Quand un élève refuse de me donner son carnet.

A la suite de ce texte, il y a une petite explication pour ceux que ça intéresse. Ca pourrait éviter à certains de s’exciter et pondre des articles à charge contre ma gueule.

Merci à Sandhose, élève de Terminale qui s’est occupé du graphisme.

Comme on dit : “sa clash”

Evidemment, je n’ai jamais dit ça à un élève, et je ne le dirai jamais, mais j’avais envie de l’écrire.

J’aime bien écrire : j’aime bien écrire des petites blagounettes débiles sur Twitter, et j’aime bien écrire des articles plus réfléchis sur Rue89. J’aime bien écrire des histoires rocambolesques, entre rire et émotion, sur Partenaires Particulières. Et puis j’aime bien écrire des trucs plus noirs aussi, plus introspectifs, mais ceux-là, généralement, je les garde pour moi, parce que je me dis qu’ils ne parlent à personne. Ils sont, en quelque sorte, une façon de poser à plat des trucs qui me rongent l’esprit.

Quand j’ai écrit ce texte, j’étais vraiment pas bien, et je faisais un bilan de ma vie assez peu reluisant, et vous savez, on fait souvent ça, on s’imagine, enfant, rencontrer notre “nous” vieux qui viendrait nous parler de notre avenir. J’me suis dit que ça serait marrant de le mettre en scène de façon tout à fait inattendue, au détour d’une “réplique de prof”, comme j’en mets souvent sur Twitter. Donc au début ça part sur un truc classique “Donne moi ton carnet / Non”, et puis ça part en vrille, et à partir de là j’essaie d’aligner le plus de choses négatives possibles qui me pèsent un peu : la recherche d’attention (cf mon compte Twitter), la solitude un peu pesante (cf Partenaires Particulières), la peur de ne plus savoir faire rire mes amis, l’idée qu’il m’est impossible de plaire à cause des limites de mon corps (idem, Partenaires Particulières), l’Education Nationale qui m’a éloigné de ma famille et mes amis, etc.

Et puis c’est tout, quoi. J’ai décidé de faire une mise en page un peu différente pour marquer le côté chaotique de cette logorrhée qui se perd en parenthèses et en précisions, et je l’ai posté, parce que je trouvais ça “marrant”.

Pas “marrant” dans le sens où le texte est drôle, personnellement je le trouve assez glaçant, mais “marrant” dans le sens où le lecteur s’attend à lire une petite répartie rigolote, alors que ça part en sucette et dans une extrême violence inattendue.

Je pense pas qu’il soit nécessaire d’avoir peur de la noirceur. Elle est là, parfois, faut l’admettre. Un de mes films préférés est Seul Contre Tous où on suit un boucher xénophobe, misogyne, misanthrope plonger dans les abîmes de la noirceur. Ce personnage est détestable, mais le film est beau et prenant, même s’il met très mal à l’aise. J’aimerais être capable de faire quelque chose de la même trempe, après, je suis loin d’avoir ce talent. Le mec de Stupeflip, il dit un truc qui me trotte souvent dans la tête : “Moi ma rage j’la fous pas n’importe où, j’en fais des chansons.” et c’est un peu ça l’idée, sauf que je sais pas chanter alors je me contente d’écrire.

Puis y a eu les réactions sur Twitter et dans des blogs (3 articles en une semaine, on croit rêver). Même si je m’en suis déjà pris pas mal dans la tronche par le passé, je m’attendais pas à ce que ça recommence à ce point. Direct les gens se sont mis à croire que j’avais vraiment balancé ça à un élève, sérieux, faut être un peu perché pour s’imaginer ça quand même, non ? Et du coup j’ai eu des tonnes de “Ah, c’est pour ça que t’es devenu prof, humilier les élèves ?”, et puis des insultes, des invitations à mourir, etc. Finalement, je me dis que les réactions suite à cette fiction/autocritique sont bien plus violentes qu’elle. A aucun moment ces inquisiteurs 2.0, n’ont essayé de venir me parler, soi disant parce que je suis pas “safe” (j’avoue, une fois j’ai soutenu le regard d’une personne plus de 3 secondes d’affilée, CHO.)

