Hélène Drouin : bientôt la plus jeune femme française au sommet de l’Everest ?

Hélène Drouin a un objectif : atteindre le sommet de l’Everest en mai 2021. Cette interne en médecine de 27 ans, spécialisée en anesthésie-réanimation à Dijon, pourrait ainsi devenir la plus jeune femme française sur le toit du monde.

C’est l’un des lieux les plus inhospitaliers de la planète, où les températures sont toujours négatives et les tempêtes de neige monnaie courante. Qu’importe, Hélène Drouin ira aux bouts des 8848 mètres qui la séparent de son but : l’Everest. Rencontre avec une femme déterminée et inspirante.

Comment en êtes-vous venu à vouloir faire l’Everest ?

Hélène Drouin : Ça fait une dizaine d’années que je pense à l’Everest. Tous les ans, je me fixais une nouvelle étape, avec une épreuve sportive de plus en plus difficile. J’ai commencé par des marathons, puis le Mont Blanc, des courses de ski de fond, un Iron Man (triathlon)… L’Everest est donc dans ma tête depuis longtemps. Mais ça fait cinq ans que je pense que c’est vraiment faisable pour moi. Et je planifie depuis deux ans.

Chaque étape était un moyen de dépasser mentalement les limites de ma pensée, sur ma capacité à faire certaines choses. Il faut faire tomber beaucoup de barrières pour aller à l’étape suivante. J’ai dépassé une barrière psychique depuis que j’ai compris que je pouvais concrétiser mon projet.

Comment se prépare-t-on à monter l’Everest ?

H.D. : Il faut avoir des garanties, une certaine connaissance de la montagne : j’ai déjà fait un sommet de 7130 mètres (Pic Lénine, Kirghizistan) sans oxygène par exemple. Mais je vais monter l’Everest avec une assistance respiratoire. J’ai fait des cascades de glace et des stages de trail cet été, en Haute-Savoie. Je vais vraiment m’y mettre six mois avant, donc à la mi-octobre, pour ne pas m’épuiser. Ce sera une préparation adaptée à mon rythme de travail, avec des séances de gainage, d’escalade ou de vélo. Et du ski de fond cet hiver. J’ai aussi un préparateur mental : quelqu’un avec qui je fais des séances d’hypnose par exemple et qui m’apprend à gérer la fatigue.

Le budget nécessaire à une telle expédition est assez conséquent. À combien cela s’élève-t-il pour vous, et pourquoi un tel prix ?

H.D. : Pour l’Everest, le budget est de 50 000 euros. Il y a plus 15 000 euros de taxes au Népal, juste pour avoir le droit de mettre un pied sur la montagne. Ensuite, je compte 5000 euros de matériel ; et 20 000 euros pour l’organisation sur place. Il y a aussi environ 4000 euros d’assurances.

Quel matériel indispensable faut-il pour une telle expédition ?

H.D. : Le matériel est une partie très importante puisque c’est ça qui nous sauve ou pas ! Mais il y a des choses pas très pratiques parce que certaines pièces ne sont pas adaptées aux femmes. Les pantalons thermiques par exemple. Comme n’importe quel pantalon, il y a une braguette. Les hommes peuvent faire pipi, mais pas nous. Il faut donc que je réfléchisse à adapter la tenue : changer les coutures, pour libérer de l’espace et pouvoir faire pipi. Parce qu’à ces températures-là, on ne peut pas baisser son pantalon !

Comment trouvez-vous les sponsors pour financer votre voyage ?

H.D. : Ce n’est vraiment pas mon domaine donc c’est la période la plus difficile, je n’y connais rien ! Concrètement, j’envoie des mails aux responsables de sponsoring de plein d’entreprises, avec un dossier de partenariat. Je propose différents modèles pour faire apparaître leur logo dans mes vidéos. Je fais des interviews avec des sportifs de haut niveau pour être visible et essayer de trouver des sponsors grâce à leur image. Ça apporte de la crédibilité à mon projet. Mais pour moi c’est aussi un moment privilégié où je peux poser toutes les questions que je veux.

Tout ce que je pourrais récolter en plus ira à la recherche médicale. Car la période Covid m’a fait réfléchir sur la manière d’intégrer ce projet à la recherche, parce que je me suis rendue compte que c’est fondamental. Je veux financer un laboratoire de l’INSERM à Lyon, où j’ai fait un stage, qui s’intéresse à la virologie et notamment à l’hépatite B. Pour moi ça a du sens, c’est ce que je veux vraiment mettre en avant. J’aimerais que ça fasse une belle somme !

Comment se déroule le voyage jusqu’au sommet ?

H.D. : Le voyage va durer 10 semaines. C’est un sommet qui se fait sur un principe d’aller-retour : du camp de base (5300 mètre d’altitude) au camp n°1, puis redescente. Ensuite, du camp de base au camp n°2, puis redescente au camp n°1, etc. En allant de plus en plus en haut, jusqu’au quatrième et dernier camp. Il faut être capable d’enchaîner. Surtout les dernier jours, où on est autour de 2500 mètres de dénivelé. Il y aussi des journées où on ne fait rien, notamment à cause de la météo.

L’Everest est un lieu inhospitalier et dangereux. Pourquoi avez-vous envie de faire un voyage si extrême ?

H.D. : J’ai eu de la chance de faire mon premier glacier à 11 ans, et j’ai adoré l’environnement de haute montagne. Parce qu’être sur un glacier, au-dessus de nuages, c’est un autre monde, qui est juste magique. Tout est blanc, il n’y a pas de bruit, c’est tellement majestueux ! J’ai vécu certains des meilleurs moments de ma vie sur les sommets. Je n’ai jamais ressenti ce genre d’ambiance ailleurs. J’adore cette sensation.

Je pense qu’il y a aussi le fait que ce soit uniquement accessible avec ses jambes ! C’est quelque chose de privilégié et précieux parce qu’il y a très peu d’endroits sur Terre où on ne peut accéder qu’à pied, par son effort personnel.

Aujourd’hui je suis à une étape qui suscite de l’intérêt mais ce qui compte pour moi c’est surtout : ‘peu importe l’étape à laquelle on est, l’important c’est de viser l’étape suivante’. Ne jamais s’arrêter de viser quelque chose d’un peu plus exigeant et essayer de faire un pas plus loin.