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L’animateur de la conférence, dont le nom m’échappe malgré la bonne impression qu’il m’a laissé, à l’aire sympathique, à l’aise et gay.

Ce soir je m’inscris parmi les auditeurs de l’exposé sur la persecution des homosexuels par les nazis dans le cadre du mois de l’histoire LGBT ici à Londres. La bien nommé “homocauste”. Terme qui m’a fait ironiquement gloussé quand le professeur l’a prononcé; je l’ai presque regretté quand au bout d’une demi heure d’écoute je me sens alors partie de la communauté sous laquelle la société m’étiquette.

Oui je suis lesbienne mais cela n’est pas un frein dans mon quotidien, ni ne me caractérise complètement. C’est comme si je ne devais me caractériser que comme femme ou Française ou expatrié ou fille de divorcés ou cadette,… Je suis tout cela à la fois, je vis naturellement sans me sentir stigmatisée. Je vis tout simplement.

Ce soir William Spurlin, j’ai cherché son nom sur internet, me démontre que je fais bien partie de cette communauté. L’empathie et l’identification que je développe au fur et à mesure de son récit me l’assure. Un lien indéniable me lie aux autres LGBT. Les même menaces planent au dessus de mois, leur histoire font la mienne; je ressens soudain cela intensément. Ce pour quoi ils ont étaient dénoncés, torturés, emprisonnés ou assassinés est en moi. Le travail des historiens, survivants et sympathisants fait que je puisse évoluer dans une société qui ne condamne plus ce que je suis même si cela n’exclus pourtant pas la vigilance casi permanente dans laquelle je me trouve lorsque le flirt avec ma copine dans des lieux publiques. J’entends déjà le refrain des biens-pensant qui trouvent que les gestes de tendresse de ce genre sont des provocations; on le cherche bien après tout. Je ne considère pas que de tenir par la main, avoir le regard plongé dans les yeux de l’autre, une caresse sur la joue ou une évidente complicité soient des comportements d’indécents. Cette piqure de rappelle me bise le cœur. Je ressens alors ce pincement qui détruit instantanément mon humeur légère et attentive pour la convertir en tristesse profonde et songeuse.

Ça me frappe et me fait mal de me rappeler que pour ceux qui ne s’y intéresse pas vraiment, être homo c’est coucher avec une personne du même sexe. 
J’ai eu une fois cette conversation avec une amie qui était dans le processus d’accepter son homosexualité. Elle n’était pas alors consciente de la responsabilité sociale que cela implique. Nous ne sommes d’ailleurs homosexuelles que politiquement et parce que cela est politique, nos comportements et orientations sont analysés et catégorisés comme si nous étions détenteurs de secret et d’un mode de vie inaccesible aux “autres”. Je suis donc lesbienne parce que la société m’impose l’obligation de me définir d’une manière particulière, car la société à décider que l’Amour n’était pas vécu de la même manière pour tout le monde. Même parfois décide que l’Amour n’est pas accessible à tous. Cela peut n’être que perversion sexuel en somme.

J’ai les larmes aux yeux quand cette définition m’explose en pleine figure. Cela faisant un moment que je n’avais pas été obliger à prendre conscience de ma position de manière si crue et grave.