renaissance du thomisme — système philosophique pratiqué jusque–là isolément au Canada et ailleurs — s’est généralisée chez la plupart des penseurs catholiques. À Rome même, les philosophes qui refusèrent de se soumettre aux directives pontificales se virent déposséder de leur chaire et remplacer par d’autres.

Dans une lettre datée du 16 février 1887, le cardinal Taschereau écrit de Rome au R.P. Légaré à Québec: “Je suis arrivé au Vatican et j’ai eu une audience avec le pape. Je lui ai parlé … de l’enseignement de saint Thomas au grand séminaire.” Quatre jours plus tard, le prélat précise: “Le cardinal Pecci s’est réjoui des bonnes nouvelles que je lui ai apportées en ce qui concerne nos cours de thomisme.”³

Le fait de fixer à 1879 le début de la renaissance thomiste est certes justifié, mais pas tout à fait exact. C’est un peu comme si on disait que la Renaissance a débuté en 1500.

Une des premières manifestations de cette renaissance au Canada remonte à 1840. Dès cette époque, en effet, un jeune philosophe canadien–français avait prôné un complet retour au thomisme. Ce philosophe s’appelait Stanislas–Isaac L. Désaulniers (1811–1868), et il enseignait la philosophie au séminaire de Saint–Hyacinthe.

Selon Charles–Philippe Choquette, annaliste du séminaire à ce moment–là: “M. Désaulniers fut l’un des premiers, sinon le premier, il prôner en Canada, vers 1840, la philosophie de saint Thomas. Il s’employa à cette innovation avec le zèle d’un néophyte. Il s’était d’abord familiarisé avec le langage scolastique dans la philosophie de Goudin: Puis la ‘Somme’ du maître eut exclusivement sa confiance. Bientôt, ses élèves n’eurent de goût que pour les doctrines thomistes et pour saint Thomas. Je lis que les étudiants de philosophie, en 1862, au nombre de vingt–cinq, supplièrent le Supérieur de leur permettre d’adopter saint Thomas pour premier patron à l’exclusion de sainte Catherine à qui leurs hommages étaient allés antérieurement.”

L’université Laval a été fondée en 1852. Un jeune professeur ecclésiastique de cette époque, Louis–Honoré Paquet, rentra de Rome en 1866, rempli d’admiration pour saint Thomas. Il rapporta de la Ville éternelle le manuel de Tongiorgi qui fut aussitôt reconnu par le séminaire de Québec. En 1874, année qui marquait le sixième centenaire de la mort du docteur angélique, et qui était antérieure de quatre ans à l’élection de Léon XIII, Paquet et un autre jeune prêtre du nom de Louis–Nazaire Bégin, firent l’éloge de saint Thomas en public, et mirent en valeur les qualités de sa doctrine.

Ces faits expliquent pourquoi, lors de la parution d’Aeterni Patris en 1879, Québec, mieux que Rome même, était préparé à recevoir les directives pontificales. Contrairement aux universités romaines, le séminaire de Québec s’est rendu, sans discussion, au désir de Léon XIII.

Louis–Adolphe Paquet (1859–1942)

Louis–Adolphe Paquet, qu’il ne faut pas confondre avec Louis–Honoré Paquet, son oncle, est le deuxième philosophe–théologien de marque du Canada français, après Jérôme Demers. Si c’est à Louis–Honoré que revient le mérite d’avoir préparé le terrain, c’est à Louis–Adolphe que revient celui d’avoir fait grandir la semence.

Louis–Adolphe Paquet, tout comme Demers — et le fait est étonnant — naquit également à Saint–Nicolas en l’année 1859. Il a fréquente le séminaire de Québec, puis fait un séjour à la Propagande à Rome. Il obtint son doctorat en théologie à l’âge de 24 ans, et il soutint sa thèse publiquement en présence d’une assemblée que présidait Léon XIII lui–même, et qui était composée de quarante cardinaux et de toute l’élite universitaire de Rome.

