« Faire que toute la France soit un pays d’entrepreneurs »

Club Des Prophètes
Nov 8, 2019 · 7 min read

Suite au parrainage de Laurent Boillot, Eric Dadian, a fait son entrée au sein de la communauté du Club Des Prophètes.

Il a accepté de revenir avec nous sur son incroyable parcours professionnel, et de nous expliquer pourquoi il a souhaité nous rejoindre.

Eric Dadian, 24h de la Relation Client

Eric, pour ceux qui ne te connaissent pas, tu es un des pionniers de la création des call centers en France, où tu as créé et présidé une société qui employait plus de 4000 personnes. Peux-tu nous expliquer, avant de revenir sur ce moment de vie, comment tu es tombé dans cet univers ?

J’ai découvert les centres d’appels en commençant ma carrière chez SVP. C’était une marque très connue car elle louait son central téléphonique à des émissions télé en vogue comme « Les dossiers de l’écran », « L’heure de vérité ». Nous étions capables de traiter des gros volumes, qui allaient jusqu’à 20.000 appels dans l’heure, avec des opérations très différentes où j’ai pu passer de la soirée Miss France à la gestion des attentats de Port Royal pour la RATP.

Tu avais un très bon poste puisque tu étais Directeur des systèmes et du développement. Pourquoi et comment t’es venue l’envie d’entreprendre ?

Avant tout, c’est important de le préciser, j’avais un père entrepreneur, ce qui fut forcément une inspiration. Après, j’ai toujours aimé la liberté, et je n’aimais pas être salarié. J’étais beaucoup trop rebelle pour ça… J’avais des fourmis dans les pieds mais j’attendais l’opportunité.

C’est là que j’ai vu arriver, à partir de 1995, le mobile et internet en France. Tout le monde était conscient des portes qui s’ouvraient et du champs des possibles incroyable qui se présentait à nous.

Je n’avais pas d’actions dans SVP, je me suis donc dit que c’était le moment de plonger.

J’ai tout de suite eu conscience des enjeux qu’il pouvait y avoir en terme d’emplois et c’est pourquoi, j’ai très vite cherché à m’ancrer à un territoire. Ça a été la ville d’Amiens, grâce au soutien de personnalités politiques en place comme Gilles de Robien, qui étaient conscientes de l’opportunité que ça pouvait représenter pour faire face notamment à la chute des activités textiles, qui engendrait à cette période un chômage de masse.

“Faire d’Amiens la ville des centres d’appels”

Le deal était simple, c’était le boom des centres d’appels, je leur proposais de faire d’Amiens, la ville en France des centres d’appels.

Ils l’ont accepté, Intra Call Center est né, mon histoire d’entrepreneur était lancée.

La ville a mis à ma disposition des locaux, des infrastructures télécoms. Nous avons créé des écoles de la Relation Clients, c’est allé très vite…

La Relation Clients, une notion qui t’est chère ! C’est à ce moment que tu as créé l’AFRC (Association Française de la Relation Clients) dont tu es toujours le Président aujourd’hui ?

Exactement, c’était en 1998. Personne n’était positionné sur ce secteur. C’était des métiers peu connus, parfois décriés.

Je venais de quitter un groupe avec une forte notoriété, et j’étais confronté de mon côté à l’exact opposé, puisque mes interlocuteurs ne comprenaient pas qui j’étais, le lien avec Amiens…

J’avais la conviction que nous allions devenir un secteur, et qu’il y avait l’opportunité d’en être sa voix.

Un pari judicieux car nous sommes très rapidement devenus la première association, Think Tank du secteur, qui va par la suite créer jusqu’à 300.000 emplois en France.

Bien sûr, il m’a souvent été reproché de mener tous ces combats en même temps, de mélanger des intérêts, à savoir de développer Intra Call Center, de donner des lettres de noblesse à un secteur grâce à l’AFRC, et de défendre le territoire d’Amiens…

Celui qui entreprend est forcément confronté à la critique mais maintenant que l’histoire est terminée, je sais que c’était ce qu’il y avait de mieux à faire pour développer Intra Call Center.

Je suis parti d’une feuille blanche, sans être connu, et j’ai réussi par toutes ces stratégies combinées les unes aux autres, à passer des paliers que je n’aurais jamais imaginé.

Si tu devais garder un joli souvenir de cette période de vie, et nous conter l’une de tes plus grandes difficultés, quels seraient-ils ?

Je me souviens précisément de l’une des fêtes de Noël de la société, à la patinoire d’Amiens. Nous étions 1000 salariés, il devait y avoir 3000 personnes, avec les familles. J’avais été ému en regardant tous ces gens qui étaient liés à la société. De cette fameuse feuille blanche, j’avais réussi à créer ces emplois, et j’en voyais les répercussions sur toutes ces familles, heureuses d’être là.

Pour la difficulté, qui est je le sais partagée par tous les entrepreneurs, c’est ce sentiment permanent d’avoir toutes les parties prenantes contre toi.

