Chère Sibeth,

Bienvenue chez toi. Bienvenue au porte-parolat du gouvernement, qui sera désormais ta nouvelle maison, que tu partageras avec l’un des colocataires parmi les plus sympathiques de la République, Marc Fesneau.

Je veux d’abord, au moment de te passer la main, exprimer publiquement au président de la République et au Premier ministre toute la reconnaissance et la fierté que j’éprouve.

La reconnaissance, pour la confiance qu’ils m’ont accordée tout au long de ces 21 mois.

La fierté d’avoir servi mon pays, d’abord à Bercy aux côtés de Bruno Le Maire pour le redressement de notre économie, pour nos TPE et PME, et pour notre attractivité. J’ai aussi une pensée particulière pour Nathalie Loiseau qui s’engage dans le combat européen et avec qui nous avons gagné la bataille de l’Agence Bancaire Européenne installée désormais à Paris.

La fierté d’avoir été, auprès du Premier ministre, le porte-voix d’un collectif, celui de 32 ministres investis avec force et détermination dans leurs missions. Pendant ces 645 jours, j’ai vu l’engagement de chacun pour que nos concitoyens retrouvent le chemin perdu de l’espérance.

Avec une ambition intacte : rendre réel le projet d’émancipation français. Pour en finir avec le chômage de masse, pour résorber la fracture qui mine nos territoires, pour accélérer la transition écologique, pour réconcilier nos concitoyens avec le projet européen, pour faire de la promesse républicaine une réalité qui passe par l’éducation, pour en finir avec la pauvreté et en particulier celle des enfants, pour redonner confiance à nos entrepreneurs, pour faire progresser l’égalité et reculer les discriminations.

Il te faudra, chère Sibeth, être la messagère de cet incroyable collectif, encore enrichi hier soir avec la nomination d’Amélie de Montchalin aux Affaires Européennes et de Cédric O au Numérique. Les plateaux télé, les matinales, la presse, les réseaux sociaux…tu seras une messagère qui se lève tôt et qui se couche tard. Parfois très tôt et souvent très tard.

Le porte-parole du gouvernement est en appui du collectif gouvernemental. Mais c’est surtout un ministre qui parle aux Français. Je l’ai fait en sillonnant le pays lors des Rencontres du Porte-Parole. De Lille à Saint Jean de Luz, de Hennebont à Colmar, j’ai rencontré la France des villes et des villages.

J’ai écouté des retraités, des chefs d’entreprises, des lycéens, des responsables associatifs, des chômeurs et des ouvriers, des syndicalistes et tant d’autres encore. Je les ai écoutés me raconter « leur France ». Parce que l’on ne peut pas bien parler, si l’on n’a pas d’abord écouté.

Cette écoute du pays passe aussi par ceux qui nous font face aujourd’hui, chère Sibeth, et que nous connaissons bien toi et moi. Je veux parler de vous mesdames et messieurs les journalistes. Vous avec qui nous partageons les journées trop longues et les réveils trop matinaux.

Votre profession a été beaucoup attaquée, depuis plusieurs mois. Nous avons vu des journalistes insultés, poursuivis, molestés, frappés. En France, en 2019. C’est insupportable pour un démocrate; c’est insupportable pour un républicain; c’est insupportable pour un Français tout simplement. Quand on s’en prend à la presse, on s’en prend à la France et à ses valeurs.

Vous m’avez fait réfléchir par vos remarques, vous m’avez bousculé par vos questions, vous ne m’avez pas épargné. Et c’est tant mieux. J’ai tâché d’être toujours honnête dans mes réponses car les convictions ont plus de force que les apparats du langage. Et donc à vous toutes et tous, avec qui j’ai tant aimé ferrailler, je veux redire que vous me trouverez toujours debout à vos côtés pour défendre votre liberté d’informer. C’est le meilleur antidote contre la bêtise et le poison du complotisme.

La porte-parole que tu es désormais aura fort à faire face à ces nouvelles menaces qui pèsent sur le débat démocratique.