Même si Paquet, comme nous l’avons vu, n’est pas véritablement l’instigateur des études thomistes au Canada, il faut reconnaître qu’il en a été le principal propagateur. Son grand oeuvre, Commentaria in summam theologicam St. Thomas, a paru en six volumes entre les années 1920 et 1923. Il est rédige en latin, et chacun des volumes comporte quelque 450 pages. Ce Commentaire de Paquet fait autorité, encore de nos jours, auprès des théologiens d’Europe et d’Amérique du Nord.

Paquet était avant tout un théologien, et les titres de ses oeuvres en font largement foi. Il fut doyen de la faculté de théologie à Laval durant bon nombre d’années. Quoi qu’il en soit, [23] il fut également philosophe, et grande fut son influence sur la philosophie canadienne–française.

Paquet fut également un bel orateur, et il fit souvent profiter son talent à la cause du nationalisme canadien–français. Il appuya de toutes ses forces le grand politicien nationaliste canadien–français, Henri Bourassa, lequel fut, pour un temps, le bras droit de Laurier. Bourassa était un ardent adversaire de l’impérialisme britannique qui, vers les 1902, prélevait annuellement du Canada de 10 à 15 millions de dollars pour la défense de l’empire. Bourassa pressa tour à tour les libéraux et les conservateurs de résister à cet impérialisme–là.

En 1902, Paquet prit la parole à Québec, lors de la célébration de la Saint–Jean–Baptiste. Son discours s’intitulait Vocation de la race française en Amérique. Il déclara entre autre: “Oui, sachons–le bien, nous ne sommes pas seulement une race civilisée, nous sommes des pionniers de la civilisation; nous ne sommes pas seulement un peuple religieux, nous sommes des messagers de l’idée religieuse; nous ne sommes pas seulement des fils soumis de l’Église, nous sommes, nous devons être du nombre de ses zélateurs, de ses défenseurs et de ses apôtres. Notre mission est moins de manier des capitaux que de remuer des idées; elle consiste moins à allumer le feu des usines qu’à entretenir et à faire rayonner au loin le foyer lumineux de la religion et de la pensée.”

Ces paroles vibrantes expriment ce qu’historiquement on peut considérer comme les deux thèmes majeurs du nationalisme canadien–français, à savoir, qu’il faut se tenir sur ses gardes en ce qui concerne l’industrialisation excessive, et qu’il faut que l’influence intellectuelle du Québec déborde la province.

Se référant à ce texte, Mason Wade écrit: “Mgr. Paquet apporte là un exemple du nationalisme messianique issu de Bossuet et de de Maistre, et qui s’est fort répandu au Canada français grâce surtout au clergé durant la deuxième moitié du siècle dernier.”⁶ Vingt–trois ans plus tard, le vice–recteur de l’université de Montréal évoquait le discours de Paquet, le qualifiant de “bréviaire du patriote canadien–français.”

Paquet fut élu à la Société royale du Canada en 1903, et devenait également membre de l’Académie romaine Saint–Thomas–d’Aquin. Son nom demeurera toujours associé à l’Académie canadienne Saint–Thomas–d’Aquin dont il fut le fondateur et, durant dix ans, le président.

L’auteur du “bréviaire du patriote canadien–français” est par ailleurs acclamé, par l’un de ses biographes, comme “l’apôtre par excellence du thomisme au Canada français.”⁷ Ces qualificatifs sont exacts, et résument assez bien les principales caractéristiques des deux principaux philosophes canadiens–français.

Influence de cette philosophie

Les directives de Léon XIII, en même temps que la croisade de Louis–Adolphe Paquet, exercent une influence profonde sur la philosophie canadienne–française d’aujourd’hui. Au printemps de 1962, il m’est venu une idée qui, bien que de pratique courante chez les travailleurs sociaux, risque d’être désavouée comme peu sérieuse par mes collègues philosophes. J’ai adressé un questionnaire fort détaillé aux membres canadiens–français de l’Association philosophique du Canada. Pour 143 questionnaires mis à la poste, j’ai obtenu 97 réponses.

