L’économie collaborative: vivre mieux avec moins

En Europe, les transactions liées à l’économie collaborative représentaient l’année dernière plus de 28 milliards d’euros, soit 77% de plus qu’en 2013. D’ici 2025, il est estimé que ce marché génèrera 570 milliards d’euros de transactions, rien que sur le sol européen. Mais alors, pourquoi tant de succès, et quel potentiel de croissance ?

L’économie collaborative est avant tout une économie de partage. Elle est fondée sur l’échange et la consommation de biens et services entre individus, et est en train de révolutionner nos rapports aux choses.

En effet, ce phénomène permet d’exploiter un bien sans en être propriétaire, ce qui suppose non seulement un meilleur amortissement de la production de biens mais surtout une forte diminution des barrières à l’entrée: c’est là l’une des plus grandes forces de cette économie, qui fait de l’ombre aux acteurs de l’économie dite traditionnelle en proposant des offres très attractives, possibles grâce à la dématérialisation de leur business model.

De plus, le développement fulgurant de ces plateformes collaboratives, qui entraîne une transformation profonde de notre économie actuelle, est avant tout lié aux changements comportementaux liés à la consommation de masse.

En effet, jusqu’aux années 2000, les biens avaient une pérennité particulièrement longue alors qu’aujourd’hui, nous sommes dans l’achat impulsif, spontané et surtout, dans une dynamique de l’instantanéité. Les tendances s’enchaînent, les innovations de produits se succèdent, et nos envies d’aujourd’hui sont rapidement remplacées par celles de demain.

Ce comportement comblait bien les acteurs de la consommation de masse, et moins le portefeuille des consommateurs. C’est là que l’économie collaborative intervient: elle s’inscrit précisément dans ce nouveau comportement de consommation, qui privilégie l’accès plutôt que la possession de choses.

De nos jours, rares sont ceux qui achètent un CD ou un DVD. Nous ne voulons en effet plus acheter et posséder un DVD mais seulement avoir accès au film. En d’autres mots, ce qui nous intéresse n’est pas la possession de l’objet mais son contenu: cette distinction est importante car elle permet de comprendre le succès de l’économie de partage: nous entrons dans une époque où l’accès aux choses vaut mieux que leur possession, comme l’a bien illustré Kevin Kelly, fondateur du magazine Wired. C’est pourquoi les plateformes telles que Netflix ont tant de succès: elles ont dématérialisé des produits pour cependant en permettre l’accès.

L’économie collaborative s’inscrit donc dans ces nouveaux modes de consommation et de rapport avec les choses et représente une réelle alternative à la consommation de masse, qui ne nous convient plus.

Un autre aspect majeur de l’économie de partage, et dont le bon développement va dépendre, est le fait que nous en sommes les acteurs principaux. On ne peut plus négliger le pouvoir des consommateurs dans l’économie collaborative.

Comme l’indique Rachel Botsman, spécialiste de l’économie de partage et auteure du livre à succès What’s Mine is Yours, le pouvoir collectif d’individus physiquement dispersés mais virtuellement connectés est d’une force incomparable. Cette dynamique de collaboration permet de passer d’un état d’esprit de consommation individualiste à une manière de penser plus collective, permettant une dynamique d’émancipation des consommateurs.

De plus, l’économie collaborative, parce qu’elle ne se limite pas à la redistribution et l’échange de biens matériels, est en train de redynamiser la connectivité sociale entre citoyens. En effet, les plateformes collaboratives ont permis l’essor de “styles de vie collaboratifs”, qui facilitent les échanges peu tangibles tels que le temps, l’espace ou les compétences (ParkAtMyHouse, Instacart, TaskRabbit par exemple). La qualité de ces services et la durabilité de ces modèles dépendent donc principalement du degré de confiance entre individus.

Puisque la transaction est basée sur la réciprocité, nous sommes plus enclins et encouragés à se faire confiance et permettre le bon déroulement du service puisque chacun obtient ce qu’il veut. Et bien que ces transactions proviennent du virtuel, elles découlent sur la vie réelle, ce qui permet de vraiment développer du lien social.

Site blablacar.com/trust

D’autant plus que ce phénomène consiste à utiliser Internet pour mieux s’en éloigner: on se connecte sur ces plateformes pour démarrer le processus collaboratif permettant l’échange ou la transaction, mais à des fins qui la plupart du temps sont liées à des activités sociales et réelles: rencontres entre personnes partageant les mêmes intérêts, cours de cuisine ou de langue, aide au déménagement, transport (Meetup, BlaBlacar etc).

Finalement, l’économie de partage, par son pouvoir de mise en relation et de démocratisation de la consommation de biens et services, est un moyen efficace de renouer le lien social qui s’était graduellement effacé avec l’essor d’Internet et de plateformes sociales virtuelles telles que Facebook.

Tout laisse à prétendre que ce phénomène va se développer à un niveau que nous ne réalisons pas encore aujourd’hui. Cependant, pour qu’elle garde son essence, il est essentiel que l’économie collaborative reste locale.

Dès lors que ces plateformes s’internationalisent — de part la facilité de reproduire leur business model à l’étranger — elles puisent dans une dynamique de domination du marché international et s’éloignent de leurs valeurs et objectifs. Uber en est une bonne illustration, tout comme Facebook qui est davantage motivé par la monétisation de nos données personnelles que par sa mission initiale de rassembler les individus entre eux.

Une perspective envisageable pour éviter cette tournure serait que chaque plateforme agisse dans un pays spécifique, et que son business model puisse être appliqué à d’autres pays et opéré par des acteurs locaux. Le modèle collaboratif reste le même, mais sa plateforme sera indépendante en fonction des pays pour éviter la dynamique des startups à la quête d’investissements colossaux et dont le graal n’est autre qu’une valorisation boursière à la clé. Pas de risques non plus de monopoles de startups comme les GAFA qui aujourd’hui sont considérées plus puissantes que certains gouvernements.

L’avenir de l’économie collaborative est très prometteur, il est une réelle solution à l’économie de marché dans laquelle nous vivons, une économie qui pousse à la consommation et ne correspond plus à nos attentes.

La possession de biens disparaîtra peu à peu, car l’accès immédiat pour une durée désirée permet une possession temporaire, et représente d’ores et déjà de nombreux avantages financiers et pratiques. Cette économie du partage permettra dans son élaboration plus concrète de lier les besoins individuels avec ceux de notre communauté, ainsi que de recréer du lien social, à condition qu’elle reste locale et propre à chaque communauté.

One clap, two clap, three clap, forty?

By clapping more or less, you can signal to us which stories really stand out.