DES REX ET DEVOXX — 6eme épisode

Il s’agit de vous évoquer, dans cette sixième partie, les retours d’expérience de notre Dream Team Carbon IT présente dans ce lieu de Devoxxion de la technique avec gourous d’un autre temps, prêcheurs du futur et magiciens du code.

Voici donc un petit état des lieux des retours d’expérience au sujet des réflexions philosophiques et politiques dans le monde informatique

La Grande Disruption

Après le discours d’ouverture de l’équipe de Devoxx, nous assistons à une introduction à la fois très classique et complètement dingue de Charles Sabourin .

La première keynote est celle de Jean Michel Billaut, un des pionniers d’Internet en France, qui vient nous parler de la Grande Disruption. Cette révolution technologique est d’ailleurs en train de toucher fortement la santé, le sujet principal de la keynote. Cette révolution se concrétise par l’apparition possible de l’humain modifié, le séquençage génomique massif, notamment du côté de la Chine qui y investit des milliards. Ce sujet est aussi porté par de nombreuses startups qui proposent des solutions performantes de suivi de santé personnelle comme Portable Genomics. Jean Michel Billaut cherche à nous démonter la pertinence de cette révolution qui permettrait de passer d’une santé curative à une santé prédictive mais surtout d’arrêter de gaspiller l’argent public. Il conclut par une prédiction : le remplacement massif des médecins par la technologie.

La deuxième keynote nous est donnée par le célèbre Joël Spolsky, chef de projet sur les premières versions de Microsoft Excel, Co-fondateur de Stack Overflow, fondateur de Trello et auteur sur le blog JoelOnSoftware. Il vient nous parler de l’impact du code sur la société. Il nous évoque une époque où les développeurs n’étaient que des ouvriers (Question: est-ce que cela a réellement changé ?) : « Programmers were treated like monkeys — except monkeys at least got bananas ». Cependant chaque ligne de code qui est ajoutée dans un logiciel est une décision (qui essaye de se conformer à la spécification). En clair les développeurs décident ce que ce sera le futur. Ils sont littéralement en train de programmer le futur. Et ces décisions deviennent de plus en plus importantes alors que le logiciel est en train d’envahir chaque moment de notre vie et ce n’est que le début. Le code sert maintenant à prendre un moyen de transport (Uber), à diriger les actions des manutentionnaires dans les entrepôts Amazon et va bientôt conduire les véhicules à notre place. En conclusion, les développeurs prennent une place de plus en plus importante dans notre société. Ils ne sont plus interchangeables et ils vont devoir se poser des questions philosophiques et éthiques sur le code qu’ils produisent.

Les femmes et le Numérique

La dernière keynote de la journée nous a été proposée par Natacha Quester-Semeon, une influente (et trop rare) représentante féminine dans le web français. Elle est à l’origine du mouvement #jamaissanselles et de “GirlPower 3.0”. Elle est venue nous rappeler la présence historique des femmes dans l’informatique avec des personnalités historiques comme Ada Lovelace, co-inventrice au 19ème siècle du langage informatique et des cartes perforées, ou encore Margaret Hamilton, département génie logiciel du MIT Instrumentation Laboratory, qui conçut le système embarqué du programme Apollo2. Elle nous a aussi rappelé la question difficile de la place de la femme dans notre société et surtout dans le monde du développement. Au final, les femmes sont encore trop absentes et pas assez reconnues. Il y a aussi eu beaucoup de digressions sur les conseils d’administration, la politique, et de manière générale, sur l’absence de diversité (exemple du Groupe Accor qui a créé un “shadow comex” plus jeune pour remonter des idées au comité exécutif dont la moyenne d’âge est supérieure à 60 ans). La « transformation digitale » serait une opportunité unique pour la mixité et la diversité dans les entreprises. Malheureusement l’ensemble de la keynote était assez vague et apporte au final assez peu de propositions.

Réflexions informatiques, politiques et économiques

Les 3 keynotes de la journée du vendredi sont dans le prolongement de la journée du jeudi avec le thème de la société et du développement.