Dans une question, il était demandé au destinataire s’il consentait à étiqueter sa position philosophique. Quatre–vingt–deux pour cent de ceux qui ont répondu s’étiquettent thomistes. Un autre deux pour cent se qualifie d’hétérodoxe. Neuf pour cent se définissent existentialistes chrétiens, alors que cinq pour cent se disent Aristotéliciens, et deux pour cent, Augustiniens.

On peut donc dire que les thomistes l’emportent sur les Augustiniens au Canada français dans une proportion de quarante–deux contre un — proportion comparable assurément à celle qui s’établissait vers la fin du Moyen Âge.

Un bref examen des écrits des philosophes actuels au Canada français confirme les données de mon questionnaire, à savoir que les directives de Léon XIII restent encore opérantes partout. La prépondérance du thomisme est également évidente au niveau de l’enseignement philosophique dans les universités et les collèges classiques canadiens–français. Il est de pratique courante chez les philosophes canadiens–français actuels de désigner comme “protestante” la philosophie du Canada anglais. Cette conception est inexacte, car il y a évidemment aussi des thomistes chez les Canadiens anglais. De plus, les philosophes canadiens–anglais ne sont pas tant protestants que “séculiers.” Qu’est–ce à dire?

Je vais d’abord essayer de définir ce qu’est un philosophe “séculier” (ou profane), après quoi j’esquisserai une critique de la philosophie thomiste telle que la conçoivent les Canadiens français, et ce, du point de vue du philosophe séculier.

Philosophie et religion

En théorie, les thomistes établissent une nette distinction entre la philosophie et la théologie. Ce sont deux disciplines distinctes, l’une se référant à la raison et aux évidences, l’autre uniquement à la foi et aux dogmes. [24]

Le philosophe profane est porté à croire que tout penseur susceptible d’être un tant soit peu lié par l’apriorisme d’une théologie dogmatique est, par le fait même, sujet à la mauvaise foi. Si je traite de matières philosophiques, et que mes conclusions ont l’heur de coïncider ou de ne pas entrer en conflit avec une doctrine religieuse donnée, tant mieux. Mais si, d’un autre côté, j’amorce un raisonnement philosophique, sachant consciemment ou non, que je ne peux pas, par exemple, conclure à la non–existence de Dieu, alors, dit le philosophe profane, la philosophie devient futile.

En d’autres termes, le philosophe profane est porté à se méfier de toute philosophie qui place la croyance au–dessus de la compréhension. Voilà pourquoi, il soupçonne les philosophes canadiens–français d’être exactement dans cette situation, du moins en ce qui concerne les lignes de force de leur démarche philosophique. Le philosophe profane conserve cette impression en dépit des protestations répétées des philosophes canadiens–français qui disent que la philosophie et la théologie sont deux sciences distinctes et indépendantes.

Bien sûr, certains de mes interlocuteurs admettent que la ligne de démarcation entre la philosophie et la théologie n’est pas, en fait, aussi claire qu’elle devrait être. L’un d’entre eux m’écrivait naguère pour me dire: “Toutefois, ces deux disciplines ne doivent pas s’ignorer car elles peuvent se rendre des services mutuels.” Un autre a fait état, avec une touche d’approbation non dissimulée, d’un récent congrès de philosophes où il a été dit que la théologie constitue “une mauvaise préparation à l’enseignement de la philosophie, attendu qu’elle prédispose à un dogmatisme indésirable.”

Voici encore deux déclarations qui attestent avec plus de force du malaise. La première: “Toutefois, je sais que nombre de nos manuels en usage dans les collèges affiliés, même s’ils affirment distinguer les deux disciplines, en fait, confondent très souvent théologie et philosophie.” Et l’autre: “Pour ma part, je considère que le climat théologique de notre milieu québécois a brimé toute spéculation philosophique. Il est extrêmement difficile d’aborder les étudiants qui sont en pleine révolte contre cet état de choses.”

