“La bonne idée et la taille du marché ne suffisent pas pour réussir”

Dire que l’Évènementiel occupe une place importante dans leurs vies est un euphémisme !

De « GL Events », où ils se sont rencontrés dans les années 90, à la formidable aventure d’« Electra Events & Exhibitions », société basée à Dubaï qu’ils ont portée pendant près de 20 ans pour la placer au rang de leader incontesté, avant de la revendre en 2018, Jean-Charles et Sabrina Durand ont organisé certains des plus prestigieux Évènements aux Émirats Arabes Unis.

Jean-Charles et Sabrina Durand

Désormais installés sous le soleil de Lisbonne, tous les deux membres du Club Des Prophètes, ils ont accepté de revenir pour nous sur leur parcours, leurs souvenirs, leurs projets.

Portrait croisé de ce couple qui s’est retrouvé à entreprendre ensemble !

Bonjour à tous les deux, merci d’avoir accepté de vous raconter un peu ! Pour commencer, pouvez-vous nous résumer votre carrière en quelques mots ?

Sabrina : Sur le papier, J’ai un début de carrière très classique : une école de commerce (ESSCA), un passage au sein de grands groupes internationaux très structurés, au marketing puis à la communication (McDonald’s, TNT …). Mais c’est mon expérience chez GL EVENTS et la rencontre avec son Président, Olivier Ginon, un self made man extrêmement charismatique, qui ont certainement façonné le reste de ma carrière ; Je suis partie ouvrir la filiale du groupe à Hong Kong, alors que j’avais à peine 25 ans puis j’ai été propulsée responsable de la communication au cœur d’une introduction en Bourse pour mes 26 ans. C’est aussi ce court passage en Asie qui m’a donné le virus de l’expatriation. Quand j’ai suivi Jean-Charles à Dubaï, j’ai rapidement été confrontée à l’immaturité du marché : en 2002, Dubaï était encore une terre de pionniers, les sociétés internationales n’avaient que des petites filiales, personne n’avait besoin de Directrice de la communication. C’est à force de galérer pour trouver un job intéressant que j’ai finalement créé mon agence de Relations Presse : MAJLIS PR & Communications.

Puis tout s’est un peu emballé. J’aidais déjà Jean-Charles ponctuellement depuis qu’il avait racheté ELECTRA mais nous avons dû faire un choix entre l’une de nos deux sociétés pour franchir le cap d’après. J’ai donc vendu mon agence et rejoins Jean-Charles à temps complet. Cela a marqué une étape décisive dans l’évolution d’ELECTRA car cela nous a permis de démultiplier nos forces. Ensuite, j’ai évolué avec l’entreprise en fonction de mes compétences et des besoins au fil du développement : marketing, gestion de certains évènements « luxe », RH, conduite du changement …. Et enfin mise en place et pilotage d’un comité de direction.

L’attention au détail avec néanmoins une vision globale, l’humain et la qualité des interactions entre membres de l’équipe ainsi que la gestion de la performance, auront été au cœur de mon action.

Jean-Charles : De mon côté, j’ai eu une carrière un peu atypique car je fais partie de ces personnes qui n’ont fait qu’un métier, qui n’ont touché qu’à une Industrie. J’ai commencé mes stages dans l’Évènementiel chez GL EVENTS, j’y ai eu mon 1er job, je me suis développé avec eux, j’ai démarré l’international à Dubaï avec eux…Et quand je suis rentré en France, je n’ai démissionné de GL EVENTS que pour repartir à Dubaï pour créer une entreprise. C’est une décision qu’on a prise avec Sabrina, de tout quitter, nos jobs notamment, pour tenter d’entreprendre là-bas ! J’ai racheté une micro boîte d’une dizaine de personnes, qui avait déjà les fondamentaux, spécialisée dans l’installation de stands…J’ai mis en place quelque chose d’assez similaire, toute proportion gardée, à ce qu’avait fait GL EVENTS en France, avec des métiers qui, composés ensemble, proposaient un service Évènementiel global…Et en fait ça a marché tout de suite.

