Gloria, Gloria in excelcis, chantent les anges dans les campagnes
Elena Fourres est de retour de week-end pascal. Touchée par la grâce, elle nous donne une leçon de bienveillance au travail.
Pensée positive, hauteur de vue et spiritualité : une intelligence empathique, fertile, créative vous fera rentrer dans votre humanité…

Gloria, Gloria in excelcis, chantent les anges dans les campagnes.
Les Echos du Lundi sont de retour, et avec eux l’encart business « Les Journal du Board » et la chronique d’Elena Fourès, notre experte favorite.
Notre conseillère en leadership et multiculturalisme nous avait abandonné quelques jours, alors qu’une lutte terrible l’opposait à Valentine Ferréol, son ennemie à la rédaction. Ses chroniques de management nous invitaient à la lutte, à la quête de la performance, à parer les mauvais coups et prévenir les traitrises. Jour après jour, alternant ruse, force, séduction et violence, Elena nous bâtissait un monde fait de destins tragiques, de meurtres symboliques, voire de tirage de couettes dans l’univers impitoyable de la rédaction des Echos. La semaine dernière, privé du shakespeariens ‘journal du board’, j’avais même entrepris la lecture d’un roman policier peuplé de malades mentaux sanguinaires et de détectives névrotiques de façon à maintenir en moi un niveau de stress élevé (j’ai d’ailleurs l’immense tristesse de vous faire part du décès de Benton Wensley à la page 249 de l’ouvrage). Ce matin, c’est donc dans un état de nerfs épouvantable que j’ai pris place dans le TGV. Tout, autour de moi, n’est qu’agressivité et désagréments. Par exemple : ma voisine est rousse. Habillée en vert d’eau sombre elle insulte le bon goût avec son air renfrogné et son visage passé à l’autobronzant. Amazone farouche, elle surligne nerveusement des « points clef » dans un document intitulé « booster sa carrière » et tape avec le bout de ses ongles roses sur sa tablette en faisant un bruit d’étincelles entre deux fils d’une clôture électrifiée. L’énorme écharpe noués autour de son coup ne laisse rien entrevoir de sa poitrine agressive, raide et tendue comme les canons d’un cuirassé allemand. Jean Paul Gautier n’a rien conçu de plus pointu, Marcel Dassault rien dessiné d’aussi perforant.

Je m’attendais donc au pire après avoir pris connaissance des nouvelles économiques : dix pages consacrées aux OPA hostiles, aux bras de fer dans les conseils d’administration, à la nécessaire refonte de la fiscalité sur le capital expliquée par le patron d’un opérateur de bourses (article où j’ai d’ailleurs appris qu’opérateur de bourses est un métier bien différent de celui de sexologue ou de chirurgien génital), à ces entreprises qui nagent à contre-courant ou à ces « tops managers » qui ont des difficultés à faire accepter une vision stratégique Que va donc nous recommander aujourd’hui notre conseillère en management ? Va-t-elle nous exposer comment gérer un licenciement collectif ? Nous indiquer comment nous séparer d’un collaborateur trop brillant ? Comment nous entourer d’un réseau de fidèles combattants et organiser notre secte d’assassins dévoués pour contrer un sous-directeur menaçant ? La guerre économique qui fait rage réclame-t-elle de nouveaux sacrifices, davantage du sang des enfants travailleurs, de nouvelles montres connectées ? De nouveaux Fukushima et de nouveaux Bhopal ?
Soyons rassurés, il n’en n’est rien. Il en va même ce matin tout autrement.
Après des vacances bien méritées, nous retrouvons une Elena Fourès apaisée. Son week-end au Chesnay, entouré de ses neveux insouciants et de sa famille très catholique mais très aimante a été bénéfique et lui a fait trouver la voie de la sérénité et de la sagesse. Les lapins en chocolat y sont sûrement pour quelque chose, mais je pense qu’il faut aller chercher bien au-delà l’origine de sa transformation de harpie manipulatrice en conseillère bienveillante. Sans parler encore de révélation, on peut sans doute parler d’éveil. Trois messes dans le week-end lui ont ouvert l’esprit à la sagesse orientale et au confucianisme qui imprègnent les enseignements du Christ. Elena Fourres se fait apôtre de la non-violence et du pardon, de la miséricorde et de la fraternitude. L’esprit du 11 janvier souffle dans ses cheveux auburn.
Sa chronique est consacrée aujourd’hui aux coups tordus et à nos ennemis dont « l’intention est de nuire et de nous faire souffrir ». Connectée au monde contemporain, Elena cite pour référence le sinistre Frank Underwood et ses sosies qui gravitent en nombre dans l’orbite de la direction générale. Prédateurs à sang froid, nous dit-elle, qui attaquent par derrière. Face à ces dangers, comment réagir ? Doit-on se mettre au même niveau ? Descendre dans l’arène ? Réagir en reptilien et laisser notre ‘sang chaud’ réagir, notre côté ‘rouge’ prendre le dessus ?
Non, réponds Elena. Au contraire.
Maturité.
Hauteur de vue.
Détachement.
Sagesse et patience…
Inaction, même.

Je vous le dit, la lumière de notre seigneur miséricordieux apparait dans les propos d’Elena Fourres. Forte de son contact avec de jeunes enfants la semaine dernière, sa pédagogie se fait catéchèse : « Si quelqu’un t’a fait du mal, ne cherche pas à te venger. Va t’asseoir au bord de la rivière et, bientôt, tu verras passer son cadavre ». « Face à des coups tordus, ne les commentez pas, sinon par un sourire de Bouddha ». « La bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombes ». « Face aux coups tordus, l’inaction s’impose » nous dit Elena.
« Mettez de la distance entre vous et les évènements pour vous en détacher d’une façon authentique. Une intelligence empathique, fertile, créative vous fera rentrer dans votre humanité » nous rappelle ‘Les Echos’.
C’est donc avec douceur que je vous invite à commencer cette semaine avec un cœur à l’ouvrage renouvelé.
Allez, mes frères dans l’ordre de l’entreprise. Entrez à votre tour ans l’économie circulaire.
Aujourd’hui, faites une bonne action, et allez déjeuner avec un homme mal habillé ou une femme au physique ingrat. Intéressez-vous à la voiture de votre collègue et essayez de savoir s’il préfère les plastiques moussés des automobiles allemandes ou les plastiques durs des voitures japonaises.
Les peupliers ondulent dans le vent comme des cierges d’église.
Vous êtes en Paix.
La rousse à gros seins s’est endormie. Le soleil qui se lève transmute en or sa chevelure cuivrée.
Quant à moi, je vous souhaite une bonne journée.