Un de mes interlocuteurs, aucunement gêné par les rapports entre la théologie et la philosophie, résume comme suit son point de vue: “L’apport négatif qu’apporte (au philosophe) la foi est semblable au parapet d’un pont; le parapet ne sert pas à traverser le pont, mais il empêche les gens de tomber.” Très bien, mais il y a une difficulté: Le philosophe profane préfère que son parapet à lui soit logique plutôt que théologique. Il se dit plus en accord avec ce philosophe d’Ottawa qui dit: “La plupart d’entre nous concevons la philosophie comme discipline soumise à la théologie, et guidée par elle. À mon point de vue, c’est un non–sens. Un système philosophique ne saurait être ni chrétien ni catholique. Il est indépendant, ou il n’existe pas.”

Le philosophe canadien–français est souvent sensible à l’opinion que se fait de lui le philosophe profane, surtout en ce qui concerne les frontières théologiques de la philosophie. L’un d’entre eux va jusqu’à dire: “Quand nos collèges étaient de petits séminaires, il était normal que leur cours de philosophie préparât à la théologie. Mais il est dommage que le cours actuel se ressente encore de cette orientation première. Ce qui se manifeste dans le choix des questions étudiées, dans le vocabulaire utilisé, dans la manière d’aborder et de résoudre les problèmes.”

Il s’agit là d’une citation de Jean Racette qui, par ailleurs, prend parti en faveur de “l’émancipation de la philosophie de la théologie.” Le philosophe “séculier” est du coup rassuré. “Très bien, dit–il, c’est précisément ce à quoi je veux en venir!” Mais aussitôt, Racette modifie son attitude. Il écrit: “Le philosophe chrétien, tout en se gardant de confondre philosophie et théologie, ne peut philosopher sans tenir compte du donné révélé et de sa propre expérience religieuse … je chercherai … [à] philosopher à la lumière de ma foi.”⁹ Mais c’est justement là ce que le philosophe profane lui reproche à tort ou à raison.

L’endoctrinement thomiste

Une autre cause de défiance chez le philosophe profane à l’égard de la philosophie canadienne–française découle de ce que le philosophe canadien–français décrit lui–même comme étant un “fondement” sur saint Thomas, ce qui pour le philosophe profane apparaît plutôt comme un “endoctrinement.”

Les étudiants canadiens–français ne connaissent que fort peu de philosophes autres que saint Thomas, les scholastiques, Platon et Aristote. Il leur faut attendre d’être “armés des éléments de bases de la vraie doctrine” avant d’avoir l’autorisation d’examiner d’autres systèmes. En fait, l’examen de ces autres systèmes “généralement faux” ne s’effectue qu’au niveau universitaire. On comprend, dès lors, que seuls quelques étudiants s’initient à des systèmes autres que celui qui est reconnu.

Ce qui frappe ici, c’est la conviction qu’ont les Canadiens français qu’il faut s’armer avant de confronter. Pour eux, une pareille attitude va de soi. Ils considèrent qu’une fois que l’étudiant [25] a reçu comme fondement la meilleure philosophie, il est libre d’explorer les autres avenues. Le philosophe profane est porté à dire qu’une telle façon de procéder laisse à l’étudiant à peu près autant de liberté qu’en avaient les chiens dressés de Pavlov.