Et je sais que vous trouverez en Sibeth Ndiaye une porte-parole qui ne transigera jamais sur ces valeurs.

Le grand débat national aura été précisément une formidable illustration de notre capacité à faire Nation. Ce sont des centaines de milliers de contributions qui ont afflué de toute la France.

Ce doit être pour chacun une immense fierté. Celle d’avoir contribué à 
 faire grandir notre pays et d’avoir démontré que nous savions nous 
 parler, nous écouter, nous rassembler pour débattre et proposer, dans le calme et le respect.

Les milliers de contributeurs au Grand Débat ont donné un bol d’oxygène à notre manière de penser et, demain, de faire pour le bien du pays.

Et parmi eux, les maires de nos 36 000 communes ont été des acteurs essentiels de ce temps démocratique. Ils sont les yeux et les oreilles de notre pays. Ils sont les bâtisseurs infatigables du quotidien, au plus près des difficultés de chacun. Chaque jour, ce sont ceux vers qui les Français se tournent avec raison quand ils veulent des réponses. Ce temps des maires, c’est celui de l’écoute, de la proximité et du concret.

« Merci beaucoup ! »: voilà les deux mots que j’ai prononcés hier soir lorsqu’Alexis Kohler m’a informé quelques minutes avant la publication du communiqué de presse de la présidence de la République que tu me succédais. Je ne me suis pas foulé pour un littéraire ! Et en même temps, ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément! « Merci beaucoup » donc de t’avoir nommée, comme par hasard, un 31 mars, jour de la Saint-Benjamin. Je laisse les adeptes du complot en tirer toutes les conséquences! Ils vont pouvoir s’en donner à coeur joie!…Cette nomination tant méritée va par ailleurs te permettre, par la même occasion, de faire ton premier compte-rendu du conseil des ministres un 1er avril…! Je t’envierai presque…

Sibeth, nous nous connaissons depuis bien longtemps. Nous avons partagé de très nombreux combats. Nous avons refait le monde à maintes reprises. Je pourrai ce matin louer ton courage, ton grand sens politique, ton caractère trempé, la force inébranlable de tes convictions, tes éclats de rire communicatifs qui désarmeraient le plus terrible des adversaires. Mais tout cela, il suffira à ceux qui n’en seraient pas déjà convaincus de te regarder faire pour immédiatement changer d’avis.

Et donc ce n’est pas de ces qualités là dont je veux parler. Et si je ne devais dire qu’une seule chose de toi, ce serait ce que tu m’as confié hier soir au téléphone. Tu m’as dit que tu avais une boule dans le ventre. C’est sain, c’est même très rassurant. Et je vais te l’avouer, après sans doute près d’un millier d’émissions et d’intervention devant des micros…je l’ai encore cette boule au ventre et, crois-moi, elle ne m’a jamais quitté. A aucun moment. Et ce n’est pas un signe de faiblesse. C’est, me semble-t-il, la preuve que nous croyons en ce que nous faisons.

Chère Sibeth, en poussant la porte de ce Ministère, fraichement rénovée comme tu le sais, tu entres aussi dans une grande famille, celle d’un gouvernement déterminé à agir et fidèle à la promesse de libérer, de protéger et d’unir.

Je te passe le relais avec la certitude que tu seras une porte-parole écoutée et respectée. Pour réussir dans ta mission, tu seras ici accompagnée par des équipes tout simplement formidables.

Et parce qu’un ministre n’est rien sans ses équipes, je veux remercier tous ceux qui m’ont accompagné dans cette magnifique aventure, et en premier lieu Nicolas, Lionel, Anna, Clara et Constantin. Je vous ai volé du temps avec les vôtres, avec vos familles, avec vos amis. Vous avez servi la République tout autant que moi. Et à l’heure où je m’engage dans une nouvelle bataille, je veux vous dire que vous resterez à jamais dans mon coeur. Merci à vous tous de vous être engagés avec tant de dévouement.

Sibeth, belle route à toi !