Vis ma vie de prof “intervenant extérieur”

Corentin Orsini
Jul 20, 2017 · 5 min read

Cela fait 4 ans que j’interviens comme professeur extérieur (“lecturer”) d’entrepreneuriat et innovation dans diverses écoles de commerce et d’ingénieur, en France et en Suisse.

J’interviens en moyenne 3 jours par mois toute l’année, avec certains mois à 7 jours et d’autres, comme juillet et aout, généralement 0. Les classes sont composées de 10 à 200 élèves, avec évidemment une expérience fort différente entre ces deux extrêmes.

Pourquoi je fais ça ?

Pour faire plaisir à Simon Sinek, commençons par le “why” : je donne des cours parce que je me suis donné comme mission de propager le virus de l’entrepreneuriat, de l’indépendance, du freelancing… J’estime que c’est l’un des principaux moyens de s’épanouir dans sa vie pro comme perso, de changer le monde, de remettre en question des évidences pas si évidentes et de donner leur chance à des gens pas forcément bien nés. Et surtout je veux que les jeunes générations se rendent compte que le salariat n’est pas et ne doit pas être la voie par défaut et qu’ils peuvent s’éclater 1000 fois plus en créant leur activité et accessoirement bien mieux gagner leur vie dans de nombreux cas. Je veux leur ouvrir les yeux, un peu comme Hind.

Et puis aussi, j’ai eu, étant étudiant, des expériences diverses et variées en termes de qualité de cours, avec parfois des profs passionnants et parfois des profs soporifiques, parfois des profs qui avaient monté des boites et parfois des profs qui n’avaient jamais entrepris et donc une grande diversité de niveaux et de styles. Et je pense que s’il y a bien une matière qui doit s’enseigner quasi exclusivement par des “praticiens”, c’est bien l’entrepreneuriat.

Les débuts chez Hétic et Neoma

J’ai donc commencé en 2013, complètement par hasard, à la demande du directeur d’une école mêlant business, informatique et design (Hétic). Je n’avais jamais enseigné (à part des cours particuliers) et je n’étais jamais intervenu devant une salle remplie de dizaines de gens. La première fois a été un peu stressante, 5 minutes, et puis ensuite, j’étais plongé dans mon sujet et donc tout allait bien. La difficulté, au début, c’est de tenir son timing, savoir où l’on en est de son cours, de son discours, de son programme. Savoir faire de bonnes introductions, de bonnes transitions, la pause au bon moment, etc.

Il se trouve que j’ai plutôt adoré l’expérience et que j’ai donc continué à donner quelques cours, ou plutôt à faire quelques interventions ponctuelles sur des sujets que je connaissais bien pour les avoir vécus, soit comme leveur de fonds soit comme entrepreneur. J’ai rapidement fait du coaching de groupes de travail, expérience également très intéressante. Au bout de quelques mois, j’ai eu l’opportunité d’intervenir 4 fois 9 heures sur des thématiques plus précises comme le Business Model Canvas, le Lean Startup et le Customer Development, au sein d’une école de commerce française, Neoma, qui est le résultat de la fusion de l’ESC Reims et l’ESC Rouen. J’ai donc dû me plonger dans ces “théories” que je ne connaissais qu’en pratique, pour les avoir expérimentées sans vraiment le savoir. J’ai d’abord enseigné aux étudiants de la majeure Entrepreneuriat de Neoma, dernière année donc (M2) et je dois dire que j’ai été assez bluffé. Bluffé par le niveau de connaissances et d’expériences de certains élèves en entrepreneuriat, qui n’était pas aussi élevé lorsque j’étais étudiant à l’ESCP Europe. C’est vraiment un régal que d’enseigner là-bas car les élèves sont motivés, intéressés et certains ont même déjà créé leur boite. Vraiment top.

La découverte de la Suisse et son légendaire niveau de qualité

J’ai ensuite eu une opportunité assez incroyable : celle d’aller enseigner en Suisse, à HEC Lausanne, qui dépend de l’Université de Lausanne (où Walras et Pareto, entre autres, ont enseigné, et où le Business Model Canvas a été développé !). J’y ai découvert, outre une mentalité différente, des étudiants d’Europe entière et au-delà et un niveau académique exceptionnellement élevé. J’ai enseigné aux étudiants de Bachelor 3 (donc troisième année d’études supérieures, l’équivalent des L3 en France). J’ai été, deux années de suite, chargé de cours (“lecturer”) au semestre d’automne, avec deux cours de 28 heures (2 fois 2 heures par semaine).

Parmi les points très positifs de cette expérience suisse, à noter :

  • un matériel et un environnement (micros et AV, salles de cours, campus, administration…) très qualitatifs, dignes des meilleures écoles de commerce françaises (payantes) et même souvent meilleurs, alors que l’Université de Lausanne, et donc HEC, qui en dépend, est (quasi) gratuite
  • un rythme bien plus agréable pour tout le monde : des sessions de cours de 2 fois 45 minutes avec une pause au milieu, qui permettent aux élèves de rester concentrés et au professeur de ne pas s’épuiser
  • un respect des horaires, du matériel et de l’enseignement impressionnant
  • un engagement très important des étudiants dans le rendu et le suivi de leurs travaux, leurs notes, etc (expliqué en grande partie par le fait que leurs notes sont importantes pour aller ensuite poursuivre leurs études dans d’autres établissements, en Suisse ou dans le monde, versus le peu d’importance des notes en écoles de commerce françaises, où il s’agit juste de valider son diplôme)
  • une rémunération des enseignants 3 à 5 fois supérieure à celle qui existe en France

Parmi les points plus négatifs :

  • les élèves sont moins habitués qu’en France (en tout cas par rapport aux écoles de commerce) à faire des travaux de groupe, et des restitutions / présentations orales

Au final, une super expérience et une très belle découverte ! D’ailleurs, le nombre de candidats français ne cesse d’augmenter ces dernières années, pour rejoindre les bancs de cette prestigieuse institution ou ceux de sa voisine, l’EPFL (Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne), sorte de MIT européen. Tremble, Palaiseau !

Se sentir utile dans d’autres écoles

En parallèle à mes excursions suisses, j’ai commencé à intervenir dans une école moins connue, l’institut G4, à Paris. Il s’agit d’une école qui forme des chefs de projets et des développeurs informatiques, tous en alternance dans une entreprise. Leur niveau de connaissances business est en moyenne inférieur à celui des étudiants en écoles de commerce, mais leur capacité à entreprendre peut parfois être supérieure, car ils possèdent des compétences très utiles et recherchées (notamment par les étudiants en écoles de commerce). Ils ont une approche très pratique des choses et n’hésitent pas à se lancer avec peu de moyens et avec une version alpha ou bêta de leur produit (la pure application du concept Lean Startup). C’est vraiment intéressant d’intervenir dans cette école parce que l’on sent que les élèves y ont une appétence particulière pour la création de leur business. Ils n’ont généralement pas le même bagage culturel que les élèves des écoles de commerce et donc on sent qu’on leur apporte encore plus, ce qui est plutôt agréable.

Aujourd’hui, je continue à intervenir dans certaines de ces écoles et je vais bientôt ajouter l’Edhec et Skema à mon tableau de chasse ! Ce sont en tout cas de belles expériences, de bonnes rencontres et l’occasion d’approfondir certains sujets et de se maintenir constamment à jour.

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