D’autant que le début de l’aventure ELECTRA coïncide avec la fin de la 2ère guerre du Golfe, et la société a pu profiter d’une dynamique nouvelle sur les marchés du Moyen Orient.

Si on s’arrête sur ELECTRA justement, qui a une place majeure dans votre vie, comment la raconteriez-vous ? En 5 dates ou évènements clés, par exemple ?

Sabrina : Pour moi, la 1ère date importante c’est évidemment fin 2002, année du rachat d’ELECTRA. C’était le rêve et la vision de Jean-Charles, et le point de départ de cette grande histoire.

Construction du Burj Khalifa dès 2004, symbole de la reprise économique

Dans la foulée, il y a avril 2004, année du tout premier Grand Prix de F1 à Bahreïn. Cet évènement prestigieux a marqué un tournant majeur car il nous a donné une grande visibilité et nous avons pu démontrer notre capacité à assumer des évènements internationaux de grande ampleur.

Jean-Charles : Je suis d’accord. Chez GL EVENTS, j’ai eu la chance de travailler autour de la Formule 1 avec Philippe Gurdjian, malheureusement décédé depuis. En 2004, Bahreïn signe donc son 1er Grand Prix. L’organisation de tout le VIP avait été confiée à Philippe, qui m’appelle en me disant : « écoute Jean-Charles, le grand prix de Bahreïn a lieu dans 2 mois, il faut qu’on fasse le VIP, …Est-ce que tu peux venir ? Est-ce que tu es capable ? ». bien entendu, on y est allé, et on a fait 50% de notre CA annuel sur cette affaire, à peine quelques mois après notre arrivée à Dubaï. Ça a lancé l’histoire, c’est évident ! Et ça a fait basculer l’entreprise du monde des foires et salons au monde de l’Évènementiel.

Sabrina : Après, il y a 2006. On crée cette année-là des filiales Location de mobilier et Location de structures temporaires, des développements qui permettront à ELECTRA de se positionner comme un groupe complètement différent de la concurrence, d’être un acteur à part, avec une offre plus complète d’une certaine manière. A ce moment-là, je pense qu’on a creusé la distance avec les autres.

Je continue avec 2013 : Dubaï gagne l’attribution de l’exposition universelle de 2020. Cela positionne Dubaï sur la carte des évènements internationaux et ouvre le champ des possibles pour ELECTRA. Et enfin, mai 2014 : on remporte le défilé Chanel, qui est le plus gros « job » signé par l’entreprise (hors expo 2020), qui permet de financer une « révolution » à tous les échelons dans l’entreprise…Et de la préparer à la vente !

Jean-Charles : Oui, c’est vrai. Au-delà de ces dates, c’est une aventure qui a été faite d’opportunités saisies. On a parlé de Bahreïn déjà. En 2ème élément clé, je place l’évolution économique de Dubaï. Entre 2003 et 2008, c’est l’explosion du moyen orient, nous sommes au bon endroit au bon moment. Avec +60% et +100% de développement par an, complètement autofinancé, notre focus est clairement sur la gestion de croissance !

Pour le coup, je pense que l’histoire n’aurait pas été la même si, au départ, nous n’avions pas pu prendre rapidement ces parts de marchés, dans un pays qui avait des besoins évènementiels fort, et dans lequel il n’y avait encore que peu d’acteurs capables de répondre.

Dans la continuité, la 3ème période clé est la crise qui a succédé à cette forte période de croissance. Au début de la crise, l’entreprise est saine, on décide alors de ne pas licencier, de rester solides sur nos bases, de faire le « dos rond ».

