“D’une grande difficulté vient peut-être l’opportunité de ta vie qui t’emmène vers le succès”

Au coeur d’une actualité chargée, puisqu’elle vient de quitter son poste de CEO de la SEITA pour prendre celui de General Manager d’Upfield Hollande, Dior Decupper a accepté de répondre à notre interview.

Dirigeante charismatique et inspirante, elle revient pour nous sur son incroyable parcours, et nous explique son lien fort avec le Club Des Prophètes.

Bonjour Dior. En se penchant sur ton parcours, on se rend compte que tu as d’abord été la femme d’un groupe, Impérial Brands, où pendant 12 ans tu as gravi les échelons pour terminer CEO de la Seita… Comment tu expliques avec du recul cette magnifique ascension ?

J’ai eu beaucoup de chance (long silence). Oui j’ai eu beaucoup de chance (sourire).

En y réfléchissant, cette chance se matérialise par des bonnes rencontres au bon moment. Je repense forcément au manager qui m’a recrutée en Espagne. Bien sûr, j’ai réussi à le convaincre de m’embaucher, mais la chance veut que cette même personne se soit retrouvée propulsée à la tête du groupe, et que j‘ai été aspirée par lui.

L’anecdote qui me revient est ma première prise de poste de DG en Espagne qui a été marquée par une crise sans précèdent. Le leader du marché avait fait le choix fort de baisser ses prix de 25%. Le stress était énorme, les journées étaient folles, et se terminaient en pleine nuit pour reprendre au petit matin. Je soutenais une stratégie différente du consensus au sein de mon équipe. Je l’ai défendue, et j’ai réussi à l’imposer. L’histoire m’a donné raison. Tout a été différent pour moi à partir de ce moment. Cet incident m’a permis d’obtenir la confiance de mon équipe et de mes dirigeants.

C’est une expérience que je raconte souvent à des jeunes entrepreneurs, pour justement leur dire que quand tu fais face à une situation difficile, il est normal de douter, mais que de cette grande difficulté vient peut-être l’opportunité de ta vie qui t’emmène vers le succès… L’important pour surmonter ces moments, et c’est aussi ce que je leur dis souvent, c’est de savoir demander de l’aide. A tes supérieurs, à tes stakeholders, ça dépend de la situation… Mais c’est bien de poser ton problème, de prendre du recul, d’écouter des avis différents. Dit avec d’autres mots, d’utiliser ces forces comme des sparring-partners, pour aller chercher le meilleur de soi, et réussir à franchir ces obstacles.

Enfin pour terminer ce flash back, et c’est probablement l’un des points essentiels, je dirais aussi que l’expérience m’a appris pour construire une équipe à m’entourer de personnes que je choisis, et qu’il n’est possible pas de faire de compromis sur ces personnes.

Le succès est toujours collectif, c’est pourquoi il est important de constituer une équipe soudée, qui regarde dans la même direction. Je sais aussi aujourd’hui qu’il est primordial de recruter des personnes qui ont les mêmes valeurs, et pas des personnes qui me ressemblent. Ce que j’avais tendance à faire à mes débuts.

Justement, les mentalités évoluent, les rapports au sein de l’entreprise changent… Pour toi aujourd’hui comment doit se définir un dirigeant ?

J’ai effectivement vu les choses évoluer au cours de ces dernières années. Le management purement vertical n’est plus possible.

Aujourd’hui le challenge, c’est de créer, je me répète, une équipe soudée, qui s’inscrit dans la même histoire.

Pour ça, il est indispensable désormais d’être transparent, de dire les choses, d’avoir confiance en ses équipes. Il y a un besoin de comprendre, et pour cela le rôle du dirigeant est à mon avis de dire les choses telles qu’elles sont pour favoriser la cohésion.

Dans mon dernier nouveau rôle, je me suis d’ailleurs présentée à travers 4 T (en anglais) :

Team — l’importance de l’équipe

Transparence — savoir se dire les choses, être alignés

Trust — confiance en l’équipe et confiance en soi

Target — importance de performer

Il y a des critères qui ne trompent pas. Pour moi le pari est réussi quand les collaborateurs arrêtent de travailler en silo, qu’ils sortent de ce cloisonnement. Ils ont envie de travailler ensemble, les intérêts s’alignent, et là de grandes choses deviennent possibles.

Tu diriges depuis quelques années des entités importantes, au sein de grands groupes, qu’est ce qui te rapproche de l’univers des start-up et pourquoi tu t’y intéresses ?

J’ai toujours été passionnée par l’entreprenariat. C’est tellement inspirant de voir des personnes qui se lancent, qui prennent le risque de créer leur société. En entreprise, tu as une sécurité. Là il n’y a pas ce filet, tu sautes dans le vide.

Je suis impressionnée par ces personnes qui un jour se réveillent, et décident de tout lâcher, avec cette croyance qu’elles vont changer les choses.

J’adore l’énergie qui sort de ça. C’est aussi très égoïste, mais j’adore apprendre, comprendre…

Après bien sûr, si je peux aider, apporter ma pierre à l’édifice, j’en suis forcément ravie.

Tu as été à de nombreuses reprises sollicitée par le Club Des Prophètes pour faire passer à des start-up, les entretiens dits experts (avant de lever des fonds avec le Club, la start-up quand elle a été retenue par notre analyste, doit convaincre 3 prophètes investisseurs en lien avec son activité). Que retiens-tu de ces expériences ?

