14 Juillet 1943

3ème Hôtel de Ville du Havre (source : CPA)

Qui se souvient ?
Qui se souvient de cette terrible époque où la vue d’un drapeau tricolore pouvait entraîner la mort ?
Qui se souvient de ces jeunes havraises, qui, face à l’occupant portaient des boucles d’oreilles tricolore en ces tristes 14 juillet d’occupation ?
Qui se souvient de ce 14 Juillet 1943, d’André Basset, et puis de l’Heure H ?
René Cance lui s’en souvenait…
Le 13 Juillet 1958, la municipalité prend une décision.
Le Havre libre transcript cette décision dans son édition du 14 juillet 1958 : “M. René Cance, Député maire de la ville du Havre, en accord avec le Comité du Souvenir de la Résistance, informe la population qu’au moment même où il sera procédé à l’envoi des couleurs devant le nouvel Hôtel de Ville, lundi prochain 14 Juillet, à 9h45, le drapeau français sera hissé au sommet de la tour par M. Basset fils, resistant havrais, qui, sous l’occupation allemande, avait déployé les trois couleurs sur le campanile de l’ancien Hôtel de Ville.”

Notre Hôtel de Ville (source : imagesduhavre.wordpress.com)

Que s’était-il passé exactement en ces 13 et 14 Juillet 1943 ?
Remontons le temps…

Nous sommes le 13 Juillet 1943.
En ce jour d’été, vers 17h00, un homme entre dans le hall de l’hôtel de ville.
Un oeil suspicieux l’aurait trouvé bien trop couvert pour un mois de Juillet.
Et pour cause, c’est que cet homme est en train de passer sous l’oeil de l’occupant, dissimulé sous son manteau, un drapeau tricolore qu’il à enroulé autour de sa taille. Et des fois que ce ne soit pas suffisant, dans une boite qu’il transporte avec lui, il a, là encore, caché un second drapeau français. Il risque la déportation, l’execution, en bref la mort à échéance variable…
Son plan est simple : Il va gagner la “tour” de l’Hôtel de ville, s’y dissimuler, et préparer un stratagème pour déployer le drapeau de la France. Il s’y prend en avance, et à pris avec lui de quoi grignoter là haut des fois qu’il se retrouve coincé pour la nuit…
Le voici sous le campanile, ce petit clocher.
André Basset, notre résistant, effectue un petit repérage. Il y a là un escalier par lequel il vient de gagner ce perchoir. Il y a ici une petite lucarne fermée par une chaîne. Et ici c’est la porte qui mène au toits de notre ancien Hôtel de Ville. C’est depuis ces toits que notre resistant envisage de déployer notre drapeau. 
Il a une intuition, et il enlève “sans savoir pourquoi” la chaîne qui bloquait la lucarne (juste derrière l’horloge).
La nuit est maintenant tombée. André Basset “campe sur sa position”, il ne va pas rebrousser chemin, cela impliquerait de redescendre l’escalier et de se retrouver face à l’occupant… “BETRETEN VERBOTEN !” Accès interdit… C’est la Kommandantur !
Bref, pour l’instant, c’est un plan sans accrocs.
Mais l’impensable se produit ! 
Là dans l’escalier ! Un bruit, des pas !
L’on monte les marches. Si on le découvre ici, s’en est fini. La mort, pire, la déportation, lui, ses proches …
Qu’une solution, se cacher. Autour de lui il n’y a aucun abri où se dissimuler.
Alors André Basset pousse la porte qui mène au toits, et la referme délicatement, sans bruit, derrière lui. La sentinelle, ou qui que ce soit, n’aura pas l’idée d’aller jeter un œil ici.
20h00.
Dissimulé sur son perchoir extérieur, André Basset attend… L’on examine le campanile. Puis l’on s’en vient vers la porte. Et soudain, la serrure s’actionne, s’enclenche. La sentinelle vient de fermer la porte à double tours !
Notre résistant est enfermé sur le toit.

Rappelez vous la lucarne, la chaîne précédemment ôtée…
Il est 1h00 du matin quand André Basset pénètre de nouveau dans le Campanile. “La rentrée s’opère sans difficultés”.
C’est à ce moment que notre résistant met en place notre drapeau, bien enroulé. 
La sentinelle patrouille juste en dessous.
Maintenant il n’y a plus qu’a attendre le jour se lever.
Il est 3h00 du matin quand la DCA réveille André Basset qui s’était assoupi.
Il attendra 9h30 du matin pour qu’une nouvelle alerte lui permette de s’éclipser. “Je reviendrai un peu avant midi”, s’était il dit.

A 11h50, notre résistant gagne le campanile à nouveau.
Il termine son installation. Le drapeau prêt à se dérouler est maintenu par une ficelle. Une bougie se consume. Quand elle se sera suffisamment consumée, elle atteindra la ficelle et la rompra. Alors le drapeau tricolore de 3m de long sera déployé. Cela laissera assez de temps à André Basset pour quitter les lieux .

“Quand je suis arrivé en bas, la sentinelle allemande ébahie, regardait fixement le drapeau tricolore flottant mollement au vent. J’ai allumé une cigarette et j’ai poursuivi calmement mon chemin”

Merci Monsieur Basset ! Chapeau Bas !

Le Drapeau d’André Basset le 14 Juillet 1943 (source : Havre Libre)

Sources :

Havre Libre du 13 Juillet 1958

imagesduhavre.wordpress.com

Cartes Postales Anciennes

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