Encore une fois, il ne s’agit pas ici de laisser à entendre que les philosophes canadiens–français sont inconscients du fait que de pareilles critiques puissent se faire. L’un des philosophes canadien–français actuellement le mieux connu, Charles de Koninck, déclare ceci: “Qu’on me permette d’être franc et de poser une question, à savoir: Comment une université catholique peut–elle être considérée comme une université si sa philosophie doit s’accorder avec la pensée de l’Aquinate, et non avec celle de Kant ou de Marx? Ma réponse va vous paraître naïve, mais la voici: Conformément aux règlements et à la Constitution de notre université (Laval), nous devons professer et commenter, non seulement la philosophie que nous tenons pour être la vraie, mais encore les autres systèmes, même ceux qui sont le plus en contradiction avec le nôtre. Et en ceci, nous sommes tenus d’agir avec la plus stricte objectivité: L’interprétation ne doit pas tenir lieu d’exposition. Nous ne devrions jamais faire la sourde oreille aux opinions adverses; d’ailleurs, on nous incite à les étudier davantage et à adopter une attitude positive à leur égard, afin de profiter des vérités qu’elles peuvent contenir.” ¹⁰

À l’appui de cette thèse, de Koninck cite l’encyclique Humani Generis de Pie XII: “Les théologiens et les philosophes catholiques qui ont la lourde charge de défendre la vérité humaine et divine et de la faire pénétrer dans les esprits humains, ne peuvent ni ignorer ni négliger ces systèmes (i.e., monisme, panthéisme, idéalisme, immanentisme, pragmatisme, matérialisme dialectique, existentialisme) qui s’écartent plus ou moins de la voie droite. Bien plus, ils doivent les bien connaître d’abord parce que les maux ne se soignent bien que s’ils sont préalablement bien connus, ensuite parce qu’il se cache parfois dans les affirmations fausses elles–mêmes un élément de vérité, enfin parce que les mêmes affirmations invitent l’esprit à scruter et à considérer plus soigneusement certaines vérités philosophiques et théologiques.”¹¹

Durant nombre d’années, Charles de Koninck a publié des textes critiques sur le communisme. Dans le passage qu’on vient de lire il fait état de l’obligation qu’ont les philosophes canadiens de réfuter le communisme dans les universités. Dans une note de bas de page, il avoue qu’en 1943, alors que le bruit a couru que Staline pourrait venir à Québec, lui, Charles de Koninck, a suggéré que le dictateur soviétique soit invité à Laval pour exposer sa thèse sur le matérialisme dialectique, “à condition qu’il accepte d’être contredit.”¹² De Koninck insiste pour dire qu’il n’a pas du tout l’intention de suggérer que nos universités deviennent “des serres chaudes d’anticommunistes en chambre. Le communisme doit y être traité philosophiquement. Mais je ne considère pas qu’un scepticisme absolu soit essentiel à l’examen objectif d’une philosophie et qu’un esprit ouvert doive forcément être vide, pas plus qu’il ne m’apparaît que seule une personne foncièrement antireligieuse peut se piquer d’être un spécialiste objectif de la religion et de son histoire.”¹³

Malgré les explications de de Koninck, le philosophe profane demeure sceptique. Tout en admettant qu’un esprit ouvert ne doit pas être un esprit vide, il va probablement vouloir ajouter qu’un esprit ouvert ne devrait être ni vide ni conditionné par un endoctrinement systématique.

Comme le dit Margaret Knight: “En ce qui concerne le communisme, c’est une erreur, à mon avis, que de concevoir le christianisme et le communisme comme deux grandes forces rivales dans le monde d’aujourd’hui. L’opposition fondamentale réside entre le dogme et la science. D’un côté, on a le christianisme et le communisme, les deux grands systèmes dogmatiques rivaux, de l’autre, l’humanisme scientifique qui s’oppose aux deux. Tenter de combattre le communisme en faisant revivre le christianisme est une initiative sans espoir … C’est combattre un nouveau mythe en tâchant de faire revivre un ancien, plutôt que d’aller de l’avant vers quelque chose de plus consistant qu’un mythe.”¹⁴

Je ne dirai pas que tous les philosophes profanes s’associent aux vues de Margaret Knight, mais le passage qu’on vient de lire donne une idée de la manière que les philosophes profanes jugent la conception philosophique des Canadiens français — conception qui s’apparente à celle des partisans du communisme.