Comme dirait Marsault (ici) : “Vous êtes des terroristes light, vos armes c’est vos claviers et vos petites mains moites, tout ce que vous parvenez à faire c’est chier dans votre froc dès qu’on parle un peu trop fort.”

J’ai jamais pigé le délire de ces gens qui peuvent pas me blairer mais scrutent ce que j’écris et viennent me renifler le fion à la première occasion. J’ai beau en bloquer certains, histoire qu’ils ne s’infligent cette souffrance qu’est la lecture de mes propos, mais ils utilisent des comptes secondaires pour le faire malgré tout. Dur.

Ce qui me fait rire (jaune) c’est que bon nombre de mes détracteurs ont toujours l’argument comme quoi j’humilie régulièrement les adolescents sur mon compte Twitter, etc. Je n’ai pas d’outil statistique sur Twitter, mais j’ai une page Facebook (7000 fans) qui m’offre des stats assez détaillées

En gros on voit bien sur cette image que 36% des gens abonnés à ma page ont entre 13/17 ans. Il serait donc gentil d’arrêter de prendre les ados pour des neuneus. Les ados sont pas masos, ils ne sont pas scandalisés par tout ça, au contraire, eux, ils comprennent le décalage. La plupart de leurs réponses sont très marrantes d’ailleurs, c’est toujours un plaisir de les lire

J’aime mon métier. J’sais pas si vous vous rendez compte, mais j’adore l’anglais, cette langue me passionne, ses mécanismes, son vocabulaire, son histoire, son utilisation, tout ! Et mon métier, ce pour quoi je suis payé, c’est de partager mes connaissances à son propos. C’est génial quand même, non ?

Après, ouais, les conditions de travail sont parfois démotivantes, entre les affectations imprévisibles, les élèves pas toujours intéressés et la bouffe pas terrible au self, tout n’est pas rose, évidemment. Mais je suis encore là, et même si cette année a été très difficile pour moi, je ne lâche rine, comme on dit.

En plus d’enseigner au collège, j’ai ouvert un compte ask où je réponds à des centaines de questions de lycéens : “Quand est-ce qu’on doit utiliser used to ?” “Quand utiliser since ?” “Des conseils pour le bac ?

Dans le même genre, j’ai fait des petites BD rigolotes pour expliquer des points de l’anglais qui tourmentent régulièrement les élèves : la différence entre THIS et THAT ou le Present Perfect, par exemple

Je reçois par mail des dizaines de questions angoissées d’élèves, à propos de plein de choses différentes, que ce soit à quel adulte de l’établissement s’adresser pour un problème, ou bien des questions sur leur orientation, mails auxquels je réponds avec la plus grande attention et le plus grand sérieux.

J’sais pas, je m’implique pas mal au-delà de mon métier. Et là je me reçois une avalanche de réponses me disant que je suis le pire prof du monde, que c’est un scandale, que l’on plaint mes élèves, que je suis un tortionnaires, une crevure, un déchet.

Tout ça à cause d’un texte isolé que vous avez pris au pied de la lettre sans penser un moment à relativiser ? C’est rude, et tellement violent. Je suis pas en train de dire que je suis un prof parfait, loin de là. J’essaie de m’améliorer chaque année et je suis rarement content de ce que je fais, mais je fais des efforts. Parce que j’aime mon métier et mes élèves, et que voir des gens me venir faire la morale (ou m’insulter, plus souvent) c’est assez pénible.

Heureusement, mes élèves ont beaucoup plus d’humour que ces gens-là.

Bon, j’me casse, y a des frites au self ce midi, faudrait pas rater ça.

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