Défilé Chanel, aux pieds du Burj Khalifa

Ce sera un choix payant, récompensé à l’été 2009 par la signature, en Arabie Saoudite, d’un contrat de décoration éphémère pour le lancement de la 1ère Université mixte du pays. A l’époque, en pleine crise, c’est le plus gros projet qu’ELECTRA n’a jamais réalisé, alors que tous nos concurrents sont en difficultés.

Voilà encore un exemple d’une opportunité qui est arrivée au bon moment, qui nous a permis, au moment de la reprise en 2010, de ne plus être une société lambda mais le leader incontesté du marché de la construction événementiel à Dubaï.

Sur les deux dernières dates, je rejoins complètement Sabrina.

En 2014 : Chanel décide de faire son Défilé « Cruise » à Dubaï. Jusqu’en 2014, on a géré du développement et grossi de façon un peu archaïque. Là, ce défilé Chanel nous permet de réfléchir à une refonte complète de notre organisation le succès de cet évènement va nous permettre de lancer des modifications très fortes de l’entreprise, à tous les niveaux, déjà à l’époque en vue d’un exit. Et ça fait la transition avec le dernier évènement : la signature en 2013 de l’exposition universelle DUBAI 2020, dont parlait déjà Sabrina. Le défilé Chanel nous permet de nous restructurer, L’expo va nous donner une visibilité internationale.

Nous avons déjà conscience, à l’époque, que 2018, soit deux ans avant l’expo, sera une bonne période pour vendre.

Avec le recul, avez-vous des « tips » à transmettre à celles et ceux qui voudraient aller entreprendre à l’international ?

Sabrina : Selon moi, pour réussir à l’International, une immersion préalable et une bonne connaissance des us et coutumes sont primordiales. Au Moyen Orient, la complexité est amplifiée par la présence de différentes cultures qui ne sont pas que locales (Libanais, Indiens, Pakistanais, Philippins …) et par de nombreuses différences importantes entre des pays et des peuples, qui, de l’extérieur, semblent proches. Or, on ne fait pas du business de la même manière en Arabie Saoudite, aux Émirats ou au Qatar. Il y a même des codes différents entre Dubaï et Abu Dhabi ! Et enfin, bien s’entourer, avec des équipes qui ont une connaissance du terrain, et s’appuyer sur des acteurs locaux sérieux.

Cela dit, ELECTRA n’a pas été qu’une succession de réussites. Nous avons ouvert en Inde et au Qatar…deux échecs cuisants, qui nous ont beaucoup appris.

Une partie des équipes Electra

Jean-Charles : C’est clair. Notre développement en Inde et au Qatar, ont été des échecs pour des questions d’hommes.

En Inde, on a cru qu’il suffisait d’avoir une bonne idée et un bon marché, pour tout rafler…Mais on a oublié qu’il fallait des hommes, des équipes. Je pensais pouvoir voyager, y aller, revenir etc…L’organisation a Dubaï n’était pas encore assez solide à cette époque, c’était une erreur.

Et pour le Qatar, on a fait les choses dans le désordre : on a créé le business et seulement après, on s’est posé la question de qui on allait mettre pour gérer la zone. Là aussi une erreur, comprendre les spécificités locales, mettre en place une équipe, et ensuite se lancer dans le business…pas l’inverse !

Et maintenant que vous avez vendu votre société, quels sont vos projets ?

Sabrina : Personnellement, j’ai le sentiment de vivre une phase de transition, d’être un peu en suspens, et la crise du Covid n’a fait que renforcer cette impression. Mais j’ai l’intention de reprendre une formation, pour intégrer des conseils d’administration. En parallèle, j’accompagne (plutôt en management et stratégie) encore un jeune associé qui dirige une société que nous avons monté conjointement il y a six ans.

Jean-Charles : Aujourd’hui je conseille le groupe (E3.World) qui nous a racheté. C’est une occupation qui me permet de garder un lien avec l’Industrie et aussi, de suivre un groupe dans une période difficile, pour notre industrie. Cela me permet d’appréhender en détail la gestion de crise, et finalement c’est une très bonne expérience !