Ce qu’il y a d’étonnant, c’est de voir que plusieurs écrivains canadiens–français ont dit à peu près la même chose, mais dans une perspective différente. M.–Ceslas Forest écrit: “Durant trop longtemps, notre philosophie a été une question d’autorité plutôt que de conviction.”¹⁵ Quand il s’exprime de la sorte, cependant, Forest n’entend pas renier ses thèses antérieures notamment celle où il soutient que la philosophie canadienne–française est la seule source possible de salut pour la société nord–américaine.

Dans une communication insérée au Rapport Massey, et intitulée “La philosophie au Canada de langue française,” c’est encore Charles de Koninck qui revient sur la critique du communisme. Dans un passage, il écrit: “Non seulement il (le marxiste) ne peut souffrir qu’on soumette sa philosophie à un examen critique, mais, pour la même raison, il ne pourrait jamais permettre [26] que l’on présentât d’une munière objective les doctrines contraires. Qu’il s’agisse de Platon ou d’Aristote, de Descartes ou de Kant, son exposé sera strictement marxiste et dicté par la ligne du parti.”¹⁶

Ironie du sort, voilà précisément ce que, mutatis mutandis, le philosophe profane canadien reproche à ses collègues canadiens–français.

Une dernière question

Je ne vois vraiment pas qui pourrait faire le partage entre les diverses façons qu’ont les Canadiens français d’enseigner la philosophie. Je ne vois pas comment l’un pourrait convaincre l’autre qu’il a tort. John Stuart Mill a écrit: “Celui qui ne tonnait qu’un seul côté de la médaille, sait peu de chose, même de ce côté. Ses arguments peuvent être bons, et personne n’a peut–être pu encore les réfuter. Mais s’il est incapable, de son côté, de réfuter les arguments de l’adversaire, s’il ne sait même pas de quelle nature ils sont, il n’a aucun prétexte pour préférer son point de vue à l’autre.”¹⁷ La plupart des philosophes seraient probablement d’accord avec Mill sur ce point particulier.

Mais ce premier point établi, Mill enchaîne pour poser une question importante, et il serait intéressant de voir comment les philosophes canadiens–français y répondent.

“Il ne suffit pas, dit Stuart Mill, d’examiner les arguments de l’adversaire à travers l’optique de ses propres maîtres, tels que ces derniers les présentent accompagnés des réfutations qu’ils suggèrent. Ce n’est pas là rendre justice et véritablement entrer dans les vues de l’autre. Ce qu’il faut, c’est y être initié par ceux qui en sont partisans et qui les défendent pour de bon et de toutes leurs forces … Quatre–vingt–dix–neuf pour cent de ceux qu’on appelle des hommes cultivés sont dans ce cas, même ceux qui se piquent de discuter couramment de leurs opinions. Leurs déductions peuvent être vraies; mais elles peuvent aussi être fausses, attendu qu’ils ne se sont jamais véritablement mis dans la peau de ceux qui ne pensent pas comme eux … et, en conséquence, ils ne connaissent pas, dans le sens propre du terme, la doctrine qu’ils professent eux–mêmes.”¹⁸

RÉFÉRENCES

1. Stanley George French (1933–2003), “Considérations sur l’histoire et l’esprit de la philosophie au Canada–français,” Cité Libre: Nouvelle série, 15.68(juin–juillet, 1964): 20–26: Christopher Richard Wade Dettling, éditeur, La philosophie au Canada–français, Par Stanley George French, Medium, 2017. (Stanley George French, professeur de philosophie à l’université Western de London, en Ontario.)

Voir: “Des cours de philosophie étaient offerts au Canada français dès 1650, soit l’année même de la mort de Descartes. Le premier cours de philosophie a été donné au Collège des Jésuites, aussi appelé Collège de Québec … [Louis–Adolphe Paquet] est le deuxième philosophe–théologien de marque du Canada français, après Jérôme Demers.”

