Quand voter “blanc” signifie voter Blanc

(Merci de choisir le poulet.)

Les raisons de mon positionnement contre Marine Le Pen et sa plateforme anti-migrants.

This article originally appeared in English on The Huffington Post.

Chez nous, ma famille est mélangée. Mes deux enfants sont descendants de trois grandes appartenances religieuses différentes, et d’origines américaine, anglaise et turque. L’an passé nous avons pu voir comment les USA, le Royaume-Uni et la Turquie ont embrassé des politiques nationalistes et hostiles aux migrants.

Nous sommes également résidents en France et dire que je suis inquiète concernant les résultats du second tour est un euphémisme.

“Elle passera pas, t’inquiète pas”, disent-ils, en France. “On ne votera pas pour Le Pen en 2017”.

C’est peu réconfortant, j’ai déjà entendu cela auparavant: au printemps dernier, pendant les semaines qui ont mené au Brexit, et à l’automne passée, juste avant les élections aux USA. Et tout le monde avait tort.

Maintenant je crains que cela n’arrive ici aussi. Les services de renseignements nous indiquant l’implication de la Russie sont peu rassurants.

“Vous n’êtes pas concernés”, disent-ils.

“Ne vous inquiétez pas” me disent mes amis, en faisant référence à la déclaration de MLP quant à “protéger la France” en mettant fin à la migration légale. Mais je suis une migrante. Et bien que je ne sois pas la cible principale du Front National, ma famille en sera affectée sans aucun doute.

Ceci étant dit, je reconnais bien sûr que nous avons de la chance. Nous ne sommes pas des réfugiés et avons l’option de retourner dans notre pays d’origine. Un luxe que les Syriens, Irakiens, Afghans et bien d’autres réfugiés et demandeurs d’asile ne partagent pas. En revanche, le choix ne m’est pas laissé dans l’isoloir.

Voter blanc équivaut à voter “Blanc”, c’est-à-dire pour le privilège blanc.

Nombre de citoyens français raisonnables, du centre, de gauche, grincent des dents à l’idée de voter pour Emmanuel Macron. “C’est le jolicoeur des banques” disent-ils. Ils prévoient de voter blanc dimanche 7 Mai. Un vote blanc est un vote de protestation. Cela signifie qu’au lieu de voter pour un des candidats, un citoyen choisit de ne voter pour aucun d’entre eux.

Mais dans ce cas, voter blanc signifie exercer son privilège blanc. En France le procédé des élections présidentielles se déroule en deux tours. Cela permet aux citoyens d’exprimer leur préférence d’un point de vue de leur idéal (le premier tour), et leur préférence d’un point de vue stratégique (le second tour). Le week-end dernier représentait l’opportunité de voter selon ses convictions. Pour ce prochain tour, j’espère que la France agira avec empathie. Il est très facile d’agir en base à des croyances politiques et intellectuelles idéalistiques lorsque l’on n’est pas directement affecté par le résultat.

Voter blanc, c’est ignorer la réalité que les gens de couleur, les LGBT, ou les migrants affrontent au quotidien.

Voter blanc c’est permettre aux victimes des guerres et de la terreur d’être les boucs émissaires des défis auxquels nous faisons face en Europe.

Voter blanc c’est laisser la France se faire la victime du changement mondial qui s’opère en faveur du fascisme.

Comme l’écrivait David Sedaris pendant la campagne des élections américaines, si vous étiez dans un avion et que les hôtesses de l’air vous donnaient le choix entre une assiette de poulet et une assiette de merde, leur demanderiez-vous comment est la cuisson du poulet? Gardant cela à l’esprit, ne votez pas pour votre privilège, votez contre le racisme, votez contre le fascisme, votez contre Le Pen. Choisissez le poulet. Ce n’est peut-être pas l’idéal, mais c’est la réalité. Il y a déjà assez d’assiettes de merde comme ça, dans le monde.

Translation by Isabelle Dosmond