Question plus légère : entreprendre en couple, bonne ou mauvaise idée ?

Sabrina : Bonne idée si l’on est complémentaire professionnellement et que chacun a son domaine de prédilection, clairement défini. Dans notre cas particulier, nous avons beaucoup appris l’un de l’autre, notre métier était très prenant, travailler ensemble nous a permis de ne pas nous perdre…et de comprendre les galères et le stress de l’autre…Dans notre cas, travailler ensemble a sans aucun doute renforcé notre couple. Mais rassure-toi, nous nous sommes beaucoup disputés ! J

Jean-Charles : Pareil, « bonne et mauvaise, mon Capitaine ». C’est une force car vous êtes motivé par le même objectif, en apportant chacun vos points forts.

C’est aussi un risque car il faut que les deux aient un forte capacité d’abnégation, laisser l’autre faire, sans marcher sur ses plates-bandes.

Parfois difficile aussi de faire une séparation claire entre l’entreprise et la maison. ! J

Et en dehors de votre passion d’entreprendre, une passion commune ?

Jean-Charles : Déjà, je reviens sur la passion d’entreprendre. Qu’elle soit innée ou acquise, elle anime chaque décision, chaque moment de la vie de l’entreprise et aussi de la vie simplement.

Après, sur nos passions, j’ai envie de dire que nous sommes tous les deux des amoureux de la vie : découvrir, voyager, entreprendre dans le business comme dans la vie. Être capable, de prendre des décisions en dernière minute, de faire des choix un peu rapides pour profiter de quelque chose en particulier.

Sabrina : C’est tout à fait ça. Jean-Charles a parlé des voyages. Il y a aussi tout ce qui touche à l’art et la culture, le théâtre en particulier. Et dans la case « amoureux de la vie », je mettrais la gastronomie, les bons vins, la fête et les copains J

Pour finir, un mot sur le Club Des Prophètes ? Qu’est-ce qui vous a séduit dans notre projet ?

Sabrina : La philosophie, l’opportunité d’échanger avec des personnes qui partagent nos valeurs. L’envie de soutenir des initiatives entrepreneuriales non seulement par nos investissements mais aussi et surtout par notre expérience. Cela nous permet de découvrir des milieux complètement inconnus et nouveaux. Je suis curieuse et je m’ennuie si je n’apprends pas.

Personnellement, j’apprécie aussi l’approche simple, facile et informelle.

Jean-Charles : Nous avons initié une démarche d’accompagnement depuis 5 ou 6 ans déjà. On ne voulait absolument pas se considérer comme des Business Angel, on n’en a pas la prétention, mais on voulait accompagner ! Et je me suis toujours dit que mon boulot de demain, finalement, ce serait de rendre une partie de ce que j’ai gagné de le redistribuer à des plus jeunes qui veulent essayer, les faire profiter de ce que m’a apporté le succès d’ELECTRA. Quand tu nous as parlé du Club et de l’accompagnement des start-up, nous nous sommes tout de suite dit que ça collait « pile poil » avec notre état d’esprit.

Donc clairement, la logique qui l’a emporté et qui nous a décidés vite, c’est la logique d’accompagnement dans laquelle s’inscrit le Club Des Prophètes.

Merci Sabrina & Jean Charles de nous avoir fait revivre votre parcours d’entrepreneurs. Nous sommes heureux et fiers de vous compter parmi nous…

Le Club Des Prophètes est une communauté sélective d’investisseurs, aux parcours professionnels de haut niveau, se regroupant pour partager leurs expertises et leurs réseaux afin d’accompagner les start-ups de demain. Pour nous contacter :

Flamine, Analyste VC : flamine@clubdesprophetes.com

Matthieu, Fondateur & CEO : matthieu@clubdesprophetes.com

Henri, Associé & Directeur des régions : henri@clubdesprophetes.com

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