Le vote utile: un ultimatum nommé vaseline

Français, françaises ! Aujourd’hui, j’évoquerai de manière un peu décousue (et aussi courtoise que possible) l’indécence des chiens faibles de la team Macron qui, au lieu de s’estimer HEUREUX que la configuration soit ce qu’elle est (en faisant profil bas d’ici le 7 mai au soir pour trinquer… puis continuer à nous pisser dessus #accessoirement), préfère nous casser les couilles à longueur de fil d’actualité via une levée de boucliers aussi hypocrite que contre-productive. 
A croire que nous sommes plus qu’un peuple de contribuables interchangeables (eunuques œconomicus) chargés d’avaliser, non pas le meilleur d’entre nous, mais celui qui va nous trahir le moins salement (c’est-à-dire avec le plus de lubrifiant, in fine)…

Prologue

Veille du premier tour des élections. Jourdain. Sortie numéro 3. Je monte l’escalier qui me mène rue de Belleville. Plus de dix ans que je les arpente quotidiennement, ces 23 marches… Comme un automatisme. C’est la famille, comme on dit. 
En haut, j’aperçois deux distributeurs de tracts. Ces gens-là, en général, je ne les calcule pas ; les idées politiques, c’est comme des convictions religieuses ou une brosse à dent, on les partage pas avec le premier venu. Mais, ce jour-là, je suis d’humeur à accorder le bénéfice du doute à mon prochain. Je retire mon écouteur de l’oreille droite avec un petit hochement de tête interrogatif… Il me sourit, en tendant son prospectus vers moi : “C’est pour Emmanuel Macron”.

Oh lala!.. Je le regarde droit dans les yeux, le visage déformé par un rictus de mépris, remets lentement mon écouteur et reprends ma route. Un monologue des plus décousu s’amorce en moi: “J’espère que ce sera Mélenchon vs Le Pen (…) De toute façon je m’en bats les couilles (…) Putain, je vais envoyer du lourd comme jamais s’il arrive au second tour.

Le lendemain, dimanche 23 avril, les urnes ont rendu leur verdict. Les groupies de Dorian Gray jubilent sur snapchat et manquent de respect aux trois quarts du pays. Ils ont vaincu, croient-ils. Parce que, le 7 mai, les gens “biens” vont élire leur chouchou, au nom de l’humanité. Lol. Rira bien qui aura le dernier mot, mesdames, messieurs les mendiants du vote utile

A l’approche de l’heure de vérité, le politiquement correct se dissipe et le pouls des lâches s’accélère…

De Waterloo à Emmanuel Macron: se rendre ou boucler la boucle?

Merde!

D’après la légende, c’est ce que le général Cambronne a répondu à l’ennemi, texto, lorsqu’il fut sommé de se rendre à Waterloo, en 1815. 
Deux-cents ans et des poussières plus tard, l’artillerie lourde est de nouveau de sortie: une petite clique d’humanistes au pays des anathèmes me somme de me rendre à l’évidence… à Macron, en somme. Quinze ans après le 21 avril 2002, le mode opératoire demeure le même (the show must go on?): ils barricadent le débat public à coup de cordons sanitaires en me parlant de la fin du monde, du IIIe Reich, de l’esclavage, etc.

Bref, ils appellent peu ou prou à la rescousse le programme d’histoire-géo de troisième pour me faire oublier que la maîtrise de mon destin ne passe plus par les urnes depuis… 5 ans, 10 ans, 15 ans, 30 ans? 
Ainsi, à coups de vidéos virales, d’appels du 18 juin infiniment grotesques et d’éditos illisibles, une ribambelle de “remparts contre la barbarie” (autoproclamés, évidemment) veut que je prenne conscience que le ventre est fécond et qu’une bête immonde est tapie je-ne-sais-où… Et, qu’il en va donc de ma dignité d’être humain de voter pour la progéniture de la sous-merde à laquelle j’ai donné mon tarpé en 2012… CQFD.