Le premier sentiment qui me vient c’est cette énergie qui était la mienne quand je remontais dans ma voiture après les meetings. Que ça passe ou non pour la start-up, c’est 1h30 d’échanges, de ping-pong, avec des fondateurs qui se battent toujours avec une énergie folle pour réussir à convaincre.

C’est d’ailleurs un vrai sujet de réflexion, car il m’est arrivée de rencontrer des équipes où on sentait qu’ils allaient dans le mur, mais eux étaient convaincus d’être sur le bon chemin. Souvent il y avait cette impression qu’ils étaient intégrés dans un écosystème où personne ne doutait d’eux, ce qui est tout sauf productif dans l’univers start-up, où il faut en permanence se remettre en question, être challengé…

Ça explique aussi probablement pourquoi la personnalité du fondateur ou la fondatrice a beaucoup d’impact dans ma décision d’investir ou non.

J’ai aussi beaucoup aimé rencontrer les autres prophètes par ce biais de l’expertise. Nous avons des profils très différents, mais j’ai toujours retrouvé cette envie d’aider, cette bienveillance. C’était également intéressant de voir que sous un prisme différent, nos conclusions se rejoignaient très souvent.

Tu étais dans les 3 premiers à rejoindre l’aventure Club Des Prophètes. Tu es depuis ce premier jour très impliquée, en étant d’ailleurs membre du board. Comment expliques-tu ce lien ?

Je me suis toujours retrouvée dans la vision du Club Des Prophètes. Je dirais même dans la mission du Club.

Je suis pleinement en phase avec cette volonté d’entourer ces jeunes start-up d’investisseurs qui sont des experts dans leur domaine, d’avoir cette volonté d’apporter autre chose que de l’argent, de les accompagner sur ces premières années, dans ces moments ou il faudra s’interroger, douter, pivoter,…

La notion de communauté est forte. Je me suis toujours rendue disponible quand j’ai été sollicitée, et je sais que les autres prophètes partagent cette approche, alors que nous avons tous des agendas chargés.

Je crois vraiment à la diversité des prophètes, ce mélange entrepreneurs-dirigeants, ces réseaux différents, ces visions grands groupes-pme. C’est la même philosophie que celle évoquée pour mes équipes, s’entourer de gens différents, mais qui partagent les mêmes valeurs.

Cette vision 360 est rassurante pour ces investissements risqués, et c’est ce qu’offre le Club Des Prophètes. Soyons honnêtes, je viens aussi pour gagner de l’argent !

Toi qui connais bien cet univers du Capital Venture, quel est ton avis sur les chiffres régulièrement publiés qui montrent qu’il est plus difficile d’entreprendre quand on est une femme ?

Le monde du business reste masculin, ce sont des hommes qui jugent avec des biais inconsciemment masculins. Et beaucoup j’imagine, sont comme moi, et jugent d’abord la personnalité de l’entrepreneur.

D’une manière générale, sans rentrer dans la caricature, une femme sera plus honnête dans sa démarche, elle aura tendance à être plus transparente, à afficher plus naturellement ses doutes… Et malheureusement si ça transparait beaucoup, ça peut-être rédhibitoire.

Je repense souvent à mon premier poste au Sénégal que j’ai décroché parce que justement “j’ai fait mon mec”, en disant que je savais faire, que je maîtrisais complètement le sujet… Ce qui était faux, mais c’est passé, et je m’en suis très bien sortie après !

Peut-être que sur ces sujets là il faut qu’on apprenne, nous les femmes, à croire un peu plus en nous…

Quand on a la chance de te connaître, on sait que tu as un niveau d’exigence très élevé… Avec toi même, que ça soit professionnellement, ou même dans le sport, avec tes enfants, avec tes collaborateurs… Ma question est orientée mais est ce que tu crois que la principale clé de la réussite se situe justement dans cette exigence ?

On n’obtient pas le meilleur sans être exigeant, c’est sûr. Mais plutôt que le mot exigence, j’utiliserais le mot discipline. Si on garde la métaphore du sport, c’est répéter les exercices chaque jour, ne pas trouver de prétextes pour ne pas faire, repousser ses limites en se disant que la douleur est mentale, qu’elle est surmontable.

C’est pareil pour le travail. Il faut dire les choses, faire ce qu’on dit, sans jamais faire d’exception. Ce qui veut dire aller vérifier ce dernier détail même quand il est 23h, prendre le temps de parler à ses équipes pour sentir quand l’un dérape et pouvoir être là pour l’aider…

C’est beaucoup d’efforts, mais derrière tous les succès, il y a toujours beaucoup d’efforts.

Je repense à ce que me disait mon père quand j’étais petite, et que je lui demandais pourquoi moi je réussirais plus qu’un autre. Il me répétait souvent “sur 100 personnes, tu en as 50 qui veulent réussir, et 50 pour qui ce n’est pas important. Sur ces 50 qui veulent réussir, tu en as maximum 30 qui se donneront la chance de réussir. Donc si tu regardes bien, c’est déjà 70% de la concurrence que tu écartes. Réussir est possible quand on le souhaite”.

C’est un conseil d’ailleurs que je pourrais donner à un entrepreneur lors d’un prochain meeting (sourire).

Merci Dior !

Le Club Des Prophètes est une communauté sélective d’investisseurs, aux parcours professionnels de haut niveau, se regroupant pour partager leurs expertises et leurs réseaux afin d’accompagner les start-ups de demain. Pour nous contacter :

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