En premier lieu, Richard Fontana, avocat chez Red Hat et spécialiste des questions de l’open source, est venu nous parler de responsabilité et d’éthique dans le développement. Dans une ère où le code est partout, qu’en est-il des responsabilités qui vont avec ? Est-ce qu’on laissera encore longtemps les développeurs se déclarer pénalement irresponsables (cf. la plupart des licences actuelles, celle du JRE notamment) ? Mais dans le cas d’un logiciel open-source, est-ce que je pourrais me retrouver légalement responsable du code que j’ai partagé avec la communauté ?

Puis, Sébastien Broca, sociologue et maître de conférence, est venu parler des mutations du travail dans l’économie numérique, en tentant d’inscrire ces mutations dans le temps long. Il a remis en perspective la révolution numérique par rapport à la révolution industrielle. Les progrès techniques avait déjà amené l’idée de la fin du travail et que le travail ne serait plus une question de devoir moral et intérêt financier mais de passion et d’intérêt personnel. De son point de vue, nous n’assistons pas aujourd’hui à la fin du travail mais à l’une de ses nombreuses transformations. Il y a de moins en moins de salariés mais de plus en plus d’indépendants et l’apparition de l’ensemble des internautes comme “masse” de travailleurs (“Digital Labour”). Finalement la société numérique n’est peut être pas à la hauteur de l’utopie qu’elle porte.

Pour la troisième keynote, Francois Epelboin, enseignant à science politique, a eu pour objectif de nous montrer que le code est en train de devenir la loi. Même si cela ne se voit pas, des entreprises privées façonnent la société. Par exemple, Google enferme ses utilisateurs dans des “filter bubbles” en leur livrant des résultats sélectionnés pour leur faire plaisir plus que pour leur pertinence ou alors Facebook importe dans la société française des logiques communautaires exogènes au contrat social qui a structuré la République depuis sa fondation. Autre exemple, le code a fait plus pour diffuser la culture (mp3, streaming ..) que l’état français, qui pourtant, y investit massivement. Finalement les mots “Liberté, Egalité, Fraternité” qui perdent leur sens au niveau politique sont repris à leur compte par le numérique.

Cependant tout n’est pas si en rose car, en parallèle, il y a un effondrement de la confiance qui est pourtant à la base de la Démocratie, de l’Economie et de l’Informatique. C’est aux développeurs de reconstruire cette confiance en travaillant sur ces deux fondamentaux : la transparence et la sécurité.

Pour finir, Matti Schneider est venu nous parler d’action publique et numérique. A priori, deux notions antagonistes tant on associe l’état à une machine lourde, pleine d’inertie, et peu enclin au changement, tout l’inverse du numérique et de ces start-ups efficaces et innovantes. Néanmoins, certains pays ont déjà fait le pari gagnant d’une transformation numérique de leur action publique. Par exemple, l’Estonie a adapté ses lois pour s’adapter à la réalité numérique. Plus près de nous, la Grande-Bretagne, avec GOV.UK, a mis en place un moteur de recherche permettant un point d’accès unique aux multiples services publics : une abstraction numérique de la complexité administrative. La France n’est plus en reste. En s’inspirant de ces réussites, api.beta.gouv.fr met à disposition l’ensemble des services de l’état: un véritable état plate-forme, en somme.

Blockchain

Francois Galilee et Heykel Jelassi sont venus nous présenter la blockchain comme une “machine de confiance” mais aussi permettant l’apparition d’une économie programmable qui permet à tout objet connecté de devenir un acteur économique autonome et à part entière. Après avoir fait une présentation de l’intérêt de la blockchain, de son fonctionnement, de la possibilité de la programmer par des scripts, la présentation s’est terminée sur une démonstration en direct avec quatre RaspberryPi d’une transaction effectuée et validée par la blockchain.

https://twitter.com/AdrienBlind/status/723543317347196929

Pour finir, il faudrait ajouter le superbe retour de Nicolas Delsaux visible ici

https://riduidel.wordpress.com/tag/devoxx/

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