Le Néolithique au Havre

Avant de partir à la rencontre des Hommes du Havre bien avant François 1er, et même bien avant les vikings en escale sur notre plage, il convient de fixer une date sur notre machine à remonter le temps.
Nous sommes en 2017, 500 ans après le premier coup de pelle qui entamera le chantier de notre cité. Nous allons filer tout droit vers le Néolithique.
Cap vers le passé !

Mais c’est quoi le Néolithique, ou plutôt, c’est quand ?
Pour bien comprendre cette période, il convient de la resituer dans son contexte historique. L’Homme ne descend pas du singe, c’est un “singe” lui même, enfin un primate exactement.

L’Homme, ou plutôt les Hommes, toutes espèces confondues (source : Science et avenir HS183)
  • -7 Ma : Toumaï !
    Le plus vieil individu présentant des caractéristiques humaines.
Le crâne de Toumaï (source : Nature/AP/SIPA)
Reconstitution artistique du visage de Toumaï (source : wikipedia)
  • -800 000 ans, le Paléolithique inférieur :
    C’est l’avènement d’Homo Erectus, l’homme qui se lève, l’homme qui regarde au-dessus des herbes hautes de la savane, l’homme qui guette les prédateurs.
    Bientôt la proie deviendra chasseur. Bientôt Homo Erectus maîtrisera le feu…
Crâne d’Homo Erectus. (source : Natural History Museum, Michigan)
  • -400 000 ans, l’Homme utilise le feu pour cuire sa nourriture, pour améliorer ses outils… Les archéologues ont découvert les première traces d’occupation humaine sur la plage du Havre ainsi que dans les actuels quartiers de Sanvic, Bléville et la Mare-au-Clerc.
  • -300 000 ans, le Paléolithique Moyen
    C’est l’époque où apparaît notre frère désormais disparu. Je parle de l’Homme de Néandertal. Il est important de préciser que Néandertal n’est que partiellement notre ancêtre (d’un point de vue purement génétique, nous lui devons bon nombre de nos allergies…).
    Néandertal était un autre Homme.
Sapiens et Neandertal (source : Dinosoria.com)
  • -195 000 ans, c’est notre heure !
    Homo Sapiens Sapiens est là. Je suis bien content de n’être qu’un amateur et pas un chercheur, car ces derniers n’arrivent toujours pas à se mettre d’accord sur nos origines. Je vous présente dans les grandes lignes la théorie “Out of Africa” : Nous sommes tous issus d’un foyer unique l’Afrique. Nous avons par la suite essaimé dans le monde entier, suivant un nombre de vagues bien précis.
    La théorie du “multi-régionalisme” avance l’hypothèse qu’il n’y ait eu qu’une seule vague d’émigration africaine, celle d’Homo Erectus.
    Nous serions donc l’évolution locale de cet Homme. 
    À ma petite échelle j’avance la théorie suivante : Les scientifiques ne sont pas d’accord, donc “on en sait rien”.
    Nos origines sont encore bien mystérieuses. Je citerais à nouveau notre explorateur Havrais, Robert Mauger : “Certitude vaut mieux que supposition”. Et en parlant de certitude, voici ce que nous savons : entre -100 000 et -30 000 ans, l’Homme est pluriel. Il n’existe pas une espèce humaine, mais de nombreuses. Aujourd’hui il ne reste que vous et moi, Nous. Les autres ont tous disparus. Je n’aimerais pas fouiller dans notre Histoire et découvrir que Sapiens Sapiens s’est encore une fois illustré par sa fâcheuse tendance à l’ultra-matérialisme, la guerre, ou encore la xénophobie, causant par là même la disparition de nos semblables si différents.
    Mais aujourd’hui, nous sommes seuls.
    Pour l’anecdote, en 2015, un pêcheur taïwanais a remonté dans ses filets la mâchoire d’une autre espèce d’hominidé encore inconnue qui aurait pu vivre jusqu’à il y a -10 000 ans. Nous, nous n’étions pas si différents de l’Homme que nous sommes tous aujourd’hui. Qu’aurions nous bien pu nous dire avec cet Homme primitif, exceptionnel par essence, unique de fait.
La mandibule inferieure de “Penghu 1” (source : Le Figaro)
  • -35 000 ans, le Havre et sa région sont couvert par la glace. Le niveau de la mer descend de plus de 100m ! La Manche n’existe plus.
  • -30 000 ans, c’est l’art pariétal.
    Art que nous connaissons grâce au grottes, véritables capsules temporelles, qui nous transmettent ce patrimoine ô combien fragile.
Grotte de Lascaux ( source : Sud-Ouest.fr/Archives Arnaud Loth)
  • -9000 ans, c’est la première utilisation des arcs et flèches.
  • -8000 ans, c’est le début de la période qui nous intéresse : le Néolithique.
    Les événements qui suivent vont nous permettre de mieux caractériser cette époque que nous allons explorer localement au Havre.
    Le climat est bien plus propice aux Hommes, il s’est radouci drastiquement. Les glaces ne sont plus là, et la Manche a reprit sont emplacement d’origine. À peu de chose près nous connaissons tous cette géographie qui est la nôtre actuellement.
Le Néolithique (source : assistancescolaire.com)
  • -6000 ans, c’est l’âge des premières haches polies.
  • -5300 ans, les Hommes fondent les premiers village sédentaires.
  • -5000 ans, les Hommes sont bien installés au Havre et aux alentours. Les maisons qu’ils habitent son assez vastes. Ces dernières sont construites à base de torchis, de quelques cailloux et de grands pans de bois.
Une maison du Néolithique au Havre (source : François Vaudour)

