Rompre l’isolement par la visibilité des LGBT : la contribution des OUT d’or
J’ai participé, en tant que membre de l’Association des journalistes LGBT (lesbiennes, gays, bi-e-s, trans), à l’organisation des premiers “OUT d’or”, qui ont eu lieu à Paris le 29 juin dernier. Cette cérémonie, joyeuse et militante, avait pour but de récompenser les journalistes, les personnalités ou encore les initiatives qui accroissent la visibilité des LGBT. (Pour voir la cérémonie en replay, rendez-vous à la fin de cette page.)
Parmi ses objectifs, cet événement visait à distinguer des “role models”, c’est-à-dire des personnalités auxquelles les jeunes LGBT puissent s’identifier. Cette question est loin d’être anecdotique.
Comme l’a constaté le sociologue Michel Dorais au terme de deux enquêtes menées auprès de quelque 800 adolescent-e-s LGBT en France et au Québec , “le manque de modèles adultes LGBT revient régulièrement parmi les failles constatées par les jeunes interrogés” (1). “Manifestement, ils auraient besoin que plus de gens connus de tous les domaines « sortent du placard », ce qui permettrait à tout le monde de voir et de reconnaître des adultes LGBT épanouis et admirés”, écrit le chercheur dans la revue Le sociographe. Chez les jeunes filles, ce besoin est encore plus prégnant, selon Michel Dorais :
“Plusieurs répondantes souhaiteraient tout particulièrement voir plus de femmes lesbiennes dans les médias — elles y sont encore beaucoup moins représentées que les hommes gays.”
Dans cet article, le chercheur constate que la visibilité des personnalités LGBT est donc un des éléments permettant aux plus jeunes de rompre leur isolement. En effet, “les jeunes LGBTQ se retrouvent souvent isolés, sans soutien naturel, sans modèles de référence et sans repères évidents. La culpabilisation, l’exclusion, et surtout la honte fait encore très souvent partie de leur parcours de vie, et ce, dès l’adolescence”, note Michel Dorais. “Les conséquences peuvent être dramatiques, allant de la dépression aux idéations suicidaires, voire aux tentatives de suicide.”
En honorant les personnalités LGBT qui, par leur engagement et leur notoriété, constituent des “role models”, les OUT d’or ont aussi, à leur modeste échelle, aidé les jeunes lesbiennes, gays, bi-e-s, trans et intersexes à affronter leur différence.
Visible pour aider sa communauté
Outre la cinquantaine de nominations et des récompenses représentatives des LGBT, l’AJL avait ainsi tenu à ce que la présentation de cette cérémonie soit confiées à deux femmes lesbiennes, la journaliste Marie Labory et l’humoriste Shirley Souagnon. Elles ont formé un duo de choc !

Toujours dans cette logique de visibilité, nous avions convié six femmes et hommes politiques “out” à évoquer leur parcours et leur expérience. À notre connaissance, aucune table ronde n’avait auparavant réuni des politiques de tous bords pour aborder la question de l’orientation sexuelle en politique. J’espère que les propos de Franck Riester (LR), François Gaspard (PS), Hélène Hardy (EELV), Pacôme Rupin (LREM), Corinne Bouchoux (EELV) et Ian Brossat (PCF) ont montré à des jeunes LGBT qu’il est possible de s’engager en politique en assumant son orientation sexuelle. (Le replay de cette table ronde est également disponible en bas de page.)
Au sein de l’AJL, nous étions particulièrement heureux-ses que le jeune homme trans Adriàn de la Vega remporte l’OUT d’or de la personnalité de l’année à l’issue d’un vote du public et qu’il ait ainsi l’occasion de s’exprimer à la tribune. Dans son discours, le lauréat a souligné justement qu’il avait fait le choix d’être visible “pour venir en aide à [s]a communauté” :
À leur modeste niveau, j’espère donc que les premiers OUT d’or ont contribué à lutter contre l’isolement des jeunes LGBT ou de toutes celles et ceux qui souffrent de leur orientation sexuelle. Et à tou-te-s les autres, j’espère qu’il a simplement donné la pêche !
Les OUT d’or 2017 en replay :
La table ronde “Out et politique” en intégralité :
(1) Dorais Michel, « Des ados et de la diversité sexuelle. Comparaison France/Québec », Le sociographe, 2015/1 (n° 49), p. 53–60. DOI : 10.3917/graph.049.0053. URL : http://www.cairn.info/revue-le-sociographe-2015-1-page-53.htm
