Stephen Parez, “l’électron” du VII français

Programmé pour le rugby à XV, le jeune demi de mêlée débute ce mardi 9 août le tournoi olympique avec l’équipe de France de jeu à VII.

Photo Olly Greenwood (AFP)

Soir de mai à Paris. Les rayons du soleil reflètent le long du canal Saint-Martin. Stephen Parez patiente non loin de là dans un bar du 10e arrondissement. La porte d’entrée franchie le grondement des basses du quai de Jemmapes devient, d’un seul coup, muet. “Je ne suis jamais venu ici explique-t-il, mais beaucoup d’amis m’ont parlé de cet endroit.” L’ambiance est posée, la déco, exotique. Du coin de l’oeil, il scrute les lieux de haut en bas puis de droite à gauche. Les études d’architecte d’intérieur qu’il suit par correspondance l’amèneront l’an prochain à passer son examen. Une reconversion toute trouvée pour celui qui n’en est pourtant qu’aux prémices de sa carrière de rugbyman professionnel. Des débuts encourageants puisque le demi d’ouverture de l’équipe de France de jeu à VII s’apprête à disputer au stade de Deodoro le tournoi olympique (du 9 au 11 août).


Après avoir débusqué deux semblants de poufs à proximité du comptoir, le jeune homme se confie sur son parcours. Un parcours qui débute à Madrid pour le cadet des Parez. Exilé de ses six à neuf ans dans la capitale espagnole avec son frère et son père, il devient le premier de la famille à tâter le ballon ovale en plus d’heures intenses de natation et de taekwondo. “Je faisais les trois chaque semaine, c’était bien complet et ça permettait de m’épuiser. Quand j’étais petit, on me surnommait “el electron” (l’électron)!” De retour en France, le gamin devenu bilingue veut continuer à développer ses raffuts mais le Paris Université Club (PUC) affiche complet. Stephen se met à l’athlétisme pendant deux ans mais n’abdique pas dans sa quête d’ovalie. Il parvient à décrocher un stage au PUC et fait la connaissance de Francis Jouberton, aujourd’hui conseiller technique régional du comité Île-de-France rugby. “Il m’a dit: “il faudrait que tu fasses des sélections. Viens faire un entraînement et tu vois si ça te plaît ou pas””. De cette rencontre déterminante Stephen apprend à faire des choix. Il chausse les crampons plutôt que les pointes et rejoint ce qui deviendra son club formateur. “Aujourd’hui je côtoie toujours mes potes du PUC, témoigne-t-il, le regard fier. Ça a vraiment été une grosse famille.”

Le bar se remplit peu à peu. Jusqu’alors discrètes, les enceintes gagnent lentement en intensité. Une fois remis en place ses cheveux légèrement gominés il continue, d’une voix discrète mais ferme, à retracer son histoire. Après cinq ans d’apprentissage du jeu à XV Stephen rejoint le Racing 92 à 17 ans. “On m’a proposé des choses très attrayantes dès mon arrivée, qu’on allait me former en demi de mêlée alors que je suis ailier de base. Je me disais que ça n’allait peut-être pas passer le fait que je sois tout petit, à l’aile, au haut niveau, donc cette formation à un poste double était très intéressante.” Il signe deux ans avec le champion de France 2016 et intègre, durant sa première année, le Pôle France. Du lundi au jeudi c’est à Marcoussis que le jeune homme de 22 ans développe son explosivité. Et y trouve son nouvel amour. “J’ai commencé à pratiquer “le VII”. C’est là que l’équipe de France de rugby à VII m’a repéré et j’ai été appelé pour enquiller avec les pros car ils avaient des blessés.” Pendant un an et demi l’électron conjugue ses déplacements aux quatre coins du monde lors des tournois Seven’s avec un emploi du temps bien chargé en XV: entraînements avec le Racing, tournoi des Six Nations avec l’équipe de France des moins de 20 ans, championnat du monde junior… L’heure de la seconde grosse décision est arrivée. “Ça a été hyper compliqué, avoue-t-il. Il me reste encore un an avec le Racing et je suis en train de me dire “qu’est-ce que je fais?”” Finalement les six tournois disputés avec le VII français — qui le font voyager à Wellington, Hong-Kong, Tokyo, Glasgow ou Londres — finissent par le convaincre de signer un contrat avec la fédération française de rugby. Aujourd’hui, avec un peu plus de recul, il est convaincu d’avoir eu raison de tenter le pari. “C’était attrayant (le rugby à VII, ndlr) parce que je m’éclatais, je touchais du ballon, je jouais… C’était le feu! J’ai pensé que ça pouvait être beaucoup plus formateur. À chaque fois que je rentrais de tournée j’avais plus de maturité. Même techniquement j’étais plus à l’aise.”