Notre région Havraise directe est parsemée de nombreux petits villages.
C’est à cette époque que les Hommes dressent leurs premiers monuments de pierre. Vous connaissez sans doute la Pierre Grise de Montivilliers. Cette dernière fait l’objet de quelques légendes locales qui sont régulièrement abordées sur le groupe Facebook “Le Havre Secret”.
Ces premiers Hommes du Havre ont beaucoup de choses à nous raconter, et nous reviendront à eux ultérieurement.

La Pierre Grise de Montivilliers (source : panoramio.com)
  • -4500 ans, les rivalités entre communautés imposent la fortification des villages. Les grands chefs meurent et sont inhumés dans de gigantesques sépultures en pierre.
La maison au Néolithique (source : “De la préhistoire au missiles balistiques”Bruno Latour, Pierre Lemonnier)
Une tombe à couloir du Néolithique ( source : duvoyage.com )
  • -3000 ans, c’est la fin du Néolithique.
    L’Homme maîtrise la métallurgie du cuivre. Bientôt ce sera l’âge du bronze, puis l’âge du fer. Suivra l’antiquité Gallo-Romaine, le Moyen Âge, puis la Renaissance et la construction du port et de la ville du Havre.
    La suite, vous la connaissez…

Et alors ce Néolithique au Havre?
Il va être difficile de peindre un tableau du Havre à cette époque puisque ce dernier n’existe tout simplement pas. En lieu et place, s’étendent des marécages, des vasières, des roselières, des canaux naturels, quelques criques et une vaste forêt aux abords de la côte.
C’est donc là le premier effort d’imagination que je vais vous demander, chers lecteurs. Le Havre n’est pas. Mais la géographie est relativement la même, à la différence près que notre estuaire est mouvant. Il se structure avec le temps. Les rivières qui se jettent dans son embouchure stabilisent avec la marée et les courants certains bancs de sable qui, avec le temps, deviennent de véritables terre-pleins naturels.
Quelle flore? Quelle faune? Encore une fois, c’est impossible de le dire, cet espace naturel n’existe plus. Et l’estuaire que nous connaissons aujourd’hui n’est tout simplement pas le même. Et le climat ? Impossible à dire sans avoir vécu cette époque.
Mais rassurez-vous, les archéologues, les chercheurs, et les passionnés en tout genre ont creusé, carotté, fouillé, exploré le temps pour nous fournir des réponses. C’est en me basant sur les travaux de ces hommes que je vais tenter avec mon ami François Vaudour de jeter un œil sur ce passé fascinant de notre Histoire locale.

