Faire le deuil d’un projet et continuer à avancer

Il y a deux ans, je me suis lancée à mon compte suite à une opportunité. L’entreprise sociale dans laquelle j’ai fait mon stage de fin d’études m’a proposé de continuer à travailler avec eux. Seule condition : être freelance.

Je n’avais rien à perdre à l’époque. Soit je tentais ma chance, soit je pointais au chômage (sans avoir le droit de le toucher). Je ne voyais aucun inconvénient. Et puis cette entreprise et le projet qu’elle porte, j’y tenais. Très fort. Alors, j’ai sauté dans le grand bain, sans vraiment savoir où j’allais. Mais ce n’était pas l’important. J’allais continuer de me lever chaque matin et faire une différence.

Ce projet, je l’avais dans le cœur. Il faut dire que je l’ai vu évoluer et grandir. J’ai été une part de cette évolution. Je suis arrivée chez Humaid deux mois après le lancement. Fred et Pierre, les fondateurs, m’ont accordé toute leur confiance. Pour la première fois de ma vie, j’avais la communication d’une entreprise entre les mains. Je me suis donnée corps et âme. Sans retenue car ce projet était beau. Aider des personnes en situation de handicap à améliorer leur quotidien, c’était ça mon boulot. Comment ne pas avoir envie de se lever chaque matin ? J’étais heureuse et épanouie. Mes compétences étaient utiles. Pas seulement pour Humaid ou mon équipe. Mais pour toutes les personnes que l’on a accompagné.

Durant deux ans, les projets financés se sont multipliés. Le nombre de nos bénévoles n’a pas cessé de grandir. Mais ça n’a pas suffit.

La fin du projet : un véritable choc

Au début de l’année, Fred et Pierre lâchent une bombe sur notre petite équipe. Malgré toute notre volonté, toutes nos actions, Humaid n’est pas viable financièrement. Humaid ne peut plus continuer. Nous sommes dans une impasse, une voie sans issue. Je suis sonnée. Je ne réalise pas.

Sur le coup, rien ne sort. Mon cerveau a fait un black-out. Si je n’y penses pas, ça n’existe pas, pas vrai ? Je continue de travailler en espérant que l’on trouve une solution. Je ne veux pas croire que ça va s’arrêter. Je suis en plein déni. Et finalement, un jour ça me frappe. Je réalise. Et ça fait mal. Très mal.

La remise en question commence

Forcément, je me sens coupable. Est-ce par ma faute que Humaid va s’arrêter ? Est-ce parce que je n’ai pas fait mon travail correctement ? Qu’aurais-je pu faire de plus pour éviter ça ?

Pendant plusieurs semaines, je doute de moi et de mes compétences. Finalement, je ne suis peut-être pas une si bonne communicante. Ce sentiment est encore pire que le syndrome de l’imposteur.

J’ai l’impression d’être nulle. Que ce métier que j’aime de tout mon cœur n’est pas fait pour moi.

Je me lève avec difficulté chaque matin, parce que je me sens responsable de cet échec. Je ne montre rien mais j’ai les tripes qui se tordent. Je remets tout en question. Encore et encore. J’ai envie de m’enterrer dans un trou.

Heureusement, nous sommes une équipe soudée. Fred, Pierre, Colombe et moi. Très vite, ils me font comprendre que mes compétences et mon travail ne sont pas remis en question. On s’est donné à fond tous les quatre. On y a cru dur comme fer et on a tout fait pour mener Humaid là où il devait être.

Accepter la fin et y faire face

Humaid n’est pas la seule entreprise qui n’atteindra pas les trois ans. Mais c’est toujours plus douloureux lorsque ça te touche personnellement.

Cette entreprise m’a tant apporté. Professionnellement mais aussi personnellement. Je suis une meilleure personne grâce à Humaid. Je me suis découverte, sur tous les points. Et j’ai eu, sans aucun doute, la meilleure équipe possible autour de moi.

Accepter la fin de Humaid a été dur. J’ai eu mal. Au plus profond de moi. Mais je ne retiens que le positif. C’était la plus belle et folle aventure de ma courte vie.

Humaid sera toujours dans mon cœur. Je serais toujours fière d’avoir participé à ce projet. Je me souviendrais toujours de toutes les personnes que l’on a pu aider.

Je me revois encore ouvrir un mail un matin. C’était de la part de la maman de Quentin. Dedans il y avait une vidéo. Après son opération, Quentin a pu marcher. J’en ai pleuré de bonheur. Humaid c’était ça. Du travail mais surtout, beaucoup beaucoup de bonheur !

Accepter la fin d’un projet ne signifie pas l’oublier. Ces deux ans sont marqués pour toujours en moi. Mais mon deuil est fait. J’ai accepté la situation. Il est temps de regarder vers l’horizon et découvrir ce que l’avenir me réserve.

Et vous, vous avez déjà dû faire le deuil d’un projet ? Comment l’avez-vous vécu ?

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