La serviette

Il est environ 12h00, nous sommes en février 2016, mais ici, l’hiver n’en est pas vraiment un. Le soleil irradie tout, la mer est luisante, il fait 30 degrés dans le golfe d’Aqaba.

Je m’apprête à traverser le pays seul, de part en part, en empruntant la plus longue route d’Israël, la Highway 90. Je décide d’aller au poste frontière Égyptien, quelques kilomètres après la ville d’Eilat, c’est le kilomètre 0 de cette route qui me mènera 480 kilomètres plus loin à la frontière Libanaise. D’un côté le paysage est sec et minéral avec des collines désertiques qui marquent le début du Neguev. De l’autre, des navires de guerre sont éparpillés dans la mer rouge pour protéger les zones maritimes Israéliennes.

Je viens de réserver ma voiture de location pour les 2 prochaines semaines, cette fois ça y est, c’est le grand saut. L’excitation se mêle à la l’appréhension, l’heure du “road-trip” solitaire est venue. Mes amis de route, Thib et Emmanuel sont déjà dans l’avion pour Paris. Je ne parle pas hébreu, je ne connais pas encore bien le pays ni les mentalités et puis, je n’ai tout simplement jamais connu une aussi longue solitude en terre étrangère.

Un homme traverse la route, sa combinaison en caoutchouc lui colle à la peau, sa silhouette penche en arrière à cause des bouteilles. La mer rouge, c’est le paradis des plongeurs. La barrière de corail est à quelques mètres de la plage et les fonds sont fantastiques, je leur ai rendu une petite visite hier.

En face de l’Égypte, un panneau annonce “Bon voyage” en français, c’est le début de mon aventure. Dès que je commence à rouler, je suis attiré par des parasols qui s’amassent le long de la route sur une grève caillouteuse face aux navires de guerre. Des “baba-cools”, jeunes hippies et autres baigneurs préfèrent s’installer ici, au milieu de nul part, plutôt que sur la plage d’Eilat bondée de bikinis. On est à quelques mètres des tensions du Sinai, mais on recherche le calme et le bruit des vagues. Je me gare, je m’assoie à côté d’eux, et je contemple l’Egypte, la Jordanie, au loin l’Arabie Saoudite.

Un homme d’une cinquantaine d’année sort de l’eau, il est en caleçon, un corps sculpté assez mince, une longue barbe blanche lui donne un aspect presque biblique, mais ça vous ne le verrez jamais. Je m’approche de lui, l’appareil à la main, il m’observe, me sourit et jette d’un seul coup sa serviette sur la tête. Le bleu de la serviette se mêle à celui de l’eau et du ciel, le vent s’arrête, tout se fige, je photographie cette statue voilée et je repars en silence.

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