Chantier de fouille du néolithique à Herqueville(source : Ouest-France)
Chantier de fouille du néolithique à Herqueville(source : Ouest-France)

Qui mieux que les habitants de cette époque pourraient nous renseigner sur notre Havre premier ?
Et bien interrogeons les.
Dans les années 50–60 du siècle dernier, au Havre, quelques fouilles nous livrent de précieuses informations sur cette époque du Néolithique.
À Saint-Vincent, dans le Perrey, du côté de Notre-Dame, c’est autant de quartiers que de chantiers de fouilles avec leur lot de découvertes.
Entre nous, amis lecteurs, je demeure convaincu que si vous creusiez au bout de votre jardin, pour peu que vous ayiez l’œil aguéri à ce genre d’exercice, vous trouverez des vestiges des anciens havrais.
En Février 1961, aux angles des rues Armand Barbès et Verdun, l’on creuse un égout. Soudain, les travaux s’arrètent. Des tourbes ! Des tourbes bien particulières, puisqu’il semble qu’elles daignent livrer quelques vestiges d’un temps reculé. Des fouilles préventives sont sitôt engagées par M. Louis Cayeux. Il sera bien entendu aidé dans sa démarche par la ville du Havre, et tout particulièrement M. Pezier, ingénieur de la ville, ainsi que M. Varenne, chef de section des égouts de la ville.
M. Watte et M. Lechevalier participeront également à ce formidable travail.
Tout jeune passionné de notre histoire que je suis, je ne remercierai jamais assez ces chercheurs qui, par leur travail, permettent de rendre accessible à tous cette fabuleuse aventure humaine qu’est notre région havraise.
Revenons à notre chantier de fouille, que livre t-il ?

Vestiges livrés par les tourbes du chantier (source : Bulletin de la Société Préhistorique de France “Habitats Néolithiques dans les tourbes du sous-sol du Havre” Louis Cayeux)

Des os, quelques objets, des graines … 
Rien de formidable ? Et pourtant, voici là un trésor qui va répondre à bon nombre des questions que nous nous posions précédemment !
“Quelle flore? Quelle faune? Quel climat ?”

C’est en étudiant les graines et les pollens que l’on a pu en déduire le climat et le paysage de la flore à cette époque.
Chênes, Aulnes, Tilleuls (en moindre proportions), fougères, lichen, c’est autant d’indices d’un climat relativement humide et doux.
Et que nous disent les ossements ?
Chevaux, Bœufs, Cerfs, Aurochs, chiens et autres sangliers, semblent avoir été victimes de l’appétit féroce des hommes, vivants selon toute vraisemblance, dans les environs.
L’arme du crime est là. Ce sont ces petits sphères de pierre visibles dans l’illustration ci-dessus. Il s’agit de petits projectiles de frondes. La présence de pointes de flèches est importante également.
Mais où sont-ils ces chasseurs insatiables ?
Et bien il ne faudra pas creuser beaucoup plus profond pour les rencontrer . Enfin !

L’homme de Graville (source : Bulletin de la Société Préhistorique de France “Habitats Néolithiques dans les tourbes du sous-sol du Havre” Louis Cayeux)

C’est lui, l’homme de Graville. Comprenez bien, chers lecteurs, que les travaux des années 60 se faisant avec de grands engins mécaniques destructeurs, notre homme n’a pas pu se livrer entièrement à nous. Il est fort à parier que sous nos pieds, aux angles des rues de Verdun et Barbès, gît un homme aux nombreux secrets.