Pourquoi Stanley French n’avance aucune distinction exacte entre la philosophie et la théologie? Les cours de philosophie offerts au Canada français dès 1650 au Collège des Jésuites ne sont pas théologiques? Stanley French veut entendre quoi exactement par “la théologie,” c’est–a–dire, il veut entendre quoi exactement par “la philosophie”?

“Demers n’avait rien d’un thomiste. Certes, il ne s’en est jamais pris à la scholastique … sa psychologie étant cartésienne, il conclut à l’impossibilité de résoudre l’énigme corps–âme.” Sa psychologie? Stanley French veut entendre quoi exactement par “la psychologie philosophique,” c’est–a–dire, il veut entendre quoi exactement par “la psychologie théologique”?

Aujourd’hui les philosophes enseignent dans la faculté de philosophie et les théologues enseignent dans la faculté de théologie (mais les psychologues enseignent dans la faculté de philosophie): Depuis quand alors est–ce que les administrateurs de l’éducation publique, sous la domination des hommes et femmes politiques, déterminent les distinctions scientifiques?

Stanley French et ses amis à Cité Libre comme Charles Taylor font la preuve que, depuis le Régime Québécois à Ottawa, les administrateurs de l’éducation publique, sous la domination des hommes et femmes politiques très corrompus et corrompues, déterminent beaucoup les distinctions Québécko–centriques.

Évidemment Stanley French ne possède pas une grande puissance intellectuelle: Est–ce que Stanley French est un sophiste du Régime Québécois? (i.e., un Québécko–centrique)

“Le nombre de contribuables ayant produit une déclaration s’élève à près de 6,5 millions. Mais attention: Parmi ces ‘contribuables,’ seulement 4,1 millions sont en réalité imposables. Beaucoup produisent une déclaration, mais ne payent aucun impôt … un peu plus de 4 millions de particuliers paient de l’impôt au Québec, soit environ la moitié de la population.” David Descôteaux, “Qui paye de l’impôt au Québec?” Le Journal de Montréal: Opinions, 24 avril 2017.

La moitié de la population de Québec s’est appauvrie aujourd’hui, grâce au Régime Québécois, l’Empire de Paul Desmarais, 1968–2006: Grâce aux distinctions Québécko–centriques, Stanley French et sa famille, au contraire, sont grandement enrichis.

Argumentam ad Frenchius: “Au printemps de 1962 … J’ai adressé un questionnaire fort détaillé aux membres canadiens–français de l’Association philosophique du Canada. Pour 143 questionnaires mis à la poste, j’ai obtenu 97 réponses. Dans une question, il était demandé au destinataire s’il consentait à étiqueter sa position philosophique. Quatre–vingt–deux pour cent de ceux qui ont répondu s’étiquettent thomistes. Un autre deux pour cent se qualifie d’hétérodoxe. Neuf pour cent se définissent existentialistes chrétiens, alors que cinq pour cent se disent Aristotéliciens, et deux pour cent, Augustiniens. On peut donc dire que les thomistes l’emportent sur les Augustiniens au Canada français dans une proportion de quarante–deux contre un — proportion comparable assurément à celle qui s’établissait vers la fin du Moyen Âge.” Stanley George French, “Considérations sur l’histoire et l’esprit de la philosophie au Canada–français,” Cité Libre: Nouvelle série, 15.68(juin–juillet, 1964): 23.

Les thomistes l’emportent sur les Augustiniens au Canada français dans une proportion de quarante–deux contre un?

C’est une proportion comparable assurément à celle qui s’établissait vers la fin du Moyen Âge?

C’est un très drôle d’oiseau, celui–là! [Éditeur]

2. S.S. Léon XIII, Aeterni Patris, 4 août 1879. La traduction française est tirée de A. Roger et F. Chernoviz, éditeurs, Lettres apostoliques de SS Léon XIII, Paris, 1893–1904, 69 et seq. Sections 25–31.