Large et costaud malgré sa relative petite taille (1,74m), le jeune homme transpire la sérénité. Les yeux emplis de passion il vend les mérites d’une discipline qui vit dans l’ombre du jeu à XV et manque encore de notoriété, même si le tournoi de Paris organisé en mai dernier a participé à mettre en avant ce sport de précision. “Tu n’as pas le même droit à l’erreur. Par exemple si tu fais ta passe un peu trop en arrière, tu ralentis le jeu. À XV le déséquilibre peut être rattrapé par la défense, pour nous c’est impossible.” Vitesse, jeunesse, spectacle… Les physiques de golgoths habitués à fouler les pelouses de Top 14 se font plus rares. Avec moins de joueurs sur le pré, il n’est plus possible de se cacher, la moindre erreur a des répercussions. Une pression positive “qui fait progresser” pour l’ancien Racingman, là ou le jeu à XV manque parfois d’évolution. “Maintenant, j’ai du mal à regarder (du rugby à XV, ndlr). Parce que c’est lent. Quand tu regardes la finale de la coupe d’Europe… C’est tristounet, il n’y a pas d’essais. Après, ça reste un autre rugby. Les phases de mêlée, de combat, elles sont magnifiques. À VII, c’est plus technique.” Tout juste vainqueurs du troisième et dernier tournoi du circuit européen à Exeter (après avoir réalisé le Grand Chelem en remportant les deux précédents), les Bleus sont gonflés à bloc au moment de fouler la pelouse brésilienne. L’objectif? Stephen ne s’en cache pas: “allez chercher une médaille, ce serait sympa (rires)” D’autant que l’occasion est presque inespérée, le rugby ayant été absent des JO depuis près d’un siècle (1924).

Cette saison l’équipe de France de jeu à VII a battu au moins une fois les quatre principales équipes (Nouvelle-Zélande, Fidji, Australie et Afrique du Sud) du circuit mondial, de quoi nourrir des ambitions légitimes. Même si “sur un match avec deux mi-temps de sept minutes, il y a tellement d’espace que tout peut basculer en une seconde”. En mai dernier à Paris, le Canadien Adam Zaruba illustrait parfaitement le propos du Français : après un coup d’envoi, il réceptionnait la balle d’une main avant de courir sur une cinquantaine de mètres jusqu’à l’en-but. 10 petites secondes et le tour était joué…

Stephen Parez renfile sa veste par-dessus son polo alors que l’on rejoint l’extérieur du bar. Le temps d’une photo, quelques curieux s’arrêtent. Ils se demandent qui peut bien être ce jeune homme blond qui prend la pose, un peu gêné, devant une sorte de mur végétal. Quand ils l’ont aperçu à la télé lors de la cérémonie d’ouverture au mythique Maracanã peut-être que son visage leur a rappelé quelque chose. Le Parisien finit par évoquer son futur, subrepticement. “Le Top 14, le XV de France… C’est sûr, ça me fait rêver”, avoue-t-il avec pudeur. Mais pas pour l’instant. Il vient de signer une prolongation de deux ans de son contrat fédéral avec l’équipe de France de jeu à VII. “Aujourd’hui je m’éclate tellement! Je fais le tour du monde chaque année, je vois des destinations que je n’aurai jamais la chance de visiter à nouveau, il y a une ambiance folle, on a des bonnes perfs et là il y a les JO… Que demander de mieux?” Question rhétorique car dans le fond Stephen connaît parfaitement son ultime requête: ramener avec lui le titre olympique.

Ce soir de mai Rio est encore loin. Aujourd’hui, plus du tout. Alors qu’il s’enfonce dans l’obscurité des artères du métro place de la République, des souvenirs de cours de physique-chimie au lycée remontent à la surface. L’électron, ce n’est pas une particule de l’atome qui permet d’émettre de la lumière? De là à dire que le VII français va briller pendant trois jours…