Mon exemple personnel pour illustrer ce propos, c’est l’arrivée de Free en janvier 2012 qui obtient la 4ème licence en France. Pour poser le contexte, nous avions à ce moment là un fonds d’investissement qui contrôlait le capital de la société et Bouygues Telecom était l’un de nos clients.

Le même jour, j’ai un appel de Jérôme Balladur, qui représente LFPI et qui me dit clairement, j’entends encore sa voix : « Free c’est pas mon problème, vous me délivrez l’EBIT que vous m’avez présenté »… Quelques heures après, j’ai un comité d’entreprise, avec des salariés intelligents, qui ont compris que Free va casser les prix, et qu’ils risquent de perdre leurs emplois.

Et pour terminer cette journée, j’ai Olivier Roussat, directeur de Bouygues Telecom, qui m’appelle et me dit : « vous baissez vos prix de 30% sinon nous ne tiendrons pas ».

C’est une équation impossible, tu es au milieu de toutes ces parties prenantes, et tu es seul. C’est d’ailleurs la principale raison pour laquelle j’ai souhaité adhérer au Club Des Prophètes. Je veux aider les entrepreneurs à traverser ces moments difficiles et ne pas être seul comme j’ai pu l’être dans ces moments là.

Merci Eric pour la transition que tu nous offres. Peux tu approfondir ce dernier point et nous expliquer pourquoi tu as rejoint le Club Des Prophètes ?

Très vite dans ma carrière d’entrepreneur, j’ai pris conscience de la force des réseaux, et donc forcément cette communauté d’entrepreneurs et de dirigeants qui se sont regroupés pour partager leurs expertises et les apporter à des start-up, ça me parle.

Je suis à un moment de ma vie où j’ai envie de transmettre mon expérience, les clés des succès que j’ai pu avoir, tout autant que mes difficultés et mes échecs. L’objectif étant de les aider à éviter des erreurs fatales.

Je vois beaucoup de start-up par le biais de l’AFRC qui me disent : « on a levé de l’argent, notre POC n’est pas aussi réussi que prévu, et là on est cramé, on n’a plus rien… »

J’ai envie d’apporter modestement mon aide, et le faire au sein d’une communauté, avec des valeurs qui me correspondent, est aujourd’hui la meilleure solution pour avoir un impact plus fort et plus large.

Et puis, je veux être dans le concret. Pas être consultant, mais être acteur, et pour ça l’investissement te permet d’être partie prenante. Et une partie prenante bienveillante me concernant.

Il y a depuis quelques années un véritable engouement pour l’entrepreneuriat, encouragé jusqu’à notre Président, et sa start-up Nation. Qu’en penses-tu ?

Quand je suis devenu entrepreneur en 1997, j’ai pu constater à quel point la France n’aimait pas ses chefs d’entreprises. Je suis content de voir que les choses ont évolué, et que les jeunes ont envie très tôt, désormais, de créer leur société.

“Heureux de cette France qui entreprend, mais…”

Il y a un vrai dynamisme économique depuis 3–4 ans, avec une limite : que cet engouement se concentre sur les grands métropoles qui aspirent toute la richesse dwes régions, comme c’est le cas par exemple dans le Nord avec Lille.

Il faut faire attention à ce phénomène qui entraine une fracture avec les territoires. C’est l’un de mes autres combats, à savoir faire en sorte que toute la France soit un pays d’entrepreneurs. Pas seulement Paris et les quelques métropoles. Pas seulement des jeunes sortant des mêmes écoles. Il faut continuer à pousser des murs. Tout le monde doit pouvoir entreprendre.

Là encore, nous nous rejoignons. Nous avons créé, avec AGN Avocat et Start 2 Scale, l’association « Les Artisans de la Finance », avec comme objectif d’apporter notre expérience dans le financement aux start-up, en allant à leur rencontre partout en France.

Je serais heureux de vous aider dans cette démarche, en organisant avec vous, si vous le souhaitez, votre étape à Amiens. Les territoires regorgent de talents et sont sous-exploités. Beaucoup de start-up doivent se rendre compte que recruter en province, c’est apporter une stabilité dans ses équipes, avec un engagement incomparable.

D’un point de vue économique, si on prend du recul, la situation est effrayante. La France est coincée entre les Etats Unis et la Chine qui se livrent un combat fratricide. Les GAFAM sont en train d’avaler des pans entiers de l’économie…

Aujourd’hui, je reprends espoir avec les territoires, qui peuvent recréer de nouvelles formes d’économies, locales, pour satisfaire les besoins primaires des Français : se nourrir, se loger, se chauffer, se déplacer. Il y a des choses incroyables à faire dans les Régions.

C’est un combat que j’ai envie de mener, et pour lequel je souhaite m’engager également à travers mes investissements que je réaliserai avec le Club Des Prophètes.

Merci Eric pour cet interview, et heureux vraiment de t’accueillir dans la communauté du Club Des Prophètes.

Le Club Des Prophètes est une communauté sélective d’investisseurs, aux parcours professionnels de haut niveau, se regroupant pour partager leurs expertises, et leurs réseaux, afin d’accompagner des start-up en amorçage. Pour contacter Matthieu, fondateur : matthieu@clubdesprophetes.com

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