3. Archives du Séminaire, Québec, IX, c & d.

4. Charles–Philippe Choquette, Histoire du Séminaire de Saint–Hyacinthe, Tome 1, Montréal, 1911, 491 ff.

5. Robert Rumilly, Histoire de la province de Québec, vol. 10, Montréal–Valiquette, 1943, 121.

6. Mason Wade, The French Canadians, 1760–1945, Toronto, 1955, 509.

7. Georges Simard, “Monseigneur Louis–Adolphe Paquet (1859–1942),” Proceedings of the Royal Society of Canada, Ottawa, 1942, 105.

8. Jean Racette, “Faire évoluer notre enseignement de la philosophie,” Collège et famille, 20(février, 1963): 4.

9. Ibidem, 12.

10. Charles de Koninck, “Philosophy in University Education,” Laval théologique et philosophique, 8(1952): 125.

11. Ibidem, p. 126 en note. Pour la traduction française: SS Pie XII, Humani Generis, 12 août 1950, Aux sources de la vie spirituelle (documents), P. Cantin & H. Th. Conus, éditeurs, Fribourg–Paris, 1951, 238.

12. De Koninck, Idem, 128.

13. Ibidem.

14. Margaret Knight, Morals Without Religion, London, 1955, 35.

15. M.–Ceslas Forest, “La Rôle d’une faculté de philosophie dans une université moderne,” Culture, 2(1941): 421.

16. Charles De Koninck, “La Philosophie au Canada de langue française,” Royal Commission Studies: A Selection of Essays Prepared for the Royal Commission on National Development in the Arts, Letters and Sciences, Ottawa, 1951, 138.

Voir: George Parkin Grant, “Philosophy,” Royal Commission Studies: A Selection of Essays Prepared for the Royal Commission on National Development in the Arts, Letters and Sciences, Ottawa, 1951, 135–143.

Voir: “Les Canadiens français, tout comme les Canadiens anglais, sont tous deux soumis à la domination économico–politique des États–Unis. Ils ont tous les deux besoin l’un de l’autre s’ils veulent réellement échapper à la situation déshonorante dans laquelle ils se trouvent … Les Canadiens n’ont qu’un seul motif de vivre ensemble, et c’est de se serrer les coudes en vue de s’emparer à leur profit de ce pays extrêmement riche qui est le leur. Quand les Canadiens se seront réellement attelés à cette tâche gigantesque on pourra dire qu’ils ont un ‘national purpose.’ Ce jour là, le Canada pourra négocier, non comme un satellite, mais comme une puissance autonome avec les États–Unis.” Jean Pellerin, “Coup d’oeil rapide sur une situation tragique: Les USA achètent le Canada avec notre propre argent,” Cité Libre: Nouvelle série, 15.68(juin–juillet, 1964): 8–20.

17. John Stuart Mill, On Liberty, New York, 1956, 45.

Voir: “Cet homme remarquable [Immanuel Kant], dont le système de pensée restera longtemps l’un des repères de l’histoire de la spéculation philosophique.” John Stuart Mill, On Liberty: “This remarkable man [Immanuel Kant], whose system of thought will long remain one of the landmarks in the history of philosophical speculation.”

Le kantisme, c’est de la philosophie et non pas de la sophistique? John Stuart Mill, a–t–il jamais avancé un argument rationnel dont la conclusion est, donc Immanuel Kant est un philosophe et non pas un sophiste? Bien sûr, pendant leurs vies, Stanley French et ses camarades disent que Kant est un très grand philosophe parce qu’ils ont des amis dans les hauts lieux du Régime Québécois. Ainsi, ils défendent la corruption mortelle: “Kant et bien d’autres nous en fournissent la raison … Toute société établit un ordre. La mafia comme l’Église.” Martin Blais, Philosophie du Pouvoir (Cahiers de Cité Libre), Ottawa/Montréal, 1970, 53–145. [Éditeur]

18. John Stuart Mill, On Liberty, New York, 1956, Ibidem.