“Ils”, c’est BHL (et sa chemise blanche), Mouloud Achour (physique de snitch + prestance digne d’une crêpe poulet-œuf), Ruth Elkrief, Christiane Taubira (Nelson Mandela du bobo), Jean-Pierre Raffarin (le référendum de 2005 sur le traité européen… so coman?), des lobbies agro-machinchouette divers et variés, Jacques Attali, la Commission Européenne, Patrick Drahi, Barack Obama (mentor cosmique de service), mon cul sur la commode… 
PS: Pas besoin de continuer la liste, t’as compris l’optique. J’ai un peu peur… euh, la flemme de donner tous les blases (“dis-moi avec qui tu es QLF et je te dirais qui tu es”).

Belle “synthèse” du délire ambiant.

Le plébiscite d’En Marche! déguisé en lynchage du Front National

Après le débat de mercredi soir, j’ai fait un petit débriefing avec moi-même en écoutant du Marvin Gaye. J’ai eu, crois-je, un éclair de lucidité. Le lendemain, en allumant BFM TV, ce fut la confirmation de mon pressentiment étrange et pénétrant ; sentiment que: l’enjeu de ce second tour (et de tout ce story-telling à base d’ultimatums, de chantage affectif et d’occultation des souffrances réelles d’une partie d’entre nous) n’est absolument pas de me protéger contre un grand méchant clown triste* MAIS DE “donner la force” à un ectoplasme gigotant qui m’est vendu comme l’égérie du turfu. 
De ce pressentiment étrange et pénétrant résulta l’interrogation suivante: Suis-je venu au monde pour donner de la force à quelqu’un que je méprise et qui me méprise… en rejoignant un melting-pot de bouffons avec lesquels je n’ai rien à voir (bien-pensants prétendument subversifs, victimes de Hollande atteintes du syndrome de Stockholm, politiciens en manque de souffle, startupers expatriés, socio-démocrates made in Sciences-Po, gens qui s’enjaillent à la Mano, …) ; le tout, en se rassemblant derrière des hashtags de maquisard du web ? Fin de la question. 
* clown triste (et grotesque… à défaut d’être “fasciste”, cf Lionel Jospin, en 2007)

[Illustration dialoguée de la situation]
Ils”: Viens voter pour Emmanuel dimanche, c’est très très important :)
Me: Si mon intérêt n’a jamais été et ne sera jamais le votre, pourquoi aujourd’hui VOTRE problème serait-il le mien?
Ils”: Bah tu sais, euh, c’est la démocratie, euh, on a besoin de temps, fais-nous confiance, euh, sois gentil, euh, tu es en train de faire le jeu de l’extrême droite, là!
Me: … MERDE!

Qui parle?

Moi. Et, attention, moi, je ne suis pas le héros de l’histoire, je ne suis pas quelqu’un de bien… mais un bâtard, un vrai. Dans tous les sens du terme:
- fils d’ex sans-papier musulman et de sans-dent franc-comtoise,
- qui ne donnera pas sa voix à ce fdp de futur président.
Bâtard inconséquent, donc.

Le droit de vote? Parlons-en, si vous voulez…

Les gens croient que la société leur a personnellement confié une “mission” et qu’il en va de leur salut de l’accomplir: palpitations à tout rompre, paupières humides et pupilles dilatées, main droite sur le cœur et carte électorale au bout des phalanges gauches, sourire niais et uc’ endolori… ils répondent fièrement à l’appel, ils “accomplissent leur destin”. Et ce, quand bien même dans ce fucking game leur vote ait autant de valeur que celui de La Fouine ou d’un soixante-huitard junior qui a redoublé sa terminale parce qu’il a passé son année à organiser des blocus/s’inventer une vie/se prendre pour un personnage de manga. 
C’est grave drôle, mais j’ai mal pour eux. J’aime mes contemporains (autant que faire se peut), mais j’ai mal pour eux (un peu) ; je pensais qu’à 18 ans révolus le commun des mortels était apte à gérer ses affects et savait que son avis n’avait qu’une valeur relative (je réitère: “je pensais”). In concreto, en travaillant dans un bureau de vote, on se rend compte que c’est pas vraiment le cas (en voit des choses… et on prend conscience du grotesque de la “grand messe républicaine”). Entre: 
- les parents qui confient à leur marmot le soin de porter l’enveloppe jusqu’à l’urne,
- les jeunes papas bobos qui éprouvent le besoin de ramener la poussette dans l’isoloir, 
- les vieilles qui s’exclament “sûrement pas!” et mettent une petite fessée à la pile de Marine Le Pen lorsque leur main passe au-dessus,
- les darons antillais qui, parce qu’ils ont mal fait leurs devoirs et qu’il y a une connivence (réelle ou supposée) entre gens de couleur, te demandent discrètement “la gauche, c’est qui ?”, 
- les personnes âgées vaincues par la vie, délaissées par leur famille et sur le point d’expier qui viennent péniblement apporter leur pierre à l’élaboration de la France de demain…

“La DDHC a beau proclamer que les hommes naissent libres et égaux, leur voix n’en demeure pas moins un confetti dans ce monde -de brutes- sordide et hypocrite”. (Je me cite)

[Entracte dans le réel]

(et pensée émue pour ceux qui followent sans discernement les nègre.sse.s de maison d’aujourd’hui)

On peut, toutes choses égales par ailleurs, “updater” son analyse en remplaçant le terme “nègre de maison” par “humaniste qui appelle au vote utile” => Traduction contemporaine devouloir éteindre l’incendie” = ne pas s’abstenir + ne pas voter blanc + voter Macron + s’estimer reconnaissant de vivre en démocratie + me dire que mes chroniques sont une HONTE + reprendre un peu de vaseline

Bref… en transposant ces 101 secondes de pur bien-être au monde de 2017, je me dis qu’une société qui parle autant chinois que la notre (i.e. dans une quête sans relâche de consensus sans queue ni tête) mérite de se manger des low kicks
Grâce à Dieu je ne suis pas conditionné pour me chier dessus lorsque j’entends parler de sélection naturelle ou de justice immanente. Aussi, n’ai-je qu’une chose à dire à cette bande de baltringues hors-sol qui m’appelle au secours:

C’est BIEN FAIT si votre maison de merde brûle. Démerdez-vous avec vos daronnes les tchoins pour l’éteindre.

Un peu de demi-mesure, pour conclure

Rien n’est moins sûr, mais PEUT-ÊTRE considérerais-je la chose différemment si, au lieu de nous aboyer dessus et de nous culpabiliser à coups de points Godwin et autres appels à la raison républicaine, les tartuffes du barrage (bourgeois effarouchés qu’ils sont) avaient la décence de: 
- s’excuser pour les fists qu’ils nous ont mis lorsqu’ils étaient aux responsabilités,
- avouer que leur totem antifasciste est un fdp parachuté qui méprise foncièrement l’intégralité du peuple de France.

Mais c’est TOUT le contraire. 
Ils font genre “c’est notre PROJEEET”, “tout va bien”, “c’est le moins pire des mondes”… Et, quelque part, ils ont raison*.

*à leur échelle (parce que, globalement, le malaise est palpable)

Le mot de la fin (sous le signe de l’espoir)

A mes yeux, notre avilissement collectif est définitivement acté, c’est celui d’égoïstes aliénés qui croient s’acheter une bonne conscience et une place au paradis en souscrivant à de fausses obligations… Il ne fait aucun doute le monde qu’on laissera aux générations futures sera à notre image. 
Et… elle est belle, cette image, non?

Le sort de la république ne dépend pas du papier que vous mettez dans l’urne, une fois l’an, mais de l’homme que vous décidez d’être chaque matin en sortant de votre chambre. (Henry David Thoreau)