Le passé est derrière nous et le chantier de l’égout continue son inexorable avancée… C’est le progrès.
Nous voici au pied de la rue Montmorency, à l’angle de la même rue de Verdun qui devient la rue Aristide Briand. La pelleteuse pelte, et soudain, de nouveau, doit s’arrêter… Des vestiges !
Nous sommes le 24 mai 1961, et les restes d’un homme surgissent à 3,5m sous la surface de la rue. Il est presque entier, mais éparpillé comme si un ruisseau avait fait rouler ses ossements. Pres de son crane défoncé, se trouvent deux défenses de sanglier de 15.5cm, vestiges d’une très probable parure.
L’étude des ossements révélera qu’il s’agit d’un homme “agé” dont certaines dents lui faisaient défaut.
Notre homme gît ici avec ses outils de pierre : 4 gros burins, 1 grosse lame, 2 racloirs, 1 perçoir, et 1 couteau. Il y a d’autres éléments, mais qui demeureront difficile à identifier.

L’homme du bas de la rue Montmorency (source : Bulletin de la Société Préhistorique de France “L’Homme Campignien du Havre” Louis Cayeux)

Voici de nombreux éléments qui nous permettent d’y voir un peu plus clair.
Bien que ces deux hommes ne soient pas contemporains, et physiquement bien distincts (capacité cranienne différente), il semble bien avoir partagé un même habitat.
Ils demeurent chacun bien mysterieux, mais ils nous ont livré un message.
Sous nos pieds se trouve notre Histoire. “Depuis la nuit des temps” des hommes vivent ici… A nous d’aller a leur rencontre !
Déjà de 1788 à 1800, l’abbé Cochet rapportait que lors des fouilles du bassin de la barre, une pirogue de 13m avait été découverte. elle était ouvragée, renforcée, et profonde de presque 1.3m !
Elle était si bien conservée qu’elle fut transportée sans encombres à un autre quai. Mais en très peu de temps, son exposition subite au soleil, au vent, à la mer ont eu raison d’elle. Elle se détruisit d’elle même.
Il s’agissait là d’un vestige de cette époque lointaine. 
Ces éléments nous permettent aujourd’hui d’imaginer librement ce néolithique. François Vaudour, le papa de Goè à dréssé le portrait du Havre néolithique…

Un homme du néolithique en pirogue passe devant une crique, nous devinons la côte ainsi que les marais en lieu et place du Perrey (source : François Vaudour)
Les premiers villages havrais … Faisons nous face au futur prieuré de Graville et quelques grottes préhistoriques de la côte? (source : François Vaudour)

Nous avons effectué un sacré voyage dans le temps. Et qui sait ce que le sous-sol du Havre nous reserve encore comme découvertes?

Au delà du béton, de notre architecture hors du commun, se cache sous nos pieds une histoire passionnante, dont le livre ne demeure qu’entre-ouvert. 
Il nous appartient de le lire, de le partager.

Deux guerriers observent la plaine depuis le plateau du futur prieuré de Graville (source : François Vaudour)

J’ai assisté à la conférence de Monsieur Watté sur la préhistoire locale.
J’ai apprécié sa bienveillante conclusion. Je ne saurais la reformuler avec ses mots exacts.
Nous sommes tous capables de commettre des erreurs. Mais l’essentiel n’est il pas de chercher ? Et si nous nous trompons? C’est l’occasion de corriger, rectifier, parler.
L’erreur est humaine, mais le perfectionnement est aussi le propre de l’homme. C’est à travers le dialogue et la transmission que nous feront vivre notre histoire.

Sources : 
Sciences et Avenir Hors série 183

Wikipedia

Natural History Museum, Michigan

Dinosoria.comLe FigaroSud-Ouest.fr/Archives Arnaud Loth

Assistancescolaire.com

Panoramio.com

“De la préhistoire au missiles balistiques” Bruno Latour, Pierre Lemonnier

Duvoyage.com

OuestFrance

Bulletin de la Société Préhistorique de France “Habitats Néolithiques dans les tourbes du sous-sol du Havre” Louis Cayeux

Bulletin de la Société Préhistorique de France “L’Homme Campignien du Havre” Louis Cayeux

François Vaudour