Le coucher de soleil

J’ai passé la journée dans les universités du nord d’Israël pour rencontrer des étudiants, juifs et arabes, et comprendre le “miracle de Haifa”. Le nord du pays est beaucoup plus ouvert, calme et mixte, notamment autour de la ville de Haifa. Ici, certains me disent qu’on est en “Isra-Tine”.

La ville elle-même est un exemple de mixité, mais les universités, notamment le campus scientifique et technologique de Technion, sont des lieux de “co-existence” uniques. J’essaie de comprendre pourquoi et comment ça marche ici et pas ailleurs. On me répond une plus grande laïcité, un niveau de vie plus important, toutes communautés confondus, et puis, une attitude plus “laid-back”, plus cool en général. Ici, les bus ne s’arrêtent pas pour Shabbat, les gens se sentent apparemment plus libres.

Un étudiant me dit que tout le monde a envie d’étudier et de réussir sa carrière, c’est le meilleur pont qui puisse exister. Quand je lui demande s’il a des amis arabes, il me dit “je pourrai, mais j’avoue que je n’en ai pas vraiment, je suis peut-être en train de louper quelque-chose”. Un étudiant Arabe me dit qu’il est très heureux de vivre en Israël, mais son identité Palestinienne reste très ancrée, il est un “Israélien-Palestinien”, mais il ne sait pas encore ce que ça signifie. Je me rends vite compte que personne ne le sait, les gens vivent, avancent et ne se posent pas ces questions identitaires au quotidien. Il est temps d’arrêter mes interviews et d’aller voir la mer.

Je décide de continuer jusqu’à la frontière Libanaise pour voir comment le territoire Israélien finit et comment celui du Liban commence. Ce lieu s’appelle Rosh Hanikra, il est très fréquenté par la population d’arabes Israéliens, comme la majorité des lieux touristiques du nord d’Israël. Des falaises découpent le territoire, un téléphérique permet d’entrer dans les cavités de la roche, mais il est trop tard, le dernier téléphérique part devant moi.

La vue est magnifique en contrebas, seul les navires de guerre viennent rappeler que cette région peut basculer à tout moment. Les derniers rayons de soleil éclairent des jeunes qui plongent des rochers, le temps est à l’insouciance à quelques mètres de l’une des frontières les plus disputées de la planète.

Je redescends en voiture sur la plage et je vois cette famille, ils ont installé leur chaise directement dans la mer, la houle est forte, mais le système de fixation tient bon. Je m’approche, il me regarde et m’invite aussitôt à m’installer avec eux. Je m’exécute, ils me donnent quelques fruits et un verre de thé, le moment est délicieux. Je laisse le siège à l’une des 2 femmes qui revient, je rejoins la plage pour discuter avec les 2 petites filles de la famille, elles parlent bien Anglais, elles rêvent de venir à Paris, elles chantent “voulez-vous coucher avec moi ce soir” et se mettent à rire.

Je fais presque partie de la famille le temps d’un coucher de soleil, les parents regardent les moutons orangés qui filent dans le ciel, ils m’ont oublié, c’est le moment de faire la photo.

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