Vivre dans la rue et faire face au froid à Bordeaux
Dans la nuit de lundi 16 à mardi 17 janvier 2017, la préfecture de la Gironde a activé le niveau 2 du plan Grand froid, pour permettre la mise à l’abri de toutes les personnes vulnérables.
Les températures pourront atteindre les -7°C, cette semaine, en Gironde. Dès mardi soir, 70 places supplémentaires étaient ouvertes dans la capitale girondine, en lien avec la mairie et les associations de protection civile, dans deux salles. La vigilance est également de mise : le 115 a été renforcé, ainsi que les maraudes et la mobilisation des services du SDIS (pompiers), gendarmerie et police pour détecter les situations difficiles.
A Bordeaux, les structures d’accueil d’urgence sont diverses : les CHRS (Centres d’hébergement et de réinsertion sociale), le CADA (Centre d’accueil de demandeurs d’asile), le Diaconat, le centre Leydet, le Samu social, Emmaüs… Nombreux, mais pas au goût de tous.
Comme l’explique M. Colin, travailleur social à la maison-relai du Diaconat située près de la gare, certaines personnes ne supportent pas la proximité, ou la craignent. “On ne peut pas obliger les gens à venir, mais l’accueil de jour est une bonne chose. Les gens sont toujours preneurs d’une boisson chaude et d’une collation.”
Pour celui qui travaille depuis sept ans au Diaconat et qui connaît bien l’accueil d’urgence, le dispositif Grand Froid est plutôt bien fait. Vincent Raffier, son stagiaire, ajoute un léger bémol.
On veut bien le croire, à en juger par l’absence de fréquentation des parties communes de la maison-relai.
A quelques mètres de là, une jeune femme, Sabrina, est assise devant une boulangerie, dans le froid. Elle ignorait pouvoir être reçue au Diaconat. Elle souhaiterait être mieux informée sur le plan Grand Froid.
Elle s’est rendue plus tôt dans la journée à la gare pour la distribution alimentaire de l’association Action Froid. Mais il n’y avait personne. Le manque de communication est donc un problème pour les personnes SDF.
“J’ai appris il y a quelques jours, par un professeur du conservatoire (près de la gare, NDLR), que les étudiants mettaient à disposition des chambres dans leurs maisons pour accueillir des personnes à la rue”, explique-t-elle, un gobelet fumant de café à la main.
“Il existe une application apparemment. Mais nous, ce dont on a besoin, c’est d’affichettes. On n’a pas de téléphone portable.” La jeune femme se renseigne donc principalement auprès du 115, situé rue du Noviciat, à quelques centaines de mètres.
Elle dénonce une absence de volonté de la part de la ville de Bordeaux pour venir en aide aux plus démunis. “C’est une ville de droite, ici, on ne fait pas dans le social”, énonce-t-elle. Surtout depuis quelques années, qui ont vu la ville se métamorphoser et les prix de l’immobilier flamber. “Pour une place en HLM, c’est deux ans de liste d’attente”, indique Sabrina, calmement.
Le dispositif Grand Froid, une mesure nécessaire, mais certainement pas suffisante. Il faudrait le concours d’encore beaucoup de bonnes volontés pour améliorer une situation qui se dégrade d’année en année.
Certains citoyens sont conscients du besoin et apportent parfois leur pierre à l’édifice, comme le raconte Charles Destizons.
Infos pratiques : maison-relai du Diaconat de Bordeaux, 16, rue Saint-Vincent-de-Paul, ouvert du lundi au vendredi, de 9h à 17h.
Pour retrouver l’intégralité de ce